Les taux négatifs remis en question


Édition du 07 Mai 2016

Les taux négatifs remis en question


Édition du 07 Mai 2016

[Photo : Shutterstock]

La politique de taux d'intérêt négatifs appliquée par certaines banques centrales aurait des effets contraires à ceux qu'elle vise, d'après certains analystes. Cette politique, qui écrase les épargnants de plusieurs pays, serait en train de devenir la pire crise à l'échelle mondiale, selon Larry Fink, pdg de BlackRock.

Parmi les grandes banques centrales, la Banque du Japon est celle qui a le plus récemment tenté l'expérience qui consiste concrètement à faire payer les banques commerciales déposant leurs liquidités auprès d'elles. La Banque du Japon affiche un taux de - 0,1 % sur ces dépôts, alors que la Banque centrale européenne a augmenté le sien à - 0,4 % le 10 mars. La Banque Nationale suisse a maintenu son taux à un niveau record de - 0,75 % le 17 mars.

Ces taux à un jour négatifs influent sur la courbe des taux d'intérêt à plus long terme. Selon Bloomberg Business, plus de 7 000 G $ US en obligations gouvernementales affichaient des rendements négatifs au 8 février, soit 29 % de l'indice Bloomberg Global Developed Sovereign Bond. Ce montant est sûrement plus élevé aujourd'hui, alors que le rendement des obligations japonaises de 10 ans est passé au-dessous de zéro pour la première fois de son histoire le 9 février.

L'objectif avoué de la politique de taux négatif est d'inciter les banques commerciales à prêter leurs liquidités aux entreprises pour stimuler l'activité économique et empêcher une spirale de prix à la baisse, spirale qui pourrait faire dérailler la reprise économique si lente que nous connaissons depuis 2009. En théorie, l'opération a aussi pour effet de faire baisser la devise des pays qui y ont recours.

Pourtant, des graphiques de Bank of America Merril Lynch montrent que cette démarche, dont on peut penser qu'elle est l'arme ultime des banques centrales, n'a pas l'impact voulu, et que les programmes d'assouplissement quantitatif, où les banques centrales créent de la monnaie en poussant littéralement sur un bouton, ont beaucoup mieux réussi par le passé. Ces graphiques montrent qu'un mois après la mise en application de la politique des taux négatif, elle a l'effet contraire, tant sur la devise que sur les anticipations d'inflation de la Bourse.

D'après Chris Xiao et Vadim Iaralov, deux stratèges des devises qui travaillent pour la firme, l'inefficacité de la politique des taux négatifs tiendrait davantage au fait que les marchés l'interprètent comme une sorte d'épuisement des mesures de stimulation.

Les gains très importants des actifs depuis la crise financière mondiale seront difficiles à conserver si les investisseurs perdent confiance dans l'efficacité du stimulus des banques centrales à améliorer les conditions économiques.

Une volatilité accrue ?

Pour Steve T. Mather, chef des placements, U.S. Core Strategies, chez Pimco, non seulement l'efficacité de la politique à augmenter la croissance économique est loin d'être certaine, mais les décideurs pourraient avoir sous-estimé les risques de cette stratégie. Il est d'avis que ces risques peuvent croître exponentiellement plus les taux baissent et plus ils restent bas.

«Il semble que les marchés financiers voient de plus en plus ces mesures expérimentales comme des actes désespérés et conséquemment dangereux pour la stabilité économique et financière», écrit-il dans un commentaire1. Steve T. Mather pense que la politique de taux négatif est un facteur qui contribue à la volatilité accrue des derniers mois et est, possiblement, un catalyseur du resserrement des conditions financières à l'échelle mondiale. Il pense aussi que cette politique a pour effet de supprimer les anticipations d'inflation à moyen et à long terme.

Elle accroîtrait aussi l'aversion au risque : «Lorsque les taux tombent à zéro ou en territoire négatif, les actifs financiers sûrs, comme les obligations gouvernementales et les autres de qualité supérieure, deviennent en fait plus risqués ! Des actifs perçus comme étant "sans risque" et d'autres de qualité supérieure sont retirés du système financier et remplacés par des actifs plus risqués, au rendement espéré négatif. Bien que cela encourage certains investisseurs à prendre plus de risques pour compenser la perte de revenu, d'autres seront certainement forcés de répondre en réduisant le risque», soutient Steve T. Mather.

La politique de taux négatif agirait aussi comme un impôt auprès des épargnants et des investisseurs, qui doivent planifier en fonction de rendements plus faibles dans le futur. Cela pourrait augmenter leur taux d'épargne, ce qui freinerait la croissance économique.

1 « Negative Interest Rates Policies May Be Part of the Problem », Viewpoints, Pimco, février 2016

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