Autorisée par un juge, la fusion d'AT&T et Time Warner va créer un colosse

Publié le 13/06/2018 à 06:39

Autorisée par un juge, la fusion d'AT&T et Time Warner va créer un colosse

Publié le 13/06/2018 à 06:39

Par AFP

Le géant télécoms AT&T a remporté une victoire notable mardi en recevant le feu vert d'un juge américain pour avaler le poids lourd des médias Time Warner mais réussir le mariage entre deux entreprises aux cultures très différentes s'annonce comme un vrai défi.

Le juge Richard Leon a donné mardi son autorisation inconditionnelle à cette fusion à 85 milliards de dollars, qui va donner naissance à une mastodonte alliant canaux de distribution (AT&T) et contenus, avec Time Warner, propriétaire notamment des studios de cinéma Warner, de la chaîne d'infos CNN ou encore de HBO, créatrice de succès comme la série "Game of Thrones".

Les autorités américaines, opposées au mariage car le jugeant néfaste pour la concurrence et le consommateur, avaient saisi les tribunaux pour le bloquer, au grand dam des deux entreprises, qui estiment cette alliance vitale pour lutter contre les assauts de la Silicon Valley, qui redessine le monde des médias et des télécoms.

«Le gouvernement a tenté le coup et a perdu», a dit le juge Leon, en annonçant sa décision, véritable camouflet pour l'administration Trump, dans sa salle d'audience à Washington, pleine à craquer. Selon le juge, qui a publié ses attendus sur plus de 170 pages, le gouvernement n'a pas su prouver de possibles effets négatifs de l'opération.

Si le ministère de la Justice, qui s'est dit déçu du jugement, s'abstient de faire appel, le mariage sera effectif le 20 juin au plus tard, espère AT&T.

Le groupe télécoms s'est dit soulagé mais doit désormais s'atteler à mettre en place le rapprochement, ce qui ne sera pas chose aisée, notent les analystes, en raison de la taille du nouveau groupe et des cultures très différentes qui y règnent et ce, même si le mariage a un sens économique évident, pour contrer les Amazon et autres Netflix, à la fois plateformes de diffusion et producteurs de contenus originaux. 

Marier distribution et création

«Ces genres de fusions sont historiquement difficiles à mettre en œuvre concrètement», relève l'analyste spécialisée Rebecca Lieb, qui cite le précédent, raté, de la gigantesque fusion en 2000 entre Time Warner et AOL, le fournisseur d'accès internet.

La greffe n'avait pas pris et l'éclatement de la bulle internet avait achevé de faire de ce mariage un énorme fiasco, aboutissant finalement à la revente d'AOL à un groupe télécoms, Verizon, en 2015.

Pour Mme Lieb, «fusionner la distribution et la création est plus facile à dire qu'à faire, en particulier à une échelle qui englobe tous les médias».

Allan Nichols (Morningstar) estime néanmoins que l'intégration «ne sera pas aussi difficile qu'elle en a l'air», notamment parce qu'en 18 mois (la fusion a été annoncée fin 2016), les deux groupes ont eu le temps d'y réfléchir mais aussi parce qu'AT&T dispose déjà de deux plateformes de diffusion directes au public, DirecTV et U-Verse, qui passent déjà des contenus de Time Warner.

Malgré les précédents calamiteux, — Time Warner/ AOL ou Vivendi/Universal —, M. Nichols pense que la fusion d'AT&T et Time Warner a plus de sens aujourd'hui, le paysage internet et médias ayant totalement changé.

Comme en témoigne le rachat, bien plus récent, pour 17 milliards de dollars, par le câblo-opérateur Comcast de NBC Universal en 2013, qui ne fait plus guère couler d'encre. Les deux parties avaient néanmoins consenti des concessions pour recevoir l'aval des autorités anti-concurrence, ce que n'a pas exigé le juge Leon mardi.

En tout état de cause, le jugement de mardi a reçu des réactions contrastées, l'association de défense des consommateurs dans le numérique Public Knowledge se disant déçue, estimant que cette fusion entrainerait des «factures plus élevées» et moins de choix dans les programmes et les fournisseurs d'accès.

A l'inverse, le think tank Tech Freedom s'est quant à lui réjoui de voir rejetées les ambitions du ministère de la Justice car sur ce dossier planent des soupçons d'ingérences politiques, le président Donald Trump ayant ouvertement critiqué le projet pendant la campagne de 2016. Pour beaucoup, il était déterminé à mettre des bâtons dans les roues à Time Warner parce que celui-ci détient CNN, une de ses cibles favorites.

Jugée positivement ou pas, la décision de mardi était très attendue et devrait logiquement ouvrir la voie à d'autres grosses fusions dans le secteur. Comcast pourrait même lancer rapidement une contre-offre sur les actifs du groupe de médias Fox, déjà promis à Disney en décembre.

Le feu vert a fait grimper le titre de Time Warner dans les échanges électroniques à Wall Street (+4,50%) et reculer celui de l'acheteur, AT&T (-2,8%), des mouvements habituels dans les cas de fusions.


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