Escalader un mur d'inquiétude


Édition du 14 Octobre 2017

Escalader un mur d'inquiétude


Édition du 14 Octobre 2017

N’­entend-on pas les médias marteler que les indices boursiers fracassent des records , malgré les sources d’inquiétude multiples comme les problèmes politiques de ­Trump ?

Les Américains ont une expression que j'aime bien : «climbing a wall of worry». Il est vrai que les marchés boursiers ont souvent tendance être performants lorsque les sources d'inquiétude paraissent particulièrement nombreuses.

Or, ces sources sont multiples et variées actuellement : les récents ouragans, les problèmes politiques de Donald Trump, les négociations en cours concernant l'ALÉNA, les menaces nucléaires de la Corée du Nord, les hausses des taux d'intérêt... Il y a, me semble-t-il, de nombreuses bonnes raisons de ne pas investir en Bourse et de se tenir sur les lignes de côté.

Pourtant, y a-t-il des moments où le ciel est vraiment bleu, où il n'y a pas de réelles sources d'inquiétude ? À bien y penser, oui ! Cependant, ces périodes correspondent ni plus ni moins à celles où les marchés boursiers sont très chers et sur le point de corriger. La fin des années 1990 me vient tout de suite à l'esprit, mais on pourrait ajouter la période du milieu des années 1980, voire aller aussi loin que les années 1920, surnommées les années folles.

Ce qui distingue ces périodes est le sentiment généralisé que l'économie ne peut que continuer de progresser et que les marchés boursiers ne peuvent faire autrement que de s'apprécier. On assiste alors à un sentiment d'infaillibilité ; les gens sont convaincus que, cette fois-ci, «les choses sont différentes». N'est-ce pas aussi dans ces périodes que les investisseurs s'endettent pour investir, que des gens quittent leur travail afin de se consacrer au day trading (fin des années 1990) ou que le beau-frère qui n'avait jamais auparavant investi en Bourse nous recommande soudainement d'acheter des actions de Nortel ou de BCE Emergis ?

J'ai eu la chance de rencontrer de nombreux investisseurs au cours des dernières semaines. Lors de ces réunions, le sentiment dominant que j'ai perçu est celui de l'incertitude. La plupart sont inquiets, car ils craignent une correction imminente du marché. N'entend-on pas régulièrement les médias marteler que les indices boursiers fracassent des records ? Ne doit-on pas en conclure que les marchés sont chers et en voie de corriger ? Les fortes corrections passées ne se sont-elles pas pour la plupart produites après que les indices ont fracassé des records ? Oui mais, à mon avis, la différence est que les investisseurs sont bien loin d'afficher cette attitude de complaisance et cet oubli des risques qui caractérisent les marchés surévalués.

De nombreux facteurs favorables

De plus, quoique nous connaissions tous les facteurs qui pourraient faire chuter les marchés, n'oublions surtout pas ceux qui pourraient leur permettre de continuer de bien performer. En premier lieu, l'économie nord-américaine se porte bien. Même s'ils ont monté récemment, les taux d'intérêt sont toujours historiquement très faibles. Le marché de l'emploi est robuste. En outre, l'évaluation des marchés nord-américains demeure raisonnable, à mes yeux. On ne peut pas parler d'aubaine générale, mais il me semble qu'il n'y a pas non plus d'excès ou de bulle dans un quelconque segment.

Et, ce qui représente pour moi le point le plus important, les résultats financiers des sociétés sont favorables, du moins pour la majorité de celles que nous suivons ou que nous possédons en portefeuille. À titre d'exemple, j'ai récemment examiné les 30 titres qui composent le portefeuille de la «Lettre financière COTE 100». En moyenne, les 26 sociétés qui ont publié leurs derniers résultats trimestriels ont affiché une croissance annuelle de 11,7 % de leur bénéfice par action.

Lorsqu'on se concentre sur les sociétés détenues en portefeuille, sur leurs résultats financiers et sur leurs perspectives de croissance, il m'apparaît que tout n'est pas si sombre, bien au contraire.

Je fais un autre constat : il y a présentement beaucoup plus de titres attrayants, des titres que nous considérons comme des «achats», qu'au cours des nombreux derniers mois.

Je calcule en effet que, parmi les 30 titres actuels du portefeuille, 17 offrent un potentiel d'appréciation d'au moins 10 % en fonction de nos évaluations. Parmi ces titres, 11 sont canadiens et 6 sont américains, ce qui reflète probablement le fait que le marché canadien avait largement sous-performé par rapport au marché américain au cours des derniers mois. Au début de 2017, il n'y avait, selon mes calculs, que neuf titres en portefeuille qui offraient un tel potentiel.

Se concentrer sur le long terme

Il y aura toujours de bonnes raisons pour ne pas investir ou pour se retirer du marché boursier. Les médias et les commentateurs s'en donnent d'ailleurs à coeur joie ces temps-ci avec des commentaires souvent alarmistes.

De toute façon, ces considérations concernent le court terme. Pour les investisseurs à long terme que nous sommes, je considère que les perspectives du marché boursier demeurent attrayantes au cours des prochaines années.

Le seul véritable bémol est que les marchés sont dans l'ensemble plutôt bien évalués - le S&P 500 s'échange à un peu plus de 19 fois les bénéfices prévus de 2017 et à près de 17 fois ceux prévus pour 2018, selon Standard & Poor's. Par contre, il ne semble pas y avoir d'excès ou de secteurs s'échangeant à des ratios d'évaluation complètement déraisonnables.

En somme, bien que la prudence soit toujours de mise et qu'on ne soit jamais à l'abri d'une correction boursière, nous croyons que les incertitudes qui prévalent actuellement ne sont pas de bonnes raisons pour déroger à une philosophie d'investissement axée sur le long terme.

Je continue de penser qu'au cours des prochaines années, les marchés boursiers procureront des rendements attrayants (quoique sensiblement moins élevés que ceux des dernières années). La clé est de continuer de concentrer nos énergies sur ce qui compte vraiment : nos sociétés.

EXPERT INVITÉ
Philippe Le Blanc
est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100. Plusieurs comptes sous la gestion de COTE 100 possèdent des actions de Berkshire Hathaway.

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