ACEUM: l'industrie québécoise de l'aluminium inquiète

Publié le 11/12/2019 à 06:48, mis à jour le 11/12/2019 à 11:55

ACEUM: l'industrie québécoise de l'aluminium inquiète

Publié le 11/12/2019 à 06:48, mis à jour le 11/12/2019 à 11:55

Par La Presse Canadienne

(Photo: Getty Images)

L’encre n’a pas eu le temps de sécher sur les documents signés à Mexico que déjà des voix québécoises réclament que l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM) ne soit pas ratifié.

On s’inquiète du sort réservé à l’aluminium dans cette nouvelle version.

En fin de journée mardi, la vice-première ministre Chrystia Freeland a déclaré en conférence de presse qu’un minimum de 70 % d’aluminium nord-américain devrait désormais entrer dans la fabrication des automobiles. Un quota présenté comme un gain par la ministre puisqu’il n’en existait pas jusqu’ici, a-t-elle précisé.

Par ailleurs, Mme Freeland s’est également réjouie d’annoncer la fin des tarifs américains à l’importation d’aluminium canadien.

« Aujourd’hui, le Canada est le seul grand producteur d’aluminium mondial qui a un accès sans tarif au marché américain », a souligné en français la ministre qui s’est directement adressée aux Québécois durant sa conférence de presse.

Plus tôt dans la journée, le Syndicat des travailleurs de l’aluminium d’Alma disait croire que des changements de dernière minute, obtenus par les Mexicains, faisaient en sorte de lever la protection qui aurait été accordée à l’aluminium nord−américain, le Mexique utilisant de l’aluminium de Chine et d’ailleurs pour fabriquer ses pièces automobiles.

« On n’a pas été protégé. On pense qu’on a été sacrifié pour protéger l’acier », a protesté le président du syndicat, Sylvain Maltais, à l’autre bout du fil.

Le problème qui persiste, disent les membres de l’industrie, c’est que la définition de ce qui constitue de l’aluminium nord-américain est trop floue.

L’entente « déçoit » l’industrie canadienne de l’aluminium. « L’accord permet au Mexique de continuer d’importer à sa guise du métal en provenance de Chine et d’autres régions du monde » s’est désolée, dans un communiqué, l’Association de l’aluminium du Canada qui prévoit que « la compétitivité » du produit canadien sera affectée.

« On va demander au gouvernement et aux partis politiques (…) que l’entente ne soit pas ratifiée s’il n’y a pas de protection pour le marché de l’aluminium », a déclaré, pour sa part, M. Maltais.

À Ottawa, ses récriminations étaient reprises à l’intérieur de la Chambre et dans les corridors par des élus québécois, les bloquistes parlant le plus fort.

« J’avise le gouvernement (…) si quelqu’un pense que le Bloc québécois va voter en faveur d’un traité qui sacrifie l’aluminium québécois, ce sera non », a tonné Yves-François Blanchet pendant la période des questions.

En sortant de la Chambre, il s’en est pris à la ministre qui a piloté la négociation de l’ACEUM.

« Mme (Chrystia) Freeland version 1 sacrifie la gestion de l’offre. Mme Freeland version 2 sacrifie l’aluminium. Il faudrait s’arranger pour qu’il n’y ait pas de Mme Freeland version 3. Que restera-t-il de l’économie québécoise ? », a-t-il lancé.

Ce sera deux sans trois

Après un appui au discours du Trône et à la première mesure législative du gouvernement minoritaire − une baisse d’impôt −, le chef bloquiste a trouvé une première pomme de discorde avec Justin Trudeau.

« La ligne rouge est là », a annoncé M. Blanchet. Il a enjoint aux deux autres partis d’opposition de refuser aussi de ratifier l’accord.

Néo-démocrates et conservateurs ne l’ont pas suivi jusque là.

« Ça fait deux défaites de suite pour le Québec, gestion de l’offre et aluminium », a fait remarquer Alexandre Boulerice. Mais le Nouveau Parti démocratique (NPD) attend d’étudier plus en détail la nouvelle version de l’accord avant de décider s’il appuiera sa ratification par le Parlement canadien.

« Ce qu’on entend, au départ, c’est qu’il y aurait des progrès concrets pour les travailleurs et pour l’environnement », a tenu à souligner le néo−démocrate Daniel Blaikie.

« On crée de l’incertitude dans le marché de l’aluminium chez nous », s’est plaint le conservateur Richard Martel qui, lui aussi, veut voir l’accord avant de s’avancer davantage.

Dépêché pour répondre aux critiques, le lieutenant québécois du gouvernement Trudeau a assuré qu’il y a là « un gain net pour le Québec ».

« Si on regarde l’accord signé aujourd’hui et l’ALÉNA qui est en vigueur jusqu’à maintenant, il y a un gain net », a insisté Pablo Rodriguez, refusant toute autre comparaison.

Certains estiment que les producteurs d’acier ont mieux tiré leur épingle du jeu que les producteurs d’aluminium. Réponse du lieutenant québécois : son gouvernement défend « tous les secteurs ».

Seconde cérémonie de signature

Le nouvel ACEUM a été signé mardi après-midi lors d’une cérémonie à Mexico.

La vice-première ministre canadienne Chrystia Freeland a apposé sa signature aux côtés de celles du représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, et de son homologue mexicain Jesus Seade.

L’accord a été initialement signé par les trois pays l’année dernière. Les Mexicains l’ont rapidement ratifié, mais aux États-Unis, les démocrates, majoritaires à la Chambre des représentants, réclamaient des protections pour les travailleurs. Et au Canada, on ne voulait pas procéder à la ratification avant que les républicains et les démocrates ne s’entendent.

Le gouvernement canadien vante cette nouvelle version, mais les parlementaires canadiens n’auront pas le temps de la ratifier avant le congé de fin d’année, qui commence vendredi et se poursuit jusqu’au 27 janvier.

« Nous, on veut essayer de faire tout ça le plus rapidement possible », a dit Pablo Rodriguez dans son rôle de leader parlementaire du gouvernement. « J’espère qu’on va avoir l’appui des autres partis », a-t-il dit après avoir pris acte de la position du Bloc québécois.

 

 


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