Véhicules électriques de niche : le Québec contre le monde


Édition du 20 Mai 2017

Véhicules électriques de niche : le Québec contre le monde


Édition du 20 Mai 2017

Par François Normand

Le manufacturier d’autobus électriques néerlandais ­Ebusco teste ses véhicules à ­Espoo, deuxième ville de ­Finlande.

La création d'une grappe de véhicules spécialisés électriques et intelligents au Québec ne sera pas un long fleuve tranquille. Plusieurs régions du monde sont en train de développer cette expertise, et elles veulent également exporter leurs produits.

La concurrence de la future grappe québécoise ne viendra donc pas des Tesla et autres géants de l'automobile électrique, tels que General Motors (la Volt), Nissan (la Leaf) ou Ford (la Focus).

Effectivement, certaines de ces entreprises fabriquent aussi des véhicules spécialisés. Tesla a conçu un camion électrique, Nissan, des charriots élévateurs électriques, tandis que GM détient une participation dans Proterra, un important manufacturier d'autobus électriques de la Californie. Néanmoins, les grands de l'automobile visent davantage le marché des voitures électriques que celui des véhicules spécialisés.

Les Américains proactifs

C'est surtout ailleurs que le Québec fera face à la concurrence, notamment aux États-Unis, le principal marché d'exportation de la future grappe québécoise. Nos voisins sont très actifs dans la fabrication et l'utilisation de véhicules électriques spécialisés, dont les autobus électriques.

La Californie - un État leader en matière de lutte aux changements climatiques et à la pollution atmosphérique - a développé une grappe dans la région de Los Angeles. Par exemple, Proterra, grâce à ses autobus, électrifie le transport collectif dans le Golden State et dans l'ensemble des États-Unis. Elle a une usine dans la région de Los Angeles, de même qu'à Greenville, en Caroline du Sud, pour le marché de la côte Est.

C'est toutefois dans le sud de la Californie que les manufacturiers d'autobus électriques sont le plus actifs. Outre Proterra, on y trouve la chinoise BYD, la canadienne New Flyers Industries et l'américaine Complete Coach Works.

Le Nevada et le Texas veulent également se doter d'une filière dans les véhicules spécialisés électriques. Ces États essaient par exemple d'inciter des manufacturiers du sud de la Californie à relocaliser leurs activités dans leur juridiction, où l'impôt sur les sociétés est plus faible.

L'Oregon a aussi une grappe émergente grâce à Drive Oregon, une coalition d'entreprises et de groupes d'intérêt de l'industrie du véhicule électrique et de l'électrification des transports lancée en 2011. Cette grappe a notamment permis l'émergence d'une start-up, RYNO Motors, qui a créé une moto électrique à une roue. De même, des entreprises de cette industrie fabriquent des chariots élévateurs électriques, des remorques d'avion, des tramways ainsi que des composants de batteries. L'une des priorités de Drive Oregon est d'intégrer les entreprises de la grappe à de grandes chaînes d'approvisionnement national et international de manufacturiers de véhicules électriques.

L’américain RYNO Motors a créé une moto électrique... à une roue.

Des tests en conditions hivernales en Finlande

Plusieurs pays européens ont aussi développé une expertise dans l'électrification des transports. Ainsi, comme le Québec, la Finlande veut se spécialiser notamment dans les tests d'autobus électriques en conditions hivernales.

Par exemple, au dépôt d'autobus de Veolia à Espoo (la deuxième ville du pays), des manufacturiers d'autobus électriques, comme la société néerlandaise Ebusco, testent depuis quelques années leurs véhicules.

Selon le Technical Research Centre of Finland (VTT), cette activité a le potentiel de tisser des liens entre les manufacturiers internationaux d'autobus électriques et les fabricants finlandais de composants de matériel électrique - les manufacturiers pourraient même décider d'y fabriquer leurs autobus.

La Finlande abrite déjà un manufacturier local, Linkker, qui conçoit et fabrique des autobus électriques. Cette entreprise vend ses véhicules en Europe. Le pays est aussi un leader en matière de transport intelligent. Par exemple, dans la ville de Tampere, les autobus sont en contact constant avec le système de feux de circulation. Ainsi, si un autobus est en retard, le véhicule peut l'indiquer au système qui priorise alors son passage sur la route, selon Hussey Oliver, conseiller chez Invest Tampere.

La Norvège est un autre leader en matière d'électrification des transports. Comme le Québec, ce pays produit près de 100 % de son électricité à partir d'énergies renouvelables, dont l'hydro-électricité et l'énergie éolienne. La Norvège a d'ailleurs le plus haut taux de mobilité électrique dans le monde, selon Innovasjon Norge, une organisation qui favorise l'innovation et la commercialisation de produits, notamment dans les domaines de l'énergie et des technologies propres.

L'immense marché chinois

Enfin, la Chine est un grand leader mondial dans la fabrication de voitures et de véhicules électriques spécialisés, en particulier à Changsha, la capitale de la province du Hunan.

Le manufacturier BYD, le plus important fabricant d'autobus électriques dans le monde, y a son siège social, et l'entreprise possède aussi une usine en Californie.

La Chine abrite d'autres manufacturiers d'autobus électriques, comme Zhongtong Bus et Zhengzhou Yutong Bus.

Si les fabricants chinois exportent leurs produits, la plupart d'entre eux se concentrent sur le marché local, où la demande en véhicules est très forte en raison de la lutte contre la pollution atmosphérique, un enjeu majeur en Chine.

L'an dernier, le pays a produit 135 000 autobus électriques, soit une hausse de 20 % par rapport à 2015, selon une étude de Market Research (China Electric Bus Industry Report, 2017-2020). Et le taux de pénétration des autobus électriques est très rapide en Chine. En 2013, seulement 4,3 % des autobus en circulation dans ce pays étaient des véhicules électriques. En 2016, cette proportion atteignait 45,8 %.

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