Six histoires trop belles pour être vraies ?


Édition du 09 Novembre 2013

Six histoires trop belles pour être vraies ?


Édition du 09 Novembre 2013

Par Stéphane Rolland

Qu'ont en commun le Canadien National, qui affiche une solide performance économique, et Groupe Jean Coutu, dont l'action se négocie au rabais par rapport à sa valeur intrinsèque ? Les deux occasions d'investissement sont peut-être trop belles pour être vraies. À l'aide d'une série de critères choisis en collaboration avec StockPointer, Les Affaires fait le point sur six titres bien représentés dans les portefeuilles pour départager les mirages de la réalité.

Alimentation Couche-Tard

Rendement du titre sur un an (en excluant le dividende) : 42 %

Cours / valeur intrinsèque : 0,58

Valeur de la croissance future / capitalisation boursière : - 0,06

Variation de la valeur économique ajoutée sur un an : 200 %

Le cours de l'action d'Alimentation Couche-Tard a beau dépasser le niveau où la moyenne des analystes le voit dans un an, la majorité d'entre eux continuent à en recommander l'achat. Le titre se négocie sous sa valeur intrinsèque, selon les données de StockPointer.

Des 13 analystes qui suivent l'exploitant de dépanneurs et de stations-service de Laval, neuf en suggèrent l'achat, trois de le conserver et un de le vendre. La cible moyenne est de 68,92 $. Couche-Tard se négocie légèrement au-dessus de la valeur de 68 $ que lui attribue Pierre-Olivier Langevin, gestionnaire de portefeuille adjoint chez Medici. «Si Couche-Tard continue de faire des acquisitions comme elle l'a fait, notre évaluation est peut-être trop prudente», nuance-t-il.

M. Langevin aime la dynamique du secteur, tandis que les exploitants de dépanneurs achètent les stations-service dont les pétrolières se débarrassent. Son dirigeant et fondateur Alain Bouchard a été à la hauteur lorsqu'est venu le moment de redresser une entreprise, souligne M. Langevin.

Michael Van Aelst, de Valeurs mobilières TD, met Couche-Tard sur sa liste d'achats. L'intégration de la chaîne européenne Statoil Fuel & Retail alimentera la croissance grâce à l'augmentation des ventes et des synergies. La société possède un bilan qui lui permettra de poursuivre ses emplettes et de viser une entreprise dont la valeur est de 1,5 G$ à 2 G$. L'analyste voit le titre à 82 $ dans un an.

Couche-Tard est un des titres préférés de Marie-Ève Savard, portefeuilliste d'Investissements Standard Life. La société a amélioré son offre en mettant l'accent sur des produits qui lui procurent de meilleures marges. Si Couche-Tard réussit à dégager des synergies accrues en Europe, elle pourrait commander un multiple plus élevé, comme c'était le cas après l'intégration de Circle K, dit Mme Savard.

Canadien National

Rendement du titre sur un an (en excluant le dividende) : 20 %

Cours / valeur intrinsèque : 1,12

Valeur de la croissance future / capitalisation boursière : 0,17

Variation de la valeur économique ajoutée sur un an : 8,1 %

Les investisseurs ont des attentes très élevées à l'égard du Canadien National . Son action est la seule de notre sélection qui se négocie à un prix supérieur à sa valeur intrinsèque, selon les données de StockPointer.

Il faut dire que le transporteur ferroviaire montréalais a profité d'un contexte favorable grâce à une augmentation des livraisons, des gains de parts de marché, ainsi que de la forte croissance du transport de pétrole par train.

David Cockfield, gestionnaire de portefeuille chez Northland Wealth Management, se dit très optimiste à l'égard des perspectives du transport de pétrole par train, car il faudra selon lui attendre «quelques années» avant que l'or noir ne puisse être acheminé par de nouveaux pipelines. À ce stade, l'action est évaluée à son juste prix, selon lui. Sa firme est actionnaire du CN et elle compte le demeurer. «Il reste encore de la place pour l'appréciation, mais très peu», admet-il.

La majorité des analystes se montrent prudents. Parmi les 30 analystes interrogés par Bloomberg, 8 recommandent d'acheter le titre, 22 de le conserver. La cible moyenne est de 114,88 $ [jusqu'à ce que l'action soit divisée en deux le 29 novembre].

À contre-courant, Benoit Poirier, de Desjardins Marché des capitaux, bonifie sa recommandation de «conserver» à «achat» après la publication des derniers résultats le 23 octobre. Sa cible est à 119 $. «Nous sommes impressionnés par la capacité de la société à accroître le volume des livraisons et d'améliorer ses opérations, affirme-t-il. Selon nous, le marché devrait devenir plus optimiste grâce aux excellentes occasions de croissance et au bilan financier solide.»

Groupe Jean Coutu

Rendement du titre sur un an (en excluant le dividende) : 27,8 %

Cours / valeur intrinsèque : 0,43

Valeur de la croissance future / capitalisation boursière : - 0,69

Variation de la valeur économique ajoutée sur un an : 38,8 %

De la sélection de StockPointer, Groupe Jean Coutu  est l'action qui offre le plus important rabais en fonction de la croissance future et de la valeur intrinsèque. Cela peut traduire une aubaine exceptionnelle ou une décélération de la croissance.

Même si la croissance de l'entreprise familiale de Longueuil «ne sera pas nécessairement forte», Marie-Ève Savard, portefeuilliste d'Investissements Standard Life, pense que le titre demeure un bon placement à long terme. «La pharmacie est un bon créneau dans le commerce de détail, car la consommation de médicaments augmente en raison du vieillissement de la population.» Malgré tout, la majorité des analystes préfèrent rester sur les lignes de côté. Trois d'entre eux en suggèrent l'achat, mais neuf de le conserver et un de le vendre.

La crainte d'une autre intervention de Québec visant à réduire le prix des médicaments génériques inquiète Keith Howlett, de Desjardins Marché des capitaux. L'analyste propose de conserver le titre et fixe sa cible à 18,50 $. Le fabricant de médicaments génériques Pro Doc est une division «bien gérée», mais sa contribution croissante aux bénéfices de Jean Coutu diminue la qualité de ceux-ci, selon M. Howlett.

Seul analyste du côté des vendeurs, David Hartley, de Credit Suisse, pense que les investisseurs espèrent à tort une acquisition qui ne se réalisera pas avant deux ans, selon lui. Il émet une cible de 17 $, sous le cours actuel.

Mme Savard relativise les craintes des deux analystes. Le seuil de remboursement établi par les gouvernements a probablement atteint un plancher, selon elle. Si d'autres resserrements devaient survenir, le rythme serait probablement plus modeste, et Jean Coutu a prouvé sa capacité à absorber le choc.

Même si certains investisseurs ont été échaudés par la mésaventure de Jean Coutu aux États-Unis, les commentaires de la direction laissent à penser qu'elle gérera son risque de manière prudente sans trop s'écarter de son marché principal, constate la portefeuilliste.

Rogers

Rendement du titre sur un an (en excluant le dividende) : 11,3 %

Cours / valeur intrinsèque : 0,47

Valeur de la croissance future / capitalisation boursière : - 0,41

Variation de la valeur économique ajoutée sur un an : 121 %

Le secteur des télécommunications a profité de l'engouement des investisseurs pour les actions versant un généreux dividende et, plus récemment, de l'abandon des projets canadiens de Verizon. Malgré tout, Rogers se négocie à un prix nettement inférieur à sa valeur intrinsèque.

Ryan Bushell, gestionnaire de portefeuille chez Leon Fraser & Associates à Toronto, est d'avis que Rogers est une bonne candidate à l'investissement à long terme. «La demande en matière de transmission de données sur le réseau sans fil va continuer de croître, et Rogers est l'entreprise qui a les meilleures infrastructures», commente-t-il.

Rogers, dont le nouveau pdg Guy Laurence entrera en fonction en décembre, n'est cependant pas le titre favori de M. Bushell dans l'univers des télécoms. «Rogers est mon entreprise favorite pour les activités, nuance-t-il. BCE offre cependant un rendement du dividende supérieur de 1,5 point de pourcentage. Il est certain que je préfère avoir cet argent dans mes poches.»

Dvai Ghose, de Canaccord Genuity, presse quant à lui les investisseurs de prendre leurs bénéfices après la publication de résultats décevants par Rogers à la fin octobre. Il a fait passer sa recommandation d'«achat» à «conserver». Sa cible est à 49 $. «Nous sommes optimistes pour le secteur des télécommunications, mais Rogers est indéniablement le plus faible du groupe», tranche-t-il.

Les autres analystes sont partagés. Des 21 qui suivent la société torontoise, 11 suggèrent l'achat du titre et 10 de le conserver. La cible moyenne est de 48,94 $.

Banque Nationale

Rendement du titre sur un an (en excluant le dividende) : 14,3 %

Cours / valeur intrinsèque : 0,73

Valeur de la croissance future / capitalisation boursière : - 0,29

Variation de la valeur économique ajoutée sur un an : 104 %

Sur papier, l'action de la Banque Nationale est une aubaine perpétuelle en raison de ce que les analystes appellent le «rabais Québec». La question est de savoir si la banque montréalaise, jugée trop régionale par certains, pourra rejoindre l'évaluation des autres grandes banques canadiennes.

Barry Schwartz, vice-président de Baskin Financial Services à Toronto, pense que oui. «Nous aimons ses efforts pour diversifier ses activités à l'extérieur du Québec, commente le gestionnaire. L'acquisition des services institutionnels de TD Waterhouse en est un bon exemple.»

StockPointer évalue que son action vaut 73 % de sa valeur intrinsèque. En comparaison, les cinq autres grandes banques du pays s'échangent en moyenne à 96 % de leur valeur intrinsèque.

Michael Goldberg, de Desjardins Marché des capitaux, partage l'avis de M. Schwartz. Il constate que les résultats ont été plus diversifiés géographiquement l'an dernier, et il aime l'attention que porte la banque à son service à la clientèle. «Nous prévoyons que les multiples des titres bancaires vont augmenter, affirme l'analyste. Non seulement la Nationale devrait suivre la vague, mais elle devrait réduire l'écart avec les autres banques.» Il émet une recommandation «surperformance» et une cible de 93,50 $.

John Reucassel, de BMO Marchés des capitaux, estime pour sa part que le «rabais Québec» est mérité. «En ce qui a trait aux plus importantes mesures économiques, le Québec devrait moins bien performer que l'Ontario et le reste du Canada au cours des deux prochaines années, déplore l'analyste. L'endettement de la province y est aussi plus lourd. Les difficultés sont accentuées par le gouvernement minoritaire du Parti québécois.» Il émet une «performance de marché» et une cible de 86 $.

Banque de Montréal

Rendement du titre sur un an (en excluant le dividende) : 18,3 %

Cours / valeur intrinsèque : 0,92

Valeur de la croissance future / capitalisation boursière : - 0,02

Variation de la valeur économique ajoutée sur un an : - 0,2 %

Si la tendance se maintient d'ici à la fin de l'année, ce sera la première fois en 10 ans que l'action de la Banque de Montréal enregistre le meilleur rendement annuel parmi les banques canadiennes. Malgré cette bonne performance, elle peine à s'imposer sur l'écran radar des analystes.

La quatrième banque du pays semble récolter les fruits de l'acquisition de Marshall & Ilsley, dans le Midwest américain, au cours de l'été 2011, explique Ian Nakamoto, gestionnaire de portefeuille de MacDougall, MacDougall, MacTier à Toronto. Pourtant, les analystes restent partagés. Des 21 qui suivent le titre, 7 en recommandent l'achat, 8 suggèrent de le conserver et 6 en préconisent la vente.

Peu importe ce qui attire les experts, la BMO arrive souvent deuxième, constate M. Nakamoto. «Ceux qui veulent une exposition au marché américain vont choisir la TD, ceux qui misent sur les marchés boursiers, la RBC et ceux qui veulent une exposition internationale iront du côté de la Scotia

Le rendement du dividende de la BMO à 4 % est cependant plus attrayant que les trois concurrentes citées précédemment, nuance M. Nakamoto.

Barry Schwartz, vice-président de Baskin Financial Services, fait partie de ceux qui croient que l'herbe est plus verte chez les autres banques. «Je n'ai rien contre la BMO, mais je préfère la TD, la Nationale et la Scotia, elles font du meilleur travail.»

Gabriel Dechaine, de Credit Suisse, émet une recommandation «surperformance». Le bilan financier de l'institution financière permettra à la société de retourner de l'argent aux actionnaires sous forme de rachat d'actions ; les services bancaires de détail et aux entreprises de la BMO s'améliorent au Canada et le dividende est attrayant, énumère-t-il. Sa cible est de 71 $.

Comment StockPointer évalue les titres

La firme StockPointer évalue les titres en appliquant l'approche de la valeur économique ajoutée. Elle a réalisé un tri d'entreprises du S&P/TSX pour identifier des «histoires trop belles pour être vraies». Elle a choisi deux types d'actions. Les premières se négocient à escompte malgré la forte croissance de leurs bénéfices. Cela peut traduire une aubaine ou un déclin à venir des profits. Les secondes se négocient à prime, ce qui reflète des attentes élevées. Ainsi, le risque s'accroît si l'entreprise déçoit. Voici les trois critères utilisés par StockPointer.

Cours / valeur intrinsèque :

La mesure vise à comparer le prix de l'action par rapport à la valeur intrinsèque (bénéfices futurs) que lui accorde StockPointer. Si la mesure est inférieure à 1, l'action se négocie à escompte ; si elle est supérieure à 1, l'action s'échange à prime.

Valeur de la croissance future / valeur de l'entreprise au marché :

Cet indicateur mesure la portion du cours du titre attribuable à la croissance future anticipée. Un ratio négatif signifie que le marché sous-estime la croissance potentielle de l'entreprise. Un ratio positif signifie plutôt que le marché mise sur une augmentation des bénéfices.

Variation de la valeur économique ajoutée sur un an :

La valeur ajoutée est le bénéfice d'exploitation après impôts duquel est retranché le coût du capital. Si la valeur ajoutée augmente très rapidement, l'investisseur peut se demander si ce rythme est soutenable, précise StockPointer.

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