Les concours d'architecture, une clé pour la qualité ?

Offert par Les Affaires


Édition du 27 Octobre 2018

Les concours d'architecture, une clé pour la qualité ?

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Édition du 27 Octobre 2018

[Photo: 123RF]

Nombreux sont les architectes qui déplorent le fait qu'on n'insiste pas assez sur la qualité dans les projets publics. Selon eux, les obstacles sont nombreux. Ils montrent notamment du doigt la fameuse règle du plus bas soumissionnaire. Comment favoriser la qualité ? Pour plusieurs, la solution passe par les concours.


«Inventés il y a des centaines d'années pour régler les questions de complexité et de qualité dans les projets d'architecture, les concours sont par définition un mécanisme de stimulation de la qualité», explique Jean-Pierre Chupin, directeur de la Chaire de recherche sur les concours et les pratiques contemporaines en architecture, à l'École d'architecture de l'Université de Montréal.


Le processus


Comment fonctionnent les concours ? Encadrés par l'Ordre des architectes du Québec (OAQ), les concours d'architecture dans la province peuvent prendre différentes formes. Ils peuvent ainsi être ouverts ou sur invitation, se faire en une ou deux étapes, être nationaux ou internationaux, et faire appel à des équipes d'architectes ou à des équipes pluridisciplinaires. L'attribution de la commande repose sur l'évaluation et la comparaison des propositions soumises par plusieurs concepteurs. La sélection finale se fait donc sur la base du concept proposé, et non sur celle du prix ou de l'expérience.


Généralement, un jury, idéalement composé non pas seulement d'architectes, mais aussi d'autres représentants de l'intérêt public, choisit le projet qui répond le mieux au programme préétabli, lequel spécifie entre autres le budget et les besoins prévus.


«Le jury fait donc un jugement qualitatif et collectif, c'est-à-dire qu'il évalue non seulement la qualité, mais aussi la bonne représentation des intérêts de la collectivité, dit M. Chupin. C'est tout le contraire d'un appel d'offres, qui ne considère que le prix.»


Stimuler l'innovation


Dans le contexte d'un concours, la qualité se matérialise différemment pour différents projets, explique Georges Adamczyk, spécialiste des concours et professeur à l'École d'architecture de l'Université de Montréal. Tantôt, il s'agit d'intégrer le mieux possible un ancien bâtiment à un nouveau, tantôt il s'agit de pousser la performance d'un édifice au-delà des normes conventionnelles d'efficacité énergétique. Parfois, l'objectif est de représenter le mieux possible et de façon symbolique des éléments de la culture de l'institution qui logera dans l'édifice.


C'est pour des projets de cette nature - des projets qui visent ou demandent de l'innovation et qui tentent de trouver des réponses qui sortent de l'ordinaire - que les concours sont le dispositif idéal, dit M. Adamczyk. «Pas besoin d'un concours pour construire un bon logement, dit-il. Il faut simplement connaître les bonnes pratiques en architecture. Mais pour construire un bâtiment public, comme une bibliothèque, un stade ou un édifice gouvernemental, on veut tirer la profession vers le haut.»


Pour l'instant, les concours sont toutefois utilisés dans la province surtout pour la construction de bâtiments culturels. La raison est qu'au Québec, les seuls projets qui doivent faire l'objet d'un concours sont ceux qui reçoivent une subvention de plus de cinq millions de dollars du ministère de la Culture et des Communications.


Si le Québec est la province qui organise le plus de concours au pays, le professeur Adamczyk reconnaît que celle-ci reste loin derrière une bonne partie de l'Europe, notamment la Suisse, ou l'Allemagne, par exemple, qui organise 800 concours par année. Le Québec aurait selon lui intérêt à en faire davantage, et à étendre leur utilisation aux équipements sportifs, aux écoles, aux édifices gouvernementaux et aux autres projets de logement social.


La question des coûts


Les concours mènent-ils à des dépassements de coûts ? «Souvent, dans un ministère, on élabore un projet sachant que les coûts pourront difficilement être respectés, mais on lance le concours malgré tout, explique M. Adamczyk. L'architecte aura même souvent prévenu le maître d'oeuvre avant la construction. Et là, quand les coûts sont dépassés, on blâme l'architecte ou le concept du concours.»


M. Chupin est du même avis. Si, selon lui, les concours sont susceptibles de dépasser les coûts au même titre que tous les autres mécanismes d'attribution de projet, ils ne le sont pas spécialement plus. «Si vous avez des faits ou des études qui établissent une corrélation entre l'utilisation de concours et les dérapages financiers, faites-les-moi connaître, dit-il. Parce que moi, je n'en ai pas.»


Pourquoi l'utilisation des concours est-elle donc toujours restreinte au Québec ? La réponse est en partie culturelle, c'est-à-dire que les gens n'en ont pas l'habitude et craignent notamment les dépassements de coûts.


C'est aussi une question institutionnelle, c'est-à-dire que pour un organisme public, organiser un concours représente une certaine perte de contrôle parce que le choix final revient à un jury.


Pour Jean-Pierre Chupin, la prochaine étape au Québec est donc de s'assurer qu'il se passe avec les écoles la même chose qui s'est passée avec les bibliothèques, qui, depuis plus d'une décennie, ont presque toutes été construites ou rénovées par concours. «Et là, à mon avis, nous atteindrons finalement le niveau de certains pays, notamment celui de l'Europe du Nord, que nous admirons tant.»


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