La Fed dit «Je vous ai compris» aux marchés

Publié le 21/12/2018 à 13:26

La Fed dit «Je vous ai compris» aux marchés

Publié le 21/12/2018 à 13:26

Par AFP

Le numéro deux du Comité monétaire de la Banque centrale américaine a lancé vendredi un retentissant « je vous ai compris » aux marchés financiers qui redoutent que la Fed ne soit sourde aux avertissements sur un ralentissement de la croissance.

« Nous entendons quelque chose d’important de la part des marchés qui est une inquiétude sur les risques concernant l’économie et un ralentissement potentiel plus important que ce que nous prévoyons pour le moment », a déclaré M. Williams sur la chaîne CNBC.

En une demi-heure d’interview, John Williams, patron de la Fed de New York et vice-président du Comité monétaire qui fixe la politique de taux, a fait de la pédagogie pour tenter de rassurer les marchés très mouvementés depuis des semaines.

La Bourse américaine et par ricochet toutes les places internationales avaient violemment réagi à la hausse des taux d’un quart de point de mercredi et surtout à la communication de l’institut d’émission qui semblait ignorer les inquiétudes des investisseurs sur la croissance l’année prochaine.

Les trois principaux indices boursiers ont bondi pendant que M. William soulignait à quel point la Fed était attentive à une large palette de données et qu’elle était prête à revoir sa copie à tout moment en fonction des conditions économiques.

Une embellie de courte durée, tous les gains étant très vite effacés.

« Ce que nous allons faire, y compris l’année prochaine, c’est passer en revue notre perception de l’économie, écouter, pas seulement les marchés, mais encore tous ceux avec lesquels nous parlons, analyser toutes les données et être prêts à revoir et réévaluer notre opinion », a-t-il souligné.

Il a rappelé que lui et ses collègues sont toujours convaincus que l’économie américaine reste « solide » malgré le ralentissement attendu en 2019 après une année faste en 2018 où le PIB devrait afficher une hausse autour de 3 %, bien supérieure à la majorité des grands pays industrialisés.

Une sorte d’inquiétude diffuse sur la vigueur de la croissance de la première économie du monde, alimentée par divers indices statistiques ou plus viscéraux et anecdotiques, s’est emparée des investisseurs et pèse sur les marchés.

Deux hausses ? Pas sûr

Pour bien faire passer son message, M. Williams a décortiqué le communiqué publié à l’issue de la réunion du Comité monétaire mercredi pour souligner un point important de vocabulaire.

Plutôt que de dire « s’attend à », le Comité a utilisé l’expression « juge (judge) que les conditions économiques justifieront des hausses graduelles supplémentaires des taux », deux en l’état actuel des choses, a expliqué M. Williams.

« Juger veut dire que nous nous sommes fait une opinion. C’est notre jugement, notre opinion que les choses vont se passer ainsi. Ce n’est ni un engagement ni une promesse », a-t-il assuré.

Mercredi, le Comité monétaire avait un peu réduit sa projection de croissance américaine pour cette année, à 3 % au lieu de 3,1 % précédemment, et surtout pour 2019 à 2,3 % contre 2,5 % précédemment.

De son côté, l’inflation sera aussi moins soutenue que précédemment estimée, à 1,9 % cette année comme l’année prochaine, passant légèrement en dessous de la cible idéale de 2 % de la Fed.

Message brouillé

Cette longue sortie du numéro deux de la Fed était visiblement destinée à clarifier le message de l’institution, qui sous la houlette de son nouveau président Jerome Powell, se voit reprocher de ne pas savoir assez bien gérer les attentes sur ce qu’elle va faire et d’ajouter à l’anxiété des marchés.

Dès janvier, M. Powell donnera une conférence de presse toutes les six semaines soit huit fois par an pour mieux expliquer la démarche de l’institution.

Les attaques répétées de Donald Trump, qui a traité la Fed de « folle » et a fait pression jusqu’au dernier moment par tweet pour qu’elle renonce à sa hausse, compliquent aussi quelque peu la communication de l’institution.

M. Williams a fermement rejeté l’opinion avancée vendredi dans le Wall Street Journal que les pressions du président avaient forcé la main de la Fed pour prouver son indépendance du pouvoir politique.

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