Est-il temps de couvrir ses placements américains en dollars canadiens ?


Édition du 19 Mars 2016

Est-il temps de couvrir ses placements américains en dollars canadiens ?


Édition du 19 Mars 2016

[Photo : Bloomberg]

Tout au cours de 2015, il a été avantageux d'acheter des actions américaines et de ne pas couvrir le risque du taux de change afin de profiter de l'appréciation du billet vert par rapport au huard. Ainsi, le S&P 500 a dégagé un rendement de 21,59 % lorsque converti en dollars canadiens, alors que son rendement en dollars américains n'était que de 1,38 %. La différence vient de l'appréciation du billet vert durant l'année.

La tendance s'est renversée récemment alors que le dollar américain a reculé de 8,17 % entre son sommet de 1,4589 $ du 20 janvier 2016 et son niveau de 1,3398 $ du 3 mars. Cela n'a pas de quoi trop surprendre, étant donné que le prix du baril de pétrole WTI est passé de 26,55 à 34,67 $ US entre les mêmes dates, soit un bond de 30,6 %.

Il existe une forte corrélation entre le dollar canadien et le prix du pétrole, de l'ordre de 0,78 % sur la période de 10 ans entre janvier 2005 et janvier 2015. Ainsi, la valeur du dollar canadien va dans la même direction que le cours du pétrole, plus des trois quarts du temps. Cela s'explique par le fait que nos exportations de pétrole brut des sables bitumineux sont de loin notre plus importante source de dollars américains.

Lorsque le prix du pétrole est élevé, le montant gagné en dollars américains sera élevé et, par conséquent, l'offre de dollars américains sera grande relativement à l'offre de dollars canadiens. Or, le prix du billet vert par rapport au dollar canadien est établi par l'offre et la demande. Quand l'offre d'un bien est trop grande par rapport à la demande, le prix baisse : donc, dans ce cas, le prix du dollar américain baisse lorsqu'il est payé en dollar canadien.

Le mouvement inverse se produit lorsqu'on offre moins de dollars américains qu'on n'en demande. La source de dollars américains s'est tarie au Canada avec l'écrasement du prix du pétrole, et sa rareté relative en a fait grimper le prix.

«L'effondrement des prix du pétrole en début d'année laisse penser que l'or noir a plus de chance de remonter que de baisser encore. Nous gardons donc confiance dans notre hypothèse de voir le WTI coter 40 $ US le baril d'ici la fin de l'année», écrivent les économistes Stéfane Marion et Krishen Rangasamy de Banque Nationale Marchés financiers.

«Alors que le huard devrait en bénéficier, l'appréciation vers notre nouvelle cible de 1,30 $ pour le dollar américain en dollar canadien au premier trimestre de 2017 ne sera pas linéaire, ajoutent-ils. Il y aura probablement de la volatilité, d'autant que le Canada dépend grandement des flux d'investissements étrangers à court terme et qu'il y a des incertitudes au sujet des prix des commodités et de la politique de la Réserve fédérale américaine.»

Nouvel élan vers les FNB couverts

Depuis quelques semaines, certains investisseurs détenant des actions américaines ont donc commencé à se tourner vers des fonds négociés en Bourse (FNB), qui leur permettent de neutraliser la chute du dollar américain.

«La volatilité des devises mondiales et l'incertitude qui en résulte dans les marchés sont les thèmes dominants en 2016. Les investisseurs en FNB ont réagi et se sont préparés à des surprises macroéconomiques continues en se ruant sur des FNB couverts en dollars canadiens», note Daniel Straus, directeur du Groupe de recherche et stratégie sur les FNB de la Financière Banque Nationale. Ainsi, le FNB BMO S&P 500 couvert en dollars canadiens BMO (ZUE) a connu une rentrée nette de près de 136 M$ au cours des deux premiers mois de l'année, soit 15 % de son actif sous gestion, alors que son concurrent, l'iShares Core S&P 500 Index ETF (CAD-Hedged) (XSP) en a récolté 289 M$, soit 9 % de son actif de 3,2 G$. Incidemment, cet actif en fait le plus important FNB d'actions américaines coté à Toronto. Comme quoi la protection contre les fluctuations du taux de change entre le billet vert et le huard n'est pas une stratégie nouvelle.

Combiner couvert et non couvert

Dans ses divers portefeuilles allant de conservateur à audacieux, Daniel Straus préconise une approche combinant des FNB d'actions américaines ne couvrant pas le risque du taux de change avec d'autres qui le couvrent. Il utilise les premiers pour le noyau de la position, et les seconds pour la partie «stratégique». Par exemple, son modèle de portefeuille équilibré comprend 21,5 % en actions américaines, soit 14,33 % dans le Vanguard US Total Market Index (VUN), un fonds non couvert en dollars canadiens, qui est le noyau de sa position. Il y combine une position stratégique de 7,17 % dans le PowerShares FTSE RAFI US Fundamental CAD Hedged (PXU), couvert quant à lui en dollars canadiens.

À la une

La Caisse de dépôt affiche une perte de 33,6G$

En tenant compte des dépôts, l’actif net de la CDPQ a reculé de 28,2G$, passant de 420G$ à 392G$ de janvier à juin 2022.

Immobilier: la correction historique aura-t-elle lieu?

Il y a 54 minutes | Jean Sasseville

BLOGUE INVITÉ. En tant que courtier immobilier, j’observe de la surenchère, mais le nombre de cas est en diminution.

Il faut migrer vers l'industrie 5.0 maintenant!

BLOGUE INVITÉ. L'industrie 5.0 est un phénomène surtout européen, qui prône une réindustrialisation responsable.