Développement durable 3.0

Publié le 15/06/2011 à 11:40, mis à jour le 18/10/2011 à 11:03

Développement durable 3.0

Publié le 15/06/2011 à 11:40, mis à jour le 18/10/2011 à 11:03

Par Kathy Noël
Vers une analyse sociale du cycle de vie

Selon Valérie Becaert, ce n’est pas tout. « Ce qui va arriver, dit-elle, c’est que des entreprises deviendront des prestataires de services plutôt que des vendeurs de produits. » C’est la stratégie qu’a choisie Interface Flor, un fabricant américain de tapis commerciaux qui s’est donné pour objectif de réduire à zéro son empreinte environnementale, c’est-à-dire d’éliminer tout impact négatif sur l’environnement d’ici 2020.

L’entreprise, qui est au recyclage des fibres de tapis ce que Cascades est au recyclage des fibres du papier, offre un service de location de tapis plutôt que de vente afin de pouvoir les récupérer elle-même et les réinsérer dans la production. Jusqu’à maintenant, le résultat est mitigé, mais selon les experts consultés, il reste prometteur.

Les entreprises qui osent aller si loin restent une exception. « Le changement fait peur », constate Valérie Becaert. « Souvent, entre le moment où une entreprise décide de passer au dévelop-pement durable et le moment où elle comprend vraiment ce que cela veut dire, il peut s’écouler un an ou deux », constate Marie Rousseau, une ancienne consultante en environnement aujourd’hui coordonnatrice du développement durable chez Rio Tinto Fer (l’ancien QIT Fer et Titane, qui appartient aujourd’hui à Rio Tinto).

Autrefois cancres de l’environnement, les minières seraient elles-mêmes en train de donner des leçons ? On dirait… Rio Tinto a notamment développé des outils sophistiqués qui lui permettent de consulter les collectivités et toutes les parties prenantes dans les localités où elle veut s’implanter. « Nous n’achetons pas les gens, se défend Marie Rousseau. Le modèle de la minière qui arrive avec son côté paternaliste est dépassé. L’idée est de consulter les collectivités en amont, parce qu’elles aussi veulent des retombées. »

« Si je construis une école dans un village et que le problème majeur du village, c’est le sida, je passe complètement à côté », poursuit-elle.

Se préoccuper aussi de l’aspect social peut être payant. Selon l’Observatoire de la consommation responsable, si les achats faits pour des motifs environnementaux comptent pour 51,3 % de toute la consommation éthique, les achats faits pour des raisons sociales comptent pour 48,7 %. Les deux préoccupations sont donc nez à nez dans l’esprit des consommateurs.

« Les entreprises peuvent maintenant se faire montrer du doigt tant pour des raisons sociales qu’environnementales, et elles le savent. Les plus avancées travaillent donc les deux aspects en parallèle pour avoir une vision plus globale », note Valérie Becaert.

Depuis 2009, ces entreprises peuvent compter sur un nouvel outil : l’analyse sociale du cycle de vie, qui vient s’ajouter à l’analyse du cycle de vie environnemental en s’attardant aux impacts sociaux de leurs activités, par exemple sur les travailleurs, la collectivité locale ou les consommateurs. Mais rien n’est gagné.

« On s’est beaucoup attardé à l’aspect environnemental d’une part et à l’aspect social de l’autre, mais il n’existe pas encore d’outils qui permette d’intégrer les deux, explique la directrice exécutive du CIRAIG. Le plus grand risque serait qu’en réglant des problèmes environnementaux d’un côté, on crée des problèmes sociaux de l’autre, et vice-versa. »

Par exemple, la production d’éthanol, un biocarburant plus « vert » produit à partir du maïs aux États-Unis contribue à faire augmenter le prix des céréales et des aliments, et à appauvrir les gens... C’est ce qu’on appelle déshabiller Pierre pour habiller Paul.   500

 

 


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