Bill Gross, le «tsar des obligations» tire sa révérence

Publié le 04/02/2019 à 11:58

Bill Gross, le «tsar des obligations» tire sa révérence

Publié le 04/02/2019 à 11:58

Par AFP

William H. Gross, le gestionnaire vedette (Photo: Bloomberg)

Personnage haut en couleur, pouvant glisser la mort de son chat au milieu de conseils financiers, Bill Gross, souvent surnommé le « tsar des obligations » en raison de son expérience du marché obligataire, a décidé de tirer sa révérence.


Cette figure légendaire de Wall Street et une des voix les plus écoutées sur les marchés, va quitter la société de gestion d’actifs Janus Henderson. Il l’avait rejointe en 2014 après un départ avec fracas de Pimco (Pacific Investment Management Co) qu’il avait co-fondé en 1971.


M. Gross, 74 ans, explique qu’il va désormais se consacrer à sa fondation co-dirigée par ses enfants Jeff et Jennifer Gross. 


« J’ai mené une carrière fantastique pendant plus de 40 ans, essayant à chaque fois de faire des intérêts des clients la priorité tout en réinventant le métier de gestionnaire d’actifs », a-t-il déclaré lundi dans un communiqué.


Pendant plus de quarante ans, M. Gross a disséqué les politiques des grandes banques centrales, intervenant sur les plateaux de télévision après chaque décision monétaire, comme pour indiquer aux investisseurs la marche à suivre.


Son départ intervient après une année difficile : le fonds qu’il gérait au sein de Janus a vu ses actifs passer sous le milliard de dollars en 2018 alors qu’il avait démarré l’année à 2,24 milliards et le retour sur investissement n’était que de 1 %.


M. Gross, qui avait de plus en plus de mal à retenir et à attirer des clients, a reconnu lui-même avoir fait de mauvais paris sur une convergence entre bons du Trésor américains et obligations allemandes (Bunds).


Une humiliation pour celui qui était, en 2014 au sein de Pimco, à la tête d’un fonds gérant pour plus de 300 milliards de dollars d’actifs, avec un retour sur investissement de 7,8 % en moyenne.


« Malheureusement, si on le juge uniquement sur les dernières années de ses performances, il semblerait ne pas mériter son titre de “bond king” (tsar des obligations) », confie Gregori Volokhine, gérant de portefeuilles pour Meeschaert. 


« Sauf qu’il ne faut pas avoir la mémoire trop courte. On lui doit d’avoir totalement développé la gestion institutionnelle obligataire. Et pendant 20 ans, son fonds et Pimco étaient les leaders mondiaux du marché et dégageaient les meilleures performances. Personne ne peut être bon 100 % du temps », ajoute M. Volokhine.


Méthodes autocratiques


Bill Gross, qui s’était comparé à l’icône pour adolescents en se qualifiant de « Justin Bieber des septuagénaires », est devenu célèbre pour ses lettres à la communauté financière, élaborant aussi bien des conseils financiers sophistiqués, que des pensées sur le plaisir d’éternuer, la mort de son chat ou encore la difficulté d’être un homme dans le monde moderne.


Les propos de cet ancien joueur invétéré, devenu financier par hasard, sur les marchés des obligations, des devises et des matières premières étaient vus comme des oracles.


Il a révolutionné les stratégies financières avec l’usage du « hedging » (instruments financiers pour se protéger d’une exposition jugée risquée), des « futures » (produits financiers permettant de spéculer sur l’évolution d’un actif) et les ventes à découvert. 


Son départ de Pimco en 2014 avait été suivi par une hémorragie de démissions de responsables et des retraits de liquidités : environ 110 milliards de dollars d’actifs en quelque huit mois. 


Moins d’un an plus tard, Pimco, filiale de l’assureur allemand Allianz, perdait son titre de premier gestionnaire d’obligations au monde au profit du fonds américain Vanguard.  


Le divorce entre les deux parties s’était réglé devant les tribunaux, Pimco acceptant de verser au final 81 millions de dollars à Bill Gross.


Cette affaire avait toutefois mis au jour des accusations d’autocratisme à l’encontre de M. Gross.


Ses méthodes de management jugées autoritaires et ses sauts d’humeur seraient à l’origine de la séparation. M. Gross piquait régulièrement des colères contre des employés, selon des sources au sein de Pimco.


« Parfois quand j’écris ou quand je parle je suis un peu véhément », s’était défendu M. Gross, sacré « gourou » des marchés. « J’essaie d’apporter un peu de vie au marché obligataire. Les courtiers et courtiers obligataires peuvent parfois être ennuyeux », avait-il expliqué à la chaîne d’informations CNBC peu après son départ.


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