Japon : dîner chez le consul


Édition du 19 Juillet 2014

Japon : dîner chez le consul


Édition du 19 Juillet 2014

[Photo : Bloomberg]

«Le Consul Général du Japon prie monsieur François Pouliot de lui faire l'honneur de venir dîner à la résidence...»

Le carton d'invitation est arrivé il y a quelques jours, pendant mes vacances.

- Tiens, tiens, quel peut bien être l'objet de cette invitation ?

- «Parler d'économie et de politique étrangère», a-t-on répondu.

C'est ainsi qu'avec un confrère du Devoir, on s'est retrouvé à discuter d'économie pendant presque toute une soirée avec le consul Arai Tatsuo et le consul adjoint Yoshiaki Hatta. Une expérience fort enrichissante.

Ce qui intéresse le Japon au Québec ?

Le Plan Nord, et particulièrement les ressources de terres rares. Il y a aussi beaucoup d'intérêt pour le programme d'électrification et le secteur des batteries.

La discussion a cependant particulièrement porté sur la politique économique du nouveau premier ministre du Japon, Shinzo Abe (arrivé au pouvoir à l'automne 2012). Baptisée Abenomics, cette politique amène de grands changements, et on s'est demandé s'il n'y aurait pas là une occasion d'investissement intéressante.

Le problème japonais

Le Japon cherche à résoudre le grand problème qui gangrène son économie depuis plusieurs années : la déflation. Déprimés par des prix qui baissent, les Japonais ont en quelque sorte perdu espoir dans l'avenir. Ils investissent moins et entreprennent moins. L'humeur s'est détériorée avec la dernière crise. Et la dette du pays, la plus élevée du monde, a poursuivi son ascension pour dépasser les 220 % du PIB.

Pour tenter de sortir le Japon de sa torpeur, la nouvelle administration a mis sur pied la stratégie des trois flèches, qui s'appuie sur trois axes d'intervention : une politique monétaire musclée, une politique fiscale plus flexible et des réformes structurelles de l'économie.

Le but est notamment d'insuffler de l'inflation et de la confiance afin de réduire le poids relatif de la dette, d'équilibrer le budget et de relancer l'économie sur la voie de la croissance.

Les initiatives

Le taux directeur est à zéro. La Banque centrale du Japon mène depuis quelques mois de nouvelles politiques d'assouplissement monétaire qui l'amènent à racheter non seulement des obligations (comme aux États-Unis), mais aussi des titres de fiducies immobilières et de fonds négociés en Bourse (FNB). Le but est d'amener le taux d'inflation à 2 %. Il s'établit actuellement autour de 1,25 % au pays.

D'importants plans de stimulation économique ont aussi été mis en place. En janvier 2013, le gouvernement a lancé un premier plan de 112 milliards de dollars américains. Puis il a lancé un nouveau plan d'une soixantaine de milliards en avril 2014.

Du côté des réformes, le gouvernement entend faire passer l'imposition des entreprises de 35,4 % sous les 30 % dans les prochaines années. La mesure a pour but de stimuler les investissements et d'améliorer les rendements sur ceux-ci. Elle vise également à attirer plus d'investissements étrangers.

L'État japonais veut en parallèle amener plus de femmes sur le marché du travail, multiplier les accords de libre-échange, libéraliser le marché de l'électricité, de même que celui de l'agriculture (afin de créer de plus grandes fermes qui exporteront davantage).

L'Abenomics peut-elle fonctionner ?

Les observateurs économiques sont très divisés.

Le produit intérieur brut (PIB) japonais connaît une tendance haussière depuis trois ans : il a augmenté de 0,3 % en 2011, de 0,7 % en 2012 et de 2,3 % en 2013.

Mais cette progression va en dents de scie. Ainsi, le PIB a avancé de 4,5 % et de 4,1 % au cours des deux premiers trimestres de 2013, pour revenir à des progressions de 0,9 % et de 0,7 % au cours des deux derniers trimestres.

Au premier trimestre de 2014, le bond a été spectaculaire : + 6,7 % !

Mais attention, au second trimestre, le recul devrait aussi l'être.

Pour mettre de l'ordre dans les finances publiques, le gouvernement n'a en effet eu d'autre choix que de hausser la taxe de vente de 5 à 8 % au 1er avril. C'est ce qui fait que le PIB a bondi au premier trimestre, les consommateurs devançant nombre d'achats. Les économistes s'attendent à ce le PIB ait reculé de 4,1 % au deuxième trimestre.

Quelle sera la suite ?

Là est toute la question. Certains font valoir que les mesures de stimulation, dont la mise en place prend du temps, arriveront en relais et que l'économie japonaise amorcera bientôt un redressement significatif.

D'autres croient plutôt que la hausse de la taxe de vente viendra étouffer la reprise. D'autant plus qu'elle pourrait passer à 10 % en 2015. En théorie, cette hausse ne surviendra pas si l'économie ne répond pas bien. Toutefois, le déficit budgétaire du gouvernement japonais devrait atteindre 6,9 % du PIB en 2014, et on peut se demander si la taxe ne devra pas quand même grimper pour abaisser le déficit.

Le moment d'investir ?

Personnellement, on serait prudent. D'autant que l'indice phare du Japon, le Nikkei 225, a avancé de 57 % en 2013. Il a fléchi de 6 % depuis le début de 2014, mais se négocie toujours à 20 fois le bénéfice attendu cette année.

Au Canada, il n'y a plus beaucoup de fonds d'actions qui permettent d'investir au Japon. La plupart ont fermé entre 2000 et 2005, à la suite des fortes baisses boursières, précise Christian Charest, de Morningstar.

Pour ceux qui croient en la relance, on vous indique quand même quelques fonds communs et FNB dans la colonne de gauche.

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