Le Québec doit accroître sa piètre productivité énergétique


Édition du 13 Janvier 2018

Le Québec doit accroître sa piètre productivité énergétique


Édition du 13 Janvier 2018

L'efficacité énergétique et la performance environnementale sont intimement liées. Cette «utilisation rationnelle» de l'énergie peut, dans la plupart des cas, améliorer la qualité de service et la productivité, tout en permettant des économies. Il serait temps que le Québec rattrape son retard et s'active réellement à ce sujet.

En 1992, le Québec adoptait une première stratégie d'efficacité énergétique. Vingt-cinq ans plus tard, beaucoup de choses ont été réalisées, mais l'économie de la province demeure bien en deçà d'un optimum énergétique que le paysage concurrentiel mondial exigerait. Or, cet optimum est mieux saisi par la notion de «productivité» énergétique que par celle d'«efficacité» énergétique.

Glanons quelques grands chiffres, tirés de divers rapports de Transition énergétique Québec (TEQ) et d'une étude de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie des HEC Montréal. En 2013, le Québec consommait au total 1,66 exajoules (soit 166 millions de billions de joules) d'énergie, dont 66 % étaient accaparés par trois secteurs économiques. Le plus important consommateur, l'industriel (agriculture, mines, chimie fabrication), brûlait 645 pétajoules (PJ), soit 38 % du total québécois. Venait en deuxième place le secteur du transport commercial, qui consommait 292 PJ, ou 17,5 % du total, suivi du secteur commercial et institutionnel, qui brûlait 172 PJ, ou 10,3 % du total.

Un levier de productivité

Selon l'étude des HEC, réalisée par Pierre-Olivier Pineau et Johanne Whitmore, «la part des dépenses énergétiques dans les dépenses intérieures brutes de l'ensemble de la province s'élevait à 33,9 milliards de dollars, soit 9,3 % de l'économie québécoise». Cette part de l'énergie dans l'économie apparaît de plus en plus comme un important levier de productivité. L'étude «The 2015 Energy Productivity and Economic Prosperity Index» définit la productivité énergétique comme la richesse générée par unité d'énergie. Un classement de 131 pays basé sur cet indice place le Canada au très peu enviable 97e rang. Chaque gigajoule d'énergie au Canada génère 118 euros (soit 179 $) de richesse, alors que la moyenne mondiale est de 143 euros (217 $).

Or, les économies du Canada et du Québec partagent un fait commun : la très haute intensité énergétique de leur sous-secteur de la fabrication, le plus névralgique pour une économie. En 2013, selon l'International Energy Agency, chaque dollar de valeur économique ajoutée exigeait au Canada 15,9 mégajoules d'énergie ; au Québec, 17,1. Dans une comparaison avec 13 économies avancées, le Québec se situe au sommet, comparativement aux États-Unis, par exemple, où il suffit de 7 mégajoules pour produire un dollar de valeur ajoutée, ou à l'Allemagne, où il n'en faut que 4,6 (trois fois moins d'énergie requise par dollar de valeur ajoutée !).

De 2000 à 2013, toujours en comparaison aux mêmes 13 économies, le Québec a été le seul joueur à enregistrer un taux annuel négatif d'intensité énergétique. C'est dire si la question de la productivité énergétique devrait être centrale pour le Québec. En effet, la notion d'efficacité énergétique est passive : elle vise, comme le note une Fiche Diagnostic/Enjeux de TEQ, à assurer le même niveau de biens et de services avec moins d'énergie. La notion de productivité, dynamique, vise à accroître la valeur économique créée par unité d'énergie. Par ailleurs, il n'est pas toujours évident de voir comment la notion de réduction des gaz à effet de serre, centrale dans tout le dossier de l'efficacité énergétique, contribue à la productivité énergétique.

Dans toute l'économie du Québec, de 2006 à 2013, on note quelques petits gains de productivité énergétique ici et là, mais seuls deux secteurs montrent une amélioration sensible : le raffinage pétrolier et les pâtes et papiers. Malheureusement, indique l'étude de TEQ, l'amélioration de la productivité énergétique est «principalement le résultat de la fermeture de plus anciens établissements moins efficaces».

Or, de façon insolite, les subventions gouvernementales d'aide à l'efficacité énergétique «ne sont pas proportionnelles à la consommation des sous-secteurs ni aux sous-secteurs qui utilisent davantage d'énergie à plus haute teneur en carbone», note l'étude de HEC Montréal. «Ainsi, un sous-secteur comme le commerce de gros, poursuit l'étude, qui ne consomme que 9 PJ d'énergie et génère des émissions de l'ordre 0,2 Mt (équivalent CO2), a reçu au total plus de 10 millions de dollars en subventions de 2012 à 2014. Un secteur comme le raffinage, qui consomme quatre fois plus d'énergie et émet 11 fois plus de GES, n'a bénéficié que de la moitié de cette somme.»

Et que dire du secteur des transports, qui consomme 30 % de l'énergie au Québec et génère 49 % des émissions de gaz à effet de serre ? Aucun subside d'amélioration à l'efficacité n'y fait son chemin pour la simple raison que tous les gains d'efficacité relèvent de la technologie des constructeurs automobiles.

Fait troublant, le PIB de tout le secteur industriel est demeuré stagnant, fléchissant de 0,4 G $ de 2000 à 2013. Toutefois, dans la même période, le sous-secteur de la fabrication a enregistré une baisse de 10,2 G $, une chute de 20 %.

Il ressort effectivement que l'économie manufacturière au Québec, la plus soumise aux impératifs de réduction des GES et assujettie aux impératifs du marché du carbone, fabrique de moins en moins, ses gains de productivité énergétique étant infinitésimaux.

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