«Surpayer un dirigeant ne sert à rien» - Thomas Piketty, économiste et auteur du Capital au XXIe siècle

Offert par Les Affaires


Édition du 31 Mai 2014

«Surpayer un dirigeant ne sert à rien» - Thomas Piketty, économiste et auteur du Capital au XXIe siècle

Offert par Les Affaires


Édition du 31 Mai 2014

Par François Normand

L'économiste français Thomas Piketty ne se fera pas d'amis auprès des patrons d'entreprises cotées en Bourse. Car, selon ses travaux, payer un pdg plus de deux millions de dollars américains n'améliore pas les résultats des entreprises qui leur versent des salaires mirobolants.

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L'auteur du Capital au XXIe siècle - un essai sur les inégalités économiques qui fait grand bruit - et des collègues ont analysé la rémunération des dirigeants et la performance de leurs entreprises en Amérique du Nord et en Europe.

Ils se sont intéressés aux sociétés qui versaient des salaires très élevés à leurs dirigeants, dépassant les 2 M$ par année. Leur constat ? Il ne se passe rien ; aucun impact sur les revenus et la rentabilité des organisations, explique aux Affaires Thomas Pikkety. «Nous avons analysé les résultats des entreprises qui paient les dirigeants 5 et 10 M$. Et nous n'avons rien trouvé en matière de performance économique», dit-il.

Bref, une entreprise qui verse un salaire de 10 M$ par année à son pdg n'enregistrera pas de meilleurs résultats qu'une entreprise qui paie le sien 1 M$. «Au-delà d'un certain niveau de rémunération, ça ne sert à rien.» En revanche, dit-il, augmenter la rémunération d'un dirigeant dans une fourchette variant de 500 000 $ à 2 M$ peut influer la performance des entreprises.

Thomas Pikkety se défend bien d'être contre le fait de bien payer les dirigeants qui ont beaucoup de responsabilités. Mais encore faut-il que cette rémunération soit justifiée et qu'elle s'appuie sur des données empiriques. Ce qui n'est pas le cas, souligne-t-il.

«Je pense qu'il faut bien payer les dirigeants d'entreprises. Quand vous gagnez déjà 20 fois le salaire moyen, l'idée qu'il faille payer 100 fois ou 200 fois ce salaire moyen pour que les gens travaillent bien repose sur de l'idéologie.»

Thomas Pikkety dit qu'il est temps de débattre de cette question, et ce, en s'appuyant sur des faits et non pas sur des perceptions voulant que, plus on paie une personne, plus elle améliore la performance financière de son organisation.

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