2 patrons pour une institution ou la nouvelle saga de Trump

Publié le 27/11/2017 à 13:30

2 patrons pour une institution ou la nouvelle saga de Trump

Publié le 27/11/2017 à 13:30

Par AFP

Photo: Gettyimages

Le bras de fer entre la Maison Blanche et la direction d'une instance de protection financière des consommateurs aux Etats-Unis met en lumière la détermination de l'administration Trump à battre en brèche la régulation bancaire et financière.

«Règlements de comptes à CFPB corral» titrait une tribune du Washington Post lundi pour résumer la bataille que se livrent l'exécutif et le Bureau de protection financière des consommateurs (CFPB) sur son leadership et la survie de cette agence créée par l'administration Obama.

L'abcès se focalise sur cette instance chargée d'arbitrer et de contrôler les relations entre les banques et les consommateurs. 

Depuis sa création après la crise financière de 2008-2009, le CFPB n'a cessé d'attirer les foudres des républicains, le parti de Donald Trump, qui le jugent trop indépendant et trop sévère vis-à-vis des banques.

Le CFPB avait notamment révélé le scandale des millions de faux comptes créés à l'insu des clients par les employés de la banque Wells Fargo en échange de bonus de rémunération. La banque a été condamnée à une amende de 100M$US.

La semaine dernière, après la démission du directeur du CFPB– le démocrate Richard Cordray–, Donald Trump s'est empressé de nommer un nouveau patron par intérim, en la personne de Mick Mulvaney, son directeur du Budget. Cet ancien parlementaire ultra-conservateur est connu pour avoir vivement critiqué l'instance qu'il a traitée de «mauvaise blague».

Dans le même temps, le directeur-partant a affirmé que, aux termes des statuts de l'agence, c'était à lui de nommer un successeur par intérim et a choisi pour cela sa directrice-adjointe. 

Saga

Deux patrons étaient donc en poste lundi pour un seul CFPB dans une saga qui risque de se dérouler maintenant devant la Justice.  

Dans un geste de confrontation inhabituel, Leandra English, la nouvelle directrice désignée par M. Cordray, a demandé à un juge fédéral de bloquer la nomination du candidat de Donald Trump.

Des élus des deux camps ont crié au scandale. «Tous les Américains devraient être très inquiets de la décision cynique de la Maison Blanche de bafouer la loi et de tenter de mettre,  à la tête du CFPB, le chef de file de ses dangereuses politiques anti-défense des consommateurs», a protesté la chef de l'opposition démocrate à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi. 

«Le peuple américain mérite un champion qui le protège des banquiers et prêteurs prédateurs, pas le leadership d'un pion de Wall Street qui dénigre la protection des consommateurs comme une mauvaise plaisanterie», a-t-elle ajouté.

Pour le sénateur républicain Tom Cotton, membre de la commission bancaire, le CFPB au contraire «est un organisme incontrôlable et inconstitutionnel». Le président Trump devrait «renvoyer immédiatement» la directrice par intérim, a-t-il martelé dans un communiqué lundi.

L'affaire éclate alors que le président Trump, qui a fait de la dérégulation financière un de ses chevaux de bataille, dispose dans les semaines qui viennent de multiples occasions pour marquer son empreinte dans ce domaine.

Mardi, celui qu'il vient de choisir pour diriger la banque centrale (Fed), Jerome Powell, en remplacement de Janet Yellen, est entendu par le Congrès pour son audience de confirmation en commission.

L'ancien gouverneur de la Fed–un républicain modéré, avocat et ancien banquier d'investissement–, devrait passer ce cap haut la main, selon les observateurs. Il prendra son poste le 3 février alors que Mme Yellen, qui avait la possibilité de rester au sein de la Fed en tant que simple gouverneur, a préféré démissionner.

Nul doute que M. Powell sera interrogé mardi sur la querelle du CFPB et plus largement sur sa vision d'une simplification de la régulation bancaire. 

Avec le départ de Mme Yellen, le président Trump détient l'occasion unique de remplacer la majorité du directoire de la puissante banque centrale, qui est aussi le grand régulateur bancaire. Quatre postes de gouverneurs sur sept sont à pourvoir.

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