Le français, un obstacle aux investisseurs québécois ?

Publié le 20/03/2012 à 13:09, mis à jour le 20/03/2012 à 13:29

Le français, un obstacle aux investisseurs québécois ?

Publié le 20/03/2012 à 13:09, mis à jour le 20/03/2012 à 13:29

Par Marie-Claude Morin

La question linguistique a ressurgi mardi durant une présentation de Louis Morisset, Surintendant aux marchés des valeurs à l’Autorité des marchés financiers. 

Il a confirmé le constat de l’AMF : la moitié des émetteurs canadiens n’offrent pas leurs actions au Québec au moment d’une émission. Si l’organisme n’a pas de statistiques sur de longues périodes, elle a toutefois été en mesure d’observer le phénomène trimestre après trimestre depuis trois ans.

C’est donc dire que des gestionnaires de portefeuille québécois n’ont pas accès à certaines émissions, à moins d’avoir un bureau à l’extérieur de la Belle Province. « On s’est fait dire à maintes reprises par des investisseurs que ce phénomène les désavantageait puisqu’ils doivent acheter les actions sur le marché secondaire. Comme les actions ont alors souvent monté, ça leur coûte plus cher et ça nuit à leurs rendements », dit M. Morisset.

L’impact pour les gestionnaires dépend évidemment de l’intérêt qu’ils portent aux nouvelles émissions. Pour ceux qui se concentrent uniquement sur les titres québécois, comme c’est le cas par exemple de Philippe Le Blanc chez Cote 100, ça ne change rien de ne pas avoir accès à certaines émissions canadiennes. Pour d’autres, dont Keith Farrant chez Claret, ça peut être frustrant par moment. « Ça n’arrive pas souvent, mais ça arrive. C’est sûr que ça nuit aux investisseurs québécois. »

Tant M. Farrant que M. Morisset identifient la même cause principale : les coûts de traduction liés à l’obligation d’offrir un prospectus en français. « Nous n’avons pas fait d’analyse exhaustive, alors il pourrait y avoir d’autres raisons », précise M. Morisset, qui admet toutefois ne pas en avoir trouvé encore.

Ce sont surtout les petites sociétés qui délaissent le Québec. Lorsqu’elles n’émettent que pour quelques millions de dollars d’actions, elles ne jugent pas pertinent de payer 30 000 ou 50 000 dollars pour traduire leur prospectus. C’est d’autant plus vrai s’il y a suffisamment d’intérêt de la part d’investisseurs hors Québec. « Plus l’émetteur est gros, plus il est difficile pour lui de se passer [des investisseurs] du Québec », dit M. Morisset.

Pas question pour l’AMF d’être au centre de la controverse
À plusieurs reprises durant son entretien avec lesaffaires.com, Louis Morisset a tenu a précisé que l’organisme québécois n’avait pas l’intention de changer quoi que ce soit à la réglementation en place. « L’AMF ne sera pas catalyseur d’un changement qui viendrait altérer les obligations linguistiques des émetteurs. » L’organisme a fait un constat, point. « Le phénomène devrait néanmoins donner lieu à un véritable débat : est-ce qu’on accepte de ne pas avoir accès à certaines émissions? »

Une des solutions serait de permettre aux émetteurs de ne traduire qu’un résumé de leur prospectus, un peu comme le font les Européens. Les émetteurs du vieux continent rédigent en effet leur prospectus en anglais, mais préparent un résumé dans la langue du pays où ils émettent leurs actions.

« Mais ça doit être très clair : l’AMF ne travaille pas là-dessus et le sujet n’est pas du tout à l’ordre du jour. » À d’autres de saisir la balle au bond, dit M. Morisset.

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