L'ascension de la gestion active dans les FNB


Édition du 16 Avril 2016

L'ascension de la gestion active dans les FNB


Édition du 16 Avril 2016

[Photo : Shutterstock]

La croissance des fonds négociés en Bourse (FNB) au Canada ne se dément pas : les actifs sous gestion auraient atteint 88,4 milliards de dollars à la fin de février, selon les calculs de Daniel Straus, du Groupe de recherche et stratégie sur les FNB à la Financière Banque Nationale. On compte désormais 13 émetteurs différents, et la liste de FNB offerts ne cesse d'augmenter : on en dénombrait récemment 432.

En comparaison, les actifs en fonds communs de placement atteignent 1 196,5 G$, selon les données de l'Institut des fonds d'investissement du Canada.

Gestion de placements TD fait un retour dans le marché des FNB, où elle avait été présente de 2001 à 2006, en introduisant cinq fonds indiciels d'actions et un fonds d'obligations. La plupart des nouveaux fonds sont des fonds axés sur la gestion active, soit sous sa forme classique (avec un gestionnaire qui prend les décisions), soit sous celle de fonds favorisant des «facteurs», forme aussi connue sous le nom de «bêta intelligent» ou «bêta stratégique» (smart beta).

Par exemple, sous la forme classique de la gestion active (Faites-moi confiance, je sais ce que je fais !), on retrouvera bientôt le Questrade International Equity ETF et le Questrade World Growth and Income ETF. De plus, le nouvel émetteur Hamilton Capital vient de lancer le Hamilton Capital Global Bank ETF (HBG) et s'apprête à sortir le Hamilton Capital Global Financials Yield ETF (HFY). Ils seront gérés par l'équipe de Robert Wessell, qui a été l'analyste des titres de services financiers à la Financière Banque Nationale de 2001 à 2007.

Il ne faudrait pas s'étonner si la Financière CI, un géant des fonds communs de placement, lançait à son tour des FNB gérés activement, puisqu'elle annonçait en octobre l'acquisition de l'émetteur de FNB First Asset Capital Corp.

Une forte expansion

C'est sous la forme des FNB à «bêta intelligent» qu'on voit pour l'instant la plus grande expansion de nouveaux produits.

Au nombre des stratégies (ou facteurs), celle qui mise sur la «faible volatilité» est certainement à la mode en ce moment. Ainsi, BMO a ajouté deux fonds axés sur ce facteur à ses quatre existants en février. Cette stratégie a généré d'intéressants rendements de 1990 à 2015, reconnaissent les auteurs d'une récente étude1 sur la persistance des rendements supérieurs, après avoir comparé différentes approches.

Ils s'interrogent toutefois sur sa pérennité. Lorsqu'une stratégie devient trop populaire, le grand nombre d'adhérents qui y souscrivent a souvent pour effet d'atténuer, voire d'annuler, les rendements supérieurs qu'elle a générés par le passé.

Selon une étude2 de quatre chercheurs qui travaillent pour le Groupe de fonds Vanguard, les rendements historiques supérieurs des stratégies bêta, qui consistent essentiellement à pondérer des titres en fonction de facteurs, seraient attribuables à leur exposition systématique à la taille des entreprises et à leur évaluation fondamentale moins élevée (le biais «valeur»).

À certains moments, les petites capitalisations et les titres «valeur» performent mieux qu'un indice boursier complet, et, durant ces périodes, les stratégies de «bêta intelligent» performent mieux que les stratégies misant sur l'indexation classique. L'inverse se produit aussi, comme dans les années 1990, alors que l'indexation classique, qui favorise les grandes capitalisations, a procuré de meilleurs résultats.

Ces stratégies smart beta ne devraient-elles pas générer des rendements supérieurs à l'indexation classique, qu'importe la taille des entreprises ou le style alors en vogue ? se demandent les chercheurs.

Les chercheurs de Vanguard calculent que, dans la plupart des cas, les rendements excédentaires dégagés par ces stratégies deviennent négatifs lorsqu'on tient compte des facteurs de risque qui leur sont associés. Enfin, il leur paraît raisonnable de penser que ces rendements excédentaires seraient encore plus faibles, voire inexistants, si les coûts de la mise en oeuvre de ces stratégies étaient pris en compte.

Les fonds à «bêta intelligent» ont des frais de gestion au moins sept fois plus élevés que les moins chers des fonds indiciels classiques couvrant un indice diversifié. Ce qui fait dire à certaines mauvaises langues que la seule personne intelligente dans l'univers du «bêta intelligent» est le gestionnaire qui empoche les frais...

1 Hammish Preston, Tim Edwards et Craig J. Lazzara, « The Persistence of Smart Beta », S&P Dow Jones Indices Research, octobre 2015.

2 Christopher B. Philips, Donald G. Bennyhoff, Francis M. Kinniry Jr. et Todd Schlanger, « An evaluation of smart beta and other rules-based active strategies », Vanguard Research, août 2015.

Fellow CSI, Yves Bourget a fait carrière dans l'industrie des valeurs mobilières pendant une vingtaine d'années, en particulier à titre de vice-président pour le Québec de Placements Altamira, de 1990 à 1997. Il collabore depuis 2001 à la publication Finance et Investissement, notamment en matière de fonds communs.

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