Québecor souhaite encore acquérir les six quotidiens du Groupe Capitales Médias

Publié le 29/08/2019 à 06:47

Québecor souhaite encore acquérir les six quotidiens du Groupe Capitales Médias

Publié le 29/08/2019 à 06:47

Par La Presse Canadienne

Le groupe de presse Québecor souhaite toujours acquérir les six quotidiens du Groupe Capitales Médias (GCM) qui sont au bord de la faillite.

Le président de Québecor, Pierre Karl Péladeau, soutient que son empire de presse serait la meilleure chose qui pourrait arriver aux six quotidiens régionaux menacés de disparaître.

«Nous sommes bien placés. Nous sommes probablement les mieux placés» pour assurer la survie de ces médias, a commenté M. Péladeau, mercredi, en mêlée de presse, en marge de sa présence devant la commission parlementaire qui se penche sur l'avenir des médias.

Québecor a déjà essuyé un refus, après avoir déposé une première proposition d'acquisition, mais ne s'avoue pas vaincu.

«Nous avons l'intention d'être en relation avec le syndic» chargé de trouver un acquéreur, a-t-il confirmé, faisant valoir que son groupe de presse pouvait offrir aux journaux en difficulté toute la «logistique industrielle» pouvant assurer leur relance (réseau de distribution, imprimerie, l'agence de presse QMI et «la force commerciale» de Québecor).

Le syndic a pour objectif de trouver un nouvel acquéreur avant la fin de l'année. Le gouvernement a accepté de verser une aide d'urgence de 5 millions $ pour l'aider à tenir le coup jusque-là.

Au moment de déposer son offre, M. Péladeau ignorait alors que l'éventuel acquéreur devrait composer avec un lourd déficit actuariel du régime de retraite des employés, qui atteint pas moins de 65 millions $.

Malgré cela, il a dit toujours souhaiter se porter acquéreur des six quotidiens, ajoutant qu'il ne serait pas surpris d'apprendre que la transaction cache d'autres mauvaises surprises.

«Ce ne serait pas étonnant», selon lui, compte tenu du lourd dossier financier de l'entreprise.

Québecor possède déjà deux quotidiens, Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec, en plus de TVA, LCN et QUB radio. La concentration de la presse serait portée à un niveau plus élevé, que d'aucuns jugeraient inacceptable, si l'entreprise de M. Péladeau ajoutait six quotidiens à son empire.

À cela, M. Péladeau réplique qu'il s'agit d'un «faux problème».

«Il vaut mieux une concentration de la presse que pas de presse du tout», a-t-il dit.

Contrairement à la plupart des intervenants venus défiler en commission parlementaire, M. Péladeau désapprouve l'idée d'une aide financière provenant du gouvernement pour les médias en difficulté.

La Presse: aide réclamée

Au contraire, la direction de La Presse+ est venue réclamer l'aide de l'État pour les médias.

Selon son président, Pierre-Elliott Levasseur, si le quotidien montréalais n'obtient pas une aide financière "structurante" de la part du gouvernement, c'est «la pérennité» de La Presse+ qui est menacée.

Comme d'autres intervenants, il a convenu que "le modèle d'affaires des médias devait être complètement repensé".

Il y a quelques années, La Presse+ a innové en abandonnant le papier et en offrant son contenu gratuitement sur une tablette. Elle s'est aussi transformée en organisme à but non lucratif. La direction maintient que c'était la bonne voie à suivre.

Les maires interviennent

Trois maires de villes québécoises directement affectées par la crise des médias sont venus plaider pour que les gouvernements déploient de toute urgence des moyens d'action destinés à sauver la presse régionale.

Les maires de Saguenay, Josée Néron, de Trois-Rivières, Jean Lamarche, et de Sherbrooke, Steve Lussier, ont joint leur voix pour revendiquer un système de taxation des géants du web, afin de renflouer les coffres des médias, aux prises avec de graves difficultés financières.

Le Quotidien de Saguenay, Le Nouvelliste de Trois-Rivières et La Tribune de Sherbrooke font partie des six quotidiens du Groupe Capitales Médias (GCM), qui lutte présentement pour éviter la faillite en attendant qu'un éventuel acquéreur relance l'entreprise. Les trois autres sont Le Soleil de Québec, La Voix de l'Est de Granby et Le Droit d'Ottawa-Gatineau.

«Portez vos culottes et agissez!», a lancé en mêlée de presse la mairesse de Saguenay, Josée Néron, qualifiant d'«essentielle» la présence d'une presse régionale forte.

Selon les maires présents, «les gouvernements vont devoir réellement analyser la possibilité de taxer» les géants américains du web connus sous l'acronyme GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple), a indiqué Mme Néron.

Ces plateformes numériques accaparent sans cesse davantage les revenus publicitaires autrefois réservés aux médias, et ce, sans verser un sou à aucun producteur de contenu.

La possibilité de voir Québecor acquérir ces quotidiens régionaux n'a pas semblé plaire aux trois maires présents, soucieux de préserver la diversité de l'information et d'échapper à une concentration encore plus grande de la presse au Québec. Car il importe de conserver une presse régionale «la plus régionale possible», selon le maire de Sherbrooke, Steve Lussier.

GCM: crédit d'impôt

Pour mieux soutenir financièrement les médias, l'État devrait intervenir de diverses façons, selon le président de GCM, Claude Gagnon. Dans son mémoire, il a revendiqué la création d'un crédit d'impôt remboursable sur l'ensemble de la masse salariale.

La direction du quotidien Le Devoir et celle de La Presse+ partagent cet avis.

Le groupe GCM demande de plus à Québec d'éliminer «de façon permanente» la contribution des entreprises de presse à l'industrie du recyclage du papier.

Québec devrait aussi augmenter ses investissements publicitaires dans les journaux, selon le voeu de M. Gagnon, qui verrait aussi d'un bon oeil la création d'une Régie publicitaire provinciale.

La porte-parole en culture et communications de l'opposition libérale, la députée Isabelle Melançon, a demandé à la ministre de la Culture, Nathalie Roy, d'émettre dès maintenant une directive destinée à hausser de 75 pour cent le budget publicitaire de l'État consacré aux médias traditionnels.

Le gouvernement a un devoir d'exemplarité en ce domaine, a commenté Mme Melançon, en point de presse.

L'an dernier, le gouvernement a dépensé 3,7 millions $ en publicité sur les plateformes des géants du web, au détriment des médias traditionnels, nationaux et régionaux.

Le Devoir souhaiterait que par décret le gouvernement limite à 5 pour cent de son budget publicitaire annuel, la part des placements faits dans des entreprises étrangères.

La commission sur l'avenir des médias entendra au total 36 intervenants d'ici vendredi. De plus, elle a reçu 62 mémoires de gens, entreprises et organismes préoccupés par le sujet.

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