Des espaces pensés pour une réalité nouvelle

Offert par Les Affaires


Édition du 28 Octobre 2020

Des espaces pensés pour une réalité nouvelle

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Édition du 28 Octobre 2020

Les architectes n’auront d’autres choix que de tenir compte de l’influence de la pandémie, notamment sur les habitudes de travail et de consommation. (Photo: Grant Lemon pour Unsplash)

ARCHITECTURE. L'interdiction de se rendre sur son lieu de travail pendant le confinement a forcé un très grand nombre de Québécois à travailler de chez eux. Pour plusieurs, le télétravail se poursuit cet automne. Certains y prennent goût, au point d'inciter les architectes à remodeler certains espaces résidentiels.

«Les promoteurs de tours de condominiums nous demandent davantage de bureaux à la maison, donc on revoit les chambres qui deviennent un espace peu utilisé le jour», explique Jean-François St-Onge, cofondateur de la firme montréalaise Adhoc architectes, lui-même en télétravail au moment de l'entrevue.

Un de ses clients, le développeur immobilier Maître Carré, souhaite par exemple revoir certains aspects architecturaux de son futur immeuble d'environ 200 logements, qui est sur la table à dessin depuis novembre 2019 et qui sera construit dans un arrondissement central de Montréal.

L'édifice d'environ 60 millions de dollars (M $), le deuxième du projet locatif Mellem, comptera désormais des bureaux locatifs fermés à même le bâtiment de plus de 75 000 pieds carrés. «On veut offrir un minicentre d'affaires à ces professionnels qui vivent à deux dans un quatre et demi et qui ne s'entendent pas parler pendant des appels simultanés», précise Hugo Girard-Beauchamp, fondateur de Maître Carré. Il est d'ailleurs convaincu que le télétravail est là pour de bon.

Cela dit, tous ces changements restent mineurs, souligne Jean-François St-Onge. «On ne construit pas pour une pandémie, car deux ans, dans l'architecture d'un immeuble, ce n'est rien.»

Volumes de livraisons

La réflexion sur le réaménagement des espaces s'étend également aux projets commerciaux. La pandémie continue en effet de propulser la popularité des achats en ligne, et cela se répercute davantage sur les centres commerciaux. «Pour la plupart des investisseurs en développement immobilier, la COVID-19 a précipité des tendances qui seraient probablement survenues dans un laps de temps de 10 à 15 ans», indique Pierre Mierski, associé à la firme d'architecture et de design LemayMichaud, dont les bureaux se trouvent à Montréal, Québec et Ottawa.

À la demande de certains centres commerciaux - dont l'architecte a voulu taire le nom -, la firme accélère la réflexion sur les possibilités de transformer ces édifices afin de permettre d'autres vocations. «On repense ces amalgames de bâtiments ceinturés par une mer de stationnements, peut-être en ajoutant une composante résidentielle, explique Pierre Mierski. Les propriétaires de ces centres craignent que l'achat en ligne reste une habitude.»

 

Le milieu hospitalier

Le milieu hospitalier fait également face à des contraintes inattendues de réaménagement. Lorsque la COVID-19 a frappé la province, la firme montréalaise Jodoin Lamarre Pratte architectes a par exemple dû revoir les plans du pavillon Enfant-Soleil, qui abrite le Centre mère-enfant et la nouvelle urgence de l'hôpital Fleurimont, à Sherbrooke. L'objectif : diminuer les risques de transmission d'infection.

Il était cependant impossible de redessiner les six étages du bâtiment d'environ 35 000 mètres carrés que la région attend depuis plusieurs années. Les plans du projet évalué à environ 200 M $ étaient presque terminés. «Il fallait réaménager l'espace sans que ça ait de répercussions sur les coûts, l'échéancier ou la superficie, raconte Michel Broz, l'un des associés principaux de la firme. L'opération ne consistait pas à refaire l'hôpital parfait anti-COVID, mais à prévoir certains ajustements.»

Sur une vingtaine d'éléments proposés, une dizaine ont été retenus par le comité directeur du projet, formé entre autres du ministère de la Santé et des Services sociaux, du CIUSSS de l'Estrie et de la Société québécoise des infrastructures. Parmi eux, l'ajout de portes pivotantes pour subdiviser les corridors qui encerclent les postes de soins infirmiers - eux-mêmes entourés de chambres - des départements d'urgence, de pédiatrie et d'obstétrique.

Le système de climatisation a également été ajusté afin de pouvoir compter, au besoin, sur des espaces à pression d'air négatives.

Jodoin Lamarre Pratte architectes revoit aussi actuellement sa programmation fonctionnelle - l'étape précédant les plans - du projet de modernisation de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal, dont le coût global est évalué à 1,8 milliard de dollars.

Étant encore au tout début du projet annoncé en mars 2018, la firme dispose dans ce cas de plus de latitude pour adapter la superficie globale de l'hôpital, qui reste à ce jour inconnue, affirme Michel Broz. «Le défi est de créer des espaces où un patient ne peut pas contaminer l'autre, note l'architecte spécialisé dans le domaine de la santé. Un hôpital, c'est aussi un peu comme une usine où il y a des éléments propres et souillés qui se promènent. Donc, afin d'éviter toute contamination, il faut augmenter le nombre de corridors et d'ascenseurs pour ne pas mélanger le propre et le sale.»

Une chose qui ne sera certainement pas dessinée dans le réaménagement de Maisonneuve-Rosemont : des salles d'attente séparées par des rideaux, «comme on le voit dans les urgences vieilles de dix ans», note Michel Broz. Ce seront plutôt de petites pièces fermées où s'isoleront les patients, avec une porte coulissante d'un côté et une porte à pivot de l'autre. «Le principe est de créer des zones isolées, explique-t-il. On l'a vu dans les CHSLD avec leurs grandes unités de soins de 30 lits sans aucune ségrégation, où tout le monde se promène et tousse. C'est la pire situation.»

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