Titres technos : une évaluation problématique


Édition du 01 Octobre 2016

Titres technos : une évaluation problématique


Édition du 01 Octobre 2016

[Photo : Shutterstock]

Le secteur de la technologie demeure attrayant, malgré son bon rendement boursier. D'abord, parce qu'une part de ce rendement correspond à un rattrapage après des années de vaches maigres. Ensuite, parce qu'il a beaucoup évolué, soutient Valérie Cecchini, cogestionnaire avec YY Lau du Fonds global Science et Technologie Investors.

«Beaucoup d'entreprises ont réussi à se repositionner. Je doute que ce soit le cas d'IBM, mais c'est le cas de Microsoft. J'aime les entreprises de logiciels qui ont fait la transition de la licence perpétuelle à l'abonnement, comme Autodesk. Outre les grands noms, plusieurs sociétés de moyenne importance, comme Texas Instruments, par exemple, ont réussi à gagner des parts de marché en adoptant un modèle d'entreprise très équilibré. Il y a encore des titres à des multiples raisonnables par rapport au multiple du marché», affirme-t-elle.

Le secteur de la technologie est actuellement le plus important de l'indice S&P 500 avec une pondération de 21 % au 31 août. C'est aussi la plus importante pondération de ce secteur depuis la bulle Internet de 2000. En comparaison, les secteurs des services financiers et de la santé représentaient respectivement 16,3 % et 14,6 % de l'indice phare de la Bourse américaine.

Le fait que les titres d'Apple, d'Alphabet et de Microsoft trônent au sommet des titres ayant la plus importante capitalisation boursière sur le marché américain y est pour quelque chose.

Le secteur a largement contribué à la hausse de 9,15 % (en dollars américains) du marché américain au cours de l'année terminée le 31 août, avec un rendement de 15,71 %. Sur trois ans, le secteur a progressé de 50,5 %, par rapport à 30,5 % en ce qui concerne le S&P 500.

«Au début de cette période de trois ans, ce sont surtout les titres d'Internet, comme Alphabet et Facebook, qui ont très bien performé. Mais au cours de la dernière année, les titres délaissés ont finalement mieux fait que ceux qui se négocient maintenant à des multiples élevés», dit Valérie Cecchini.

Selon la gestionnaire, il faut prendre l'évaluation totale du secteur des TI avec du recul, car elle n'est pas représentative de la majorité des sociétés de ce secteur : «Le multiple auquel se négocie l'indice S&P 500 des TI est biaisé en raison de l'évaluation astronomique des Facebook de ce monde. Il y a des sociétés qui se négocient à 500 fois les bénéfices, et d'autres, à 15 fois», dit-elle.

Pire, on ne parle même pas des bénéfices réels. Au 31 août, l'indice TI S&P 500 se négociait à 21,3 fois les bénéfices des 12 derniers mois, selon Bloomberg, mais à 27,6 fois les bénéfices, selon les principes comptables généralement reconnus (PCGR).

L'ajustement, par les sociétés, des bénéfices présentés est une façon de rendre acceptables des évaluations qui autrement ne le seraient pas, admet Valérie Cecchini : «On laisse le secteur de la technologie faire ce qu'il veut, sous prétexte que c'est un créneau de croissance et d'innovation, moteur de l'économie. Certaines sociétés en abusent et la Securities and Exchange Commission a demandé des commentaires sur la façon d'apporter plus de transparence et d'améliorer ses normes de divulgation pour les sociétés qui utilisent des mesures ajustées», dit-elle.

Mme Cecchini souligne que cet écart entre les bénéfices présentés par une entreprise et ceux calculés selon les PCGR peut être très important. Elle donne en exemple le titre de Broadcom Limited (AVGO, 168,23 $ US), dont le bénéfice prévu pour la prochaine année est de 11 $ US par action, selon les ajustements de la société, par rapport à une perte de 2 $ US par action selon les PCGR, soit un écart de 13 $ US par action.

«Quelle est la véritable valorisation de cette société ? Les analystes regardent les bénéfices "ajustés" et vous disent que la société ne se négocie qu'à 16 fois les bénéfices prévus. C'est pourquoi il faut travailler énormément pour réajuster les chiffres que les sociétés nous donnent.»

Valérie Cecchini juge que la faute est partagée entre, d'une part, les sociétés qui font ces ajustements et, d'autre part, les analystes des maisons de courtage qui les reprennent et les diffusent, de même que les gestionnaires de portefeuille qui les acceptent. «Il n'y a pas un analyste qui est venu nous voir sans qu'on lui demande pourquoi il agit ainsi. Chacun nous répond la même chose : "Tous mes collègues le font". Si les gestionnaires s'opposaient davantage à l'utilisation de données ajustées, peut-être que les attitudes changeraient», avance-t-elle.

Dans un tel contexte de redressement de chiffres et d'évaluations à deux vitesses, ceux qui cherchent une exposition au secteur ont peut-être avantage à y aller avec un FNB géré activement.

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