Aluminium primaire: le Canada profite peu de l'effondrement américain

Offert par Les Affaires


Édition du 28 Octobre 2017

Aluminium primaire: le Canada profite peu de l'effondrement américain

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Édition du 28 Octobre 2017

[Photo: 123rf]

DOSSIER ALUMINIUM - Pendant que les alumineries américaines fermaient les unes après les autres, la consommation d’aluminium brut, elle, a continué de grimper aux États-Unis, passant de 7,9 millions de tonnes (Mt) en 2011 à 9,2 Mt en 2015. Le Canada, premier fournisseur des États-Unis, a-t-il profité du vide laissé par les fermetures dans le secteur primaire ?

Oui et non. Durant la période, il a augmenté ses exportations d’aluminium brut primaire aux États-Unis. Elles ont atteint près de 2,3 Mt en 2016, soit 400 000 tonnes de plus qu’il y a cinq ans.

Toutefois, cette augmentation n’a pas été suffisante pour maintenir sa part du marché. Résultat : la proportion des importations américaines en provenance du Canada est passée de 71 % en 2011 à un creux de 54 % en 2016. Bref, l’importance de notre pays dans l’approvisionnement américain est de plus en plus diluée.

Une industrie arrivée au bout de sa capacité

Les alumineries canadiennes roulent pratiquement à plein rendement (plus de 90 %), mais les expansions sont hors de question dans les conditions actuelles. Impossible pour l’instant de suivre le rythme de la croissance américaine. «On n’a pas exporté moins, c’est la consommation américaine qui a augmenté, explique Jean Simard, président et chef de direction de l’Association de l’aluminium du Canada. Et la réponse à l’augmentation de la consommation ne pouvait pas venir du Canada, parce qu’on avait atteint notre limite.»

Le moteur de la demande aux États-Unis, c’est le secteur automobile, dont les véhicules devront se conformer aux normes de consommation moyenne de carburant. Alors que les fabricants optent pour des matériaux plus légers, le contenu en aluminium des véhicules devrait passer de 177 à 227 kilogrammes d’ici 2025. À elle seule, la demande potentielle de feuilles de carrosserie en aluminium atteindrait alors 2 Mt, selon l’Association américaine de l’aluminium.

C’est d’ailleurs vers ce marché que louchent les producteurs canadiens. «L’aluminium pour faire de la feuille vient du Canada, dit M. Simard. On a déplacé notre métal vers ce marché-là, qui est plus intéressant parce qu’il a une plus forte valeur ajoutée. Le marché des marchandises à faible valeur ajoutée, laissé pour compte, s’est trouvé d’autres sources d’approvisionnement à l’extérieur.» D’où la croissance rapide des importations américaines en provenance du golfe Persique et de la Russie.

Pas d’expansion en vue

Si le Canada n’est pas en mesure de profiter pleinement de la croissance américaine, c’est parce que le prix de l’aluminium, en deçà de 2 000 $ US la tonne, demeure trop bas pour justifier de nouvelles installations. «On n’a pas profité [des fermetures américaines] parce qu’on n’arrivait pas, avec les prix déprimés des cinq dernières années, explique Gervais Jacques, directeur exécutif des opérations de Rio Tinto Aluminium en Atlantique. Nos coûts de construction, comparés à ailleurs, ne justifient pas d’ouvrir de nouvelles usines et d’ajouter de l’aluminium primaire.»

Rio Tinto a bien investi 6,4 milliards dans le projet de modernisation de l’aluminerie de Kitimat, «mais ce n’était pas de la croissance, c’était du remplacement».

Même son de cloche du côté d’Alouette, sur la Côte-Nord. «Quand va-t-on lancer notre expansion ? On se le demande chaque année, dit Gérald Charland, vice-président finances et développement des affaires. Pour des expansions, ça nous prend un prix soutenable, qui va se maintenir à long terme. En ce moment, la surcapacité est trop importante, et il y a des inventaires cachés de plusieurs millions de tonnes dans d’autres pays.»

L’aluminium secondaire (recyclé) américain, qui a largement profité de l’effondrement du secteur primaire, fait également concurrence aux alumineries canadiennes, ajoute-t-il. «La beauté de l’aluminium, c’est que c’est un produit qui se recycle à l’infini, mais en même temps, ça devient de la compétition quand ça revient sur le marché.» En 2015, l’aluminium secondaire répondait à la moitié des besoins américains.

Conjectures sur la Chine

Dans tous les cas, personne n’est dupe de la remontée actuelle du cours de l’aluminium brut, qui a franchi la barre des 2 000 $ US la tonne en août sous l’effet de conjectures sur les politiques chinoises.

Le gouvernement chinois a décrété en février un «contrôle de la pollution de l’air», en vertu duquel le secteur industriel autour de Beijing devra réduire sa production de 30 % à partir de novembre, pendant les quatre mois d’hiver. Une façon de limiter le smog pendant la saison du chauffage.

Les fondamentaux du marché n’ont pourtant pas bougé, estime Gervais Jacques. «Ça fait 14 semaines que les inventaires augmentent et ça fait 16 semaines que le prix augmente, note-t-il. C’est normalement impossible. Donc, c’est bel et bien l’effet des conjectures sur ce qui se passe en Chine.»

À LIRE NOTRE DOSSIER:
ALUMINIUM: COMMENT LA CHINE A BOUSCULÉ L'INDUSTRIE

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