Développement durable 3.0

Publié le 15/06/2011 à 11:40, mis à jour le 18/10/2011 à 11:03

Développement durable 3.0

Publié le 15/06/2011 à 11:40, mis à jour le 18/10/2011 à 11:03

Par Kathy Noël
Augmenter ses revenus ?

Si le développement durable est souvent synonyme de réduction de coût, permet-il de vendre plus ? C’est moins clair. Chez
Liberté, ce n’est pas le cas. Pas étonnant, car la plupart des consommateurs n’en savent rien ! « Nous ne faisons pas de
publicité là-dessus, car nous ne voulions pas sauter d’étape. Nous le ferons quand nous en serons au point de refaire nos emballages qui s’adressent directement aux consommateurs », dit-il.

Selon un sondage mené en 2010 par l’Observatoire de la consommation responsable issu de l’Université de Sherbrooke en collaboration avec Protégez-Vous, lorsqu’ils ont le choix entre deux produits équivalents, 62,8 % des Québécois achètent le produit qui a le moins d’impact sur l’environnement. De plus, 46 % d’entre eux affirment même avoir changé de marque en raison de leurs convictions environnementales. En 2007, quand Cascades a mis sur le marché sa marque de papier hygiénique Enviro 100, les ventes de sa division Groupe Papier tissu ont grimpé de 300 % la première année. Le produit lui a valu une clientèle qu’elle n’aurait pas eue autrement, tant parmi les consommateurs sensibles à l’environnement que parmi les grands détaillants comme Wal-Mart, qui a pris un virage vert depuis quelques années.

Les consommateurs, en revanche, sont de plus en plus conscients de l’écoblanchiment (greenwashing), c’est-à-dire de la fausse publicité verte. Selon l’Observatoire de la consommation responsable, plus de la moitié des consommateurs se méfient des certifications vertes et équitables, et 44 % d’entre eux déplorent le manque d’information sur la provenance des produits.

C’est pour éviter d’être accusés d’écoblanchiment que plusieurs fabricants et grands détaillants procèdent à l’analyse du cycle de vie (ACV) de leurs produits lorsqu’ils prennent le virage du développement durable. « Cet outil permet d’évaluer les impacts d’un produit sur l’environnement depuis l’extraction des matières premières jusqu’à l’élimination des déchets », explique Valérie Becaert, directrice exécutive du Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG), rattaché à l’École polytechnique.

Liberté l’a fait, en collaboration avec le CIRAIG. L’entreprise a procédé à l’analyse des impacts de la fabrication de ses yogourts, depuis les procédés de production du lait jusqu’à l’élimination des contenants en plastique. L’exercice a surpris Martin Valiquette. « Nous avons compris que les impacts les plus importants de nos produits étaient chez nos fournisseurs, les producteurs de lait », dit-il. Depuis, le dirigeant a entrepris une vaste campagne de sensibilisation auprès de ces derniers pour qu’ils réduisent ces impacts.

Même constat chez Rona, qui a utilisé la méthode du cycle de vie pour développer sa gamme de produit Rona Eco, qui comprend de la peinture, des produits nettoyants, de l’engrais et différents accessoires (balais, pelles, râteaux) faits de
matières recyclées. « Nos recherches ont montré que les impacts les plus graves se produisent durant la phase de fabrication », explique François Régnaud, directeur, Gestion de l’information, de Rona.

Le détaillant québécois a donc décidé de lancer l’an dernier un vaste programme de formation sur l’écoconception auprès de ses fournisseurs. L’écoconception consiste à utiliser l’approche du cycle de vie dès le design d’un produit afin de s’assurer que son procédé de fabrication aura le minimum d’impact sur l’environnement et qu’il sera recyclable. Jusqu’ici, 40 fournisseurs ont suivi le cours.

« Un jour, ce sera la norme et tous les produits seront conçus de cette façon, croit Nathalie Blouin, conseillère à l’Institut de développement de produits. C’est déjà devenu un incontournable pour les entreprises qui veulent exporter notamment en Europe et en Californie. Certains marchés leur sont partiellement fermés si leurs produits ne sont pas facilement démontables et ne comprennent pas un certain taux de matière recyclée. »


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