Encana déménagera aux États-Unis et changer son nom pour Ovintiv

Publié le 31/10/2019 à 13:30

Encana déménagera aux États-Unis et changer son nom pour Ovintiv

Publié le 31/10/2019 à 13:30

Par La Presse Canadienne

(Photo: 123RF)

Encana (ECA), l’une des plus anciennes et des plus grandes entreprises énergétiques du Canada, a annoncé jeudi son intention de déménager son siège social de Calgary aux États-Unis afin de renforcer son accès à des investisseurs aux ressources considérables.

La société, qui va également changer son nom pour Ovintiv, estime que le fait d’avoir une adresse américaine l’exposera à des groupes d’investissements de plus en plus importants dans les fonds indiciels américains et les comptes à gestion passive.

Lors d’une conférence téléphonique jeudi, le chef de la direction d’Encana, Doug Suttles, a insisté sur le fait que les modifications apportées au nom de l’entreprise et à l’adresse de son siège social n’affecteraient pas le personnel canadien, n’entraîneraient pas de mises à pied ou ne détourneraient pas ses stratégies d’investissement dans les formations pétrolières et gazières en Alberta et en Colombie-Britannique.

« Ne vous y trompez pas, nous avons une longue et fière histoire au Canada et nos atouts ici sont de classe mondiale », a-t-il affirmé.

« Nos rendements au Canada continuent d’être aussi solides que le reste de notre portefeuille. Nous continuerons à faire des investissements rentables dans les formations de Montney et de Duvernay et à gérer ces actifs depuis le bureau de Calgary. Nous ne prévoyons aucun impact sur notre main-d’œuvre canadienne, au bureau ou sur le terrain. »

L’adresse canadienne d’Encana fait en sorte qu’elle ne figure pas dans les indices boursiers où se trouvent ses homologues américains et n’attire donc pas l’argent des rangs des investisseurs passifs, a souligné le directeur financier, Corey Code, lors de la conférence.

« Nous estimons aujourd’hui que moins de 10 % de notre capital est compris dans des comptes passifs, ce qui est bien en deçà de la moyenne de 30 % de nos pairs américains », a-t-il souligné.

Pas de surprise chez les analystes

Selon les analystes, cette décision n’est pas surprenante au vu de la concentration croissante d’Encana sur le pétrole et le gaz naturel aux États-Unis au cours de la dernière décennie, qui a mené à l’acquisition de son concurrent américain Newfield Exploration pour 5,5 milliards $ US, annoncée il y a un an.

« Je ne suis pas du tout surprise par cette décision », a affirmé Jennifer Rowland, analyste américaine chez Edward Jones.

« Depuis l’accord avec Newfield, 60 % de la production d’Encana se trouve aux États-Unis et deux de ses principaux moteurs de croissance se trouvent aux États-Unis (…) En plus, le chef de la direction, M. Suttles ne vit pas au Canada ; il vit à Denver. »

La ministre de l’Énergie de l’Alberta, Sonya Savage, avait un message similaire. « Je suis troublée d’apprendre qu’Encana déménage officiellement son siège social aux États-Unis », a-t-elle déclaré dans un message sur le réseau social Twitter. « Malheureusement, je ne peux pas dire que je suis étonnée, car Encana transfère ses efforts vers les États-Unis depuis des années, en grande partie à cause des politiques néfastes au Canada. »

Phil Skolnick, analyste chez Eight Capital Research, a estimé que le déménagement du siège social allait inévitablement conduire à des spéculations sur une vente des activités canadiennes.

« Certains vont inévitablement se demander si (Encana) va éventuellement vendre ou céder ses actifs canadiens. Nous croyons que dans le marché actuel, ce n’est pas quelque chose de prévu », a-t-il affirmé dans un rapport.

L’action de la société cédait jeudi après-midi 43 cents, ou 7,8 %, à 5,10 $ à la Bourse de Toronto, après avoir reculé jusqu’à 5,02 $ plus tôt dans la séance, ce qui constituait un nouveau creux pour les 52 dernières semaines.

Des liens avec le Canadien Pacifique

Les racines d’Encana remontent jusqu’au Chemin de fer Canadien Pacifique, à qui le gouvernement de John Macdonald, le premier premier ministre du Canada, avait octroyé des droits sur les ressources souterraines en contrepartie de la prise en charge du risque de développement du chemin de fer. Ces droits ont ensuite été transmis aux prédécesseurs d’Encana.

Parmi les précédentes itérations de l’entreprise se trouve Pan Canadian Petroleum, créée en 1971, qui a fusionné avec Alberta Energy pour former EnCana en 2002. EnCana a été scindée en 2009 en deux entités, soit Encana et le groupe pétrolier Cenovus Energy.

Encana a été le plus important producteur de gaz naturel au Canada pendant plusieurs années. M. Suttles a expliqué que le changement de nom visait en partie à rompre l’association avec le gaz naturel, un produit dont la surproduction en Amérique du Nord a entraîné une baisse des prix depuis des années.

Le changement de nom rappelle la décision de TransCanada de retirer officiellement le « Canada » de son nom, en mai dernier, pour se rebaptiser TC Énergie. Selon la société, ce dernier nom témoigne davantage de l’éventail de ses activités de pipelines, de génération d’énergie et de stockage au Canada, aux États-Unis et au Mexique.

Encana prévoit également un regroupement d’actions qui permettra aux actionnaires de recevoir une action d’Ovintiv en échange de cinq actions ordinaires d’Encana. La société a indiqué que ses actions continueraient d’être négociées sur les Bourses de Toronto et de New York.

La société a expliqué que le plan, qui nécessite l’approbation des actionnaires, des marchés boursiers et des tribunaux, devrait avoir lieu au début de l’année prochaine. Elle ne s’attend pas à ce que l’opération entraîne d’importants coûts.

Encana a par ailleurs fait état d’un bénéfice de 149 millions $, soit 11 cents par action, pour son troisième trimestre, en hausse par rapport à celui de 39 millions $, ou 4 cents par action, de la même période il y a un an.

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