Wall Street bat son record de longévité sans crise majeure

Publié le 22/08/2018 à 11:33

Wall Street bat son record de longévité sans crise majeure

Publié le 22/08/2018 à 11:33

Par AFP

[Photo: Getty Images]

À moins d’un mois du dixième anniversaire de l’éclatement de la crise financière, Wall Street va battre mercredi un record de longévité à la hausse, sans que les courtiers semblent voir pour le moment de signaux d’alerte imminents.

À la clôture, l’indice S&P 500 aura évolué sans baisse de plus de 20 % pendant 3 453 jours, ce qu’on appelle communément un « bull market » dans les salles de marché en référence au taureau qui symbolise la puissance de la finance d’après la définition de plusieurs analystes.

Le précédent record sur l’indice S&P 500, qui regroupe les 500 plus grosses entreprises cotées à la Bourse de New York et sert de référence à ce calcul, a duré un jour de moins et a été achevé par l’éclatement de la bulle internet début 2000.

« La croissance américaine est supérieure à celle de l’Europe, les résultats d’entreprises sont excellents, la consommation est meilleure que prévu... C’est finalement assez naturel de voir les indices américains à ces niveaux très élevés », réagit Gregori Volokhine, président de Meeschaert Financial Services.

« Nous avons sous les yeux le marché le plus attractif du moment. Le slogan de Donald Trump "Make America Great Again" s’est transformé en "Make the markets great again" », ajoute le spécialiste.

Le président américain n’est en effet pas étranger à cette euphorie boursière. Le locataire de la Maison-Blanche a mis en place à la fin de 2017 une généreuse réforme de la fiscalité permettant aux entreprises de n’être imposées plus qu’à 21 % en moyenne contre 35 % précédemment et de pouvoir rapatrier leurs bénéfices détenus à l’étranger à moindres coûts.

Bulle financière ?

Cette réforme a permis aux entreprises d’enregistrer au premier et au deuxième trimestre 2018 des résultats financiers historiquement élevés.

D’avril à juin par exemple, « 73 % (des entreprises) ont battu les estimations en termes de ventes, et les marges opérationnelles sont bien au-dessus de la moyenne sur vingt ans. À côté, les inquiétudes commerciales ne sont qu’une distraction » commente Alan Skrainka, à la tête des investissements pour Cornerstone Wealth Management.

Ces cadeaux fiscaux ont également enrichi un peu plus les actionnaires de ces entreprises à travers d’abondants plans de dividendes et de rachats d’actions.

Le milliardaire américain, au pouvoir depuis seulement début 2017, n’est évidemment pas le seul à avoir permis cette envolée de 323 % de l’indice S&P 500 en neuf ans.

À partir de 2008, et pour lutter contre la crise financière qui fait alors rage, la banque centrale américaine (Fed) a maintenu ses taux d’intérêt près de 0 % jusque fin 2015, tout en déversant des centaines de milliards de dollars sur les marchés à travers son programme dit d’« assouplissement quantitatif » (Quantitative Easing, QE). Cette stratégie a encouragé les investisseurs à se tourner vers les investissements plus risqués comme la Bourse.

De quoi alimenter une bulle sur les actions ? 

« Tant que la hausse de leur prix sera moins rapide que leurs profits, ce ne sera pas un signal d’alarme ni une inquiétude », répond M. Volokhine.

Actuellement, même s’il existe des disparités selon les secteurs, le prix moyen des actions par rapport à leurs bénéfices évolue près de la moyenne des 50 dernières années, rappelle M. Skrainka.

Les observateurs du marché citent toutefois la hausse des taux de la banque centrale américaine (Fed) comme l’un des principaux risques pouvant mettre fin à l’envolée boursière.

Si celle-ci est trop brutale, où si les indicateurs économiques battent progressivement de l’aile, une récession pourrait survenir, notent plusieurs d’entre eux. C’est l’un des seuls motifs qui pourrait « faire mourir » le cycle de hausse des indices après neuf années de croissance ininterrompue aux États-Unis, d’après Sam Stovall, chargé de la stratégie d’investissement chez CFRA.

Mais le marché balaye pour le moment ces craintes d’un revers de main, à l’image du nouveau record historique atteint mardi en séance par l’indice S&P 500 à 2 873,23 points.


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