Où investir sur la planète ?


Édition du 06 Octobre 2018

Où investir sur la planète ?


Édition du 06 Octobre 2018

Par François Normand

Forte croissance aux États-Unis, désynchronisation entre les pays développés et émergents, montée des tensions commerciales... L'économie mondiale est devenue un terrain de jeu de plus en plus complexe et imprévisible, affirment de nombreux spécialistes. «L'expansion devient moins égale et les risques entourant les perspectives augmentent», dit le Fonds monétaire international (FMI) dans une récente publication.

Il reconnaît que la dynamique à court terme «s'affermit» aux États-Unis. Mais, dans le même temps, le FMI revoit à la baisse ses projections de croissance pour la zone euro, le Japon et le Royaume-Uni.

Dans les pays émergents, l'institution note que la croissance est «inégale» entre les pays exportateurs de pétrole, qui profitent de la reprise des prix, et les autres (comme l'Argentine, le Brésil et l'Inde), qui pâtissent des tensions commerciales mondiales.

La volatilité ne signifie pas pour autant qu'il n'y a pas d'occasions d'investissement aux quatre coins de la planète, disent des experts que nous avons consultés.

Quatre marchés ou groupes de pays sont à leurs yeux particulièrement intéressants : le Canada, les États-Unis, l'EAEO (Europe, Australasie et Extrême-Orient, excluant la Chine) et les pays émergents, qui comprennent le BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine).

Pour chacun de ces marchés, nous avons interviewé des gestionnaires de portefeuille - ou consulté leurs analyses - afin de repérer les perspectives de croissance au cours des 12 prochains mois, ainsi que les meilleurs fonds négociés en Bourse (FNB) pour y investir.

LE CANADA

Les perspectives au cours des 12 prochains mois

Krishen Rangasamy, directeur général et économiste principal à la Banque Nationale, prévoit que le PIB canadien devrait progresser de 1,9 % en 2019, en léger ralentissement par rapport à 2018 (2 %). Dans son scénario, il présume qu'Ottawa saura éviter l'imposition de nouveaux tarifs douaniers grâce à une renégociation réussie de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).

La Bourse canadienne devrait aussi bien performer, selon François Bourdon, chef des placements global chez Fiera Capital. Il estime qu'elle devrait avancer d'environ 8 % en 2019. Au cours des 12 derniers mois, l'indice phare S&P/TSX a pris 5,5 %.

Pour sa part, Michel Doucet, vice-président et gestionnaire de portefeuille chez Valeurs mobilières Desjardins, croit que les perspectives pour les prochains trimestres demeurent favorables. «Le marché de l'habitation continuera de se stabiliser et les investissements non résidentiels continueront d'être stimulés par la disparition des capacités excédentaires de production», dit-il. Malgré tout, le portefeuilliste juge que la croissance canadienne devrait être un peu plus faible au cours des 12 prochains mois, notamment en raison de la Banque du Canada, qui continuera de normaliser sa politique monétaire. Desjardins prévoit trois hausses du taux directeur d'ici la fin de 2019, ce qui le porterait à 2,25 %.

Alfred Lee, directeur général et directeur de portefeuille, fonds négociés en Bourse, chez BMO Gestion mondiale d'actifs, affirme qu'il y a encore des occasions à saisir sur le marché canadien. Il s'appuie sur les indices de surprise économique au Canada qui «sont beaucoup plus bas qu'aux États-Unis». Ces indices montrent comment les données économiques progressent par rapport aux prévisions des économistes. Plus l'indice est bas, plus il y a de potentiel de progression sur les marchés boursiers.

Dans quels FNB investir ?

M. Doucet propose le First Trust Canadian Capital Strength (FST). Ce FNB regroupe quatre mesures quantitatives d'entreprises inscrites en Bourse : le niveau d'encaisse, le ratio de la dette à long terme sur les capitaux propres, le rendement des capitaux propres, de même qu'une analyse des flux de trésorerie.

M. Bourdon recommande quant à lui d'acheter le iShares S&P/TSX Capped Energy Index (XEG), concentré dans le secteur de l'énergie au Canada, secteur qui occupe une place importante sur notre marché boursier.

Pour Alain Desbiens, directeur général, distribution des FNB, chez BMO Gestion mondiale d'actifs, la prudence est de mise. C'est pourquoi il recommande le FINB BMO S&P/TSX composé plafonné (ZCN), un fonds qui cherche à reproduire le rendement du S&P/TSX.

Daniel Straus, vice-président et chef de la recherche et de la stratégie sur les FNB et les produits financiers à la Financière Banque Nationale, suggère quant à lui le BMO d'actions canadiennes à faible volatilité (ZLB). Ce fonds offre à l'investisseur un équilibre entre le risque et le rendement en investissant exclusivement dans les actions d'entreprises canadiennes.

LES ÉTATS-UNIS

Les perspectives au cours des 12 prochains mois

M. Doucet souligne que l'économie américaine a atteint un rythme de croisière de 4,2 % au deuxième trimestre. En septembre, les demandes initiales de chômage ont même touché un creux inégalé depuis les années 1960.

«L'indicateur avancé du Conference Board montre une croissance soutenue de l'économie américaine sur un horizon de 6 à 12 mois», précise-t-il.

Cela dit, le gestionnaire de portefeuille affirme qu'il faut s'attendre à une décélération du PIB américain, et ce, en raison des hausses anticipées du taux directeur de la Réserve fédérale américaine (Fed), qui auront pour effet de faire augmenter la valeur du dollar américain.

Malgré tout, M. Doucet estime que le rendement de l'indice S&P 500 pourrait avoisiner les 10 % en 2019, en supposant une croissance de 7 % des bénéfices et de 3 % des dividendes.

M. Lee constate que la valeur des entreprises américaines inscrites en Bourse s'est améliorée, et ce, après un cycle d'expansion de près de 10 ans. Il préconise une «approche prudente» en suggérant une stratégie d'investissement axée sur la valeur, c'est-à-dire en recherchant des actions sous-évaluées par le marché.

De son côté, M. Bourdon croit qu'il faut faire preuve de prudence à l'égard des États-Unis. «On approche de la fin de cycle», insiste-t-il. D'autant plus que la Fed a commencé à augmenter son taux directeur. Il affirme cependant que les taux d'intérêt ne sont pas encore très contraignants pour l'économie américaine et qu'il y a encore des occasions d'investissement.

M. Rangasamy note que la première économie mondiale «reste dynamique» en grande partie grâce aux incitatifs budgétaires - dont des baisses d'impôts - qui ont relancé la demande intérieure. Cela dit, à moins d'une nouvelle vague de mesures de stimulation budgétaire, il s'attend à ce que le rythme de croissance du PIB ralentisse aux États-Unis et revienne plus près de son potentiel, soit d'environ 2 %, selon le Congressional Budget Office.

Pourquoi ? Notamment parce que le commerce extérieur des États-Unis perdra de la vigueur au cours des prochains trimestres en raison de l'appréciation du dollar américain et de la multiplication des barrières commerciales. De plus, les effets des réductions d'impôts des particuliers disparaîtront.

Dans quels FNB investir ?

Michel Doucet suggère le Horizons Indice NASDAQ-100 (HXQ). Ce FNB reproduit l'indice NASDAQ-100, qui regroupe les plus grands titres technologiques du monde, comme Google, Apple et Facebook. La technologie est l'un des moteurs de la croissance économique aux États-Unis, et ce moteur n'est pas prêt de disparaître, affirme-t-il.

M. Desbiens propose de s'exposer au marché américain par l'entremise du BMO MSCI américaines valeur (ZVU). Ce fonds cherche à reproduire le rendement de l'indice MSCI USA Enhanced Value Capped. Il investit dans des actions américaines qui affichent des caractéristiques de valeur élevée, fondées sur trois variables : le ratio cours/valeur comptable, le ratio cours/bénéfice futur et le ratio valeur/flux de trésorerie.

M. Straus recommande le FNB BMO d'actions américaines à faible volatilité (ZLU). Ce fonds investit dans les entreprises américaines qui ont une possibilité de croissance du capital à long terme, et dont les titres ont une sensibilité plus faible aux fluctuations des marchés.

M. Bourdon suggère de son côté d'investir aux États-Unis par le FNB iShares U.S. Aerospace & Defense (ITA). Les secteurs de l'aérospatiale et de la défense bénéficient actuellement d'une augmentation des dépenses militaires, dit-il. Ce fonds investit dans des entreprises comme Boeing et Lockheed Martin.

L'EAEO

(Europe, Australasie, Extrême-Orient, excluant la Chine)

Les perspectives au cours des 12 prochains mois

Il y a de l'incertitude politique dans ces différentes régions du monde, souligne M. Lee. «Cela fait en sorte qu'il est difficile d'investir dans l'ensemble des marchés boursiers», insiste-t-il.

Aussi, à ses yeux, mettre l'accent sur le marché européen et des entreprises de grande qualité est sans doute la meilleure démarche pour investir dans l'EAEO.

M. Doucet souligne toutefois que la zone euro perd un peu de sa vigueur. «Après avoir excédé la croissance économique américaine en 2016 et 2017, la force de l'euro a freiné l'élan de l'économie eurolandaise en 2018», dit-il. À ses yeux, la situation n'est guère plus favorable au Japon, la deuxième économie asiatique, où la croissance économique est en perte de vitesse. Malgré tout, il ne jette pas l'éponge et fait porter sa vue sur la fin de 2019. «Le potentiel de croissance économique et les évaluations favorables pointent vers un potentiel intéressant à moyen terme.»

M. Rangasamy est un peu moins optimiste. Il prévoit que le Japon continuera d'avoir une croissance économique relativement faible l'année prochaine, à 1,2 %. En 2018, la Nationale prévoit que le PIB devrait progresser de 1,1 %, soit bien en deçà du rythme de 1,7% enregistré en 2017, en raison de la faiblesse de la consommation et de l'investissement privé.

Pour ce qui est de la Bourse nippone, François Bourdon demeure optimiste pour les 12 prochains mois. Il estime que le marché boursier «devrait être bon». Depuis un an, le Nikkei 225 de la Bourse de Tokyo a progressé de 14 %. Au cours des cinq dernières années, on parle d'une hausse de 57 %.

Dans quels FNB investir ?

M. Doucet recommande un fonds d'actions européennes couvert, le WisdomTree (EHE). Ce FNB détient les grandes capitalisations boursières européennes à l'exception du Royaume-Uni. Comme les négociations infructueuses touchant le Brexit amènent de la volatilité dans les marchés européens, «ce FNB permet d'amoindrir le risque qui y est lié», précise le portefeuilliste.

Selon M. Doucet, le fonds Desjardins Marchés développés ex É.U. ex Canada multifacteurs à volatilité contrôlée (DFD) est aussi intéressant, car il permet de s'exposer aux marchés de l'Extrême-Orient, de l'Australasie et de l'Europe.

Pour s'exposer à ces marchés, M. Desbiens opte, quant à lui, pour le FINB BMO MSCI Europe de haute qualité couvert en dollars canadiens (ZEQ), qui cherche à reproduire le rendement de l'indice MSCI Europe de qualité.

Ce FNB investit dans les marchés boursiers européens, tout en recherchant un rendement des capitaux propres élevé, une croissance stable des bénéfices d'une année à l'autre, de même qu'un faible niveau d'endettement.

De son côté, M. Straus est moins enthousiaste à l'égard de l'EAEO. Selon lui, il est difficile de s'exposer de manière uniforme à la fois aux marchés de l'Europe, de l'Australasie et de l'Extrême-Orient (excluant la Chine).

Toutefois, il précise qu'on peut y arriver en grande partie avec le iShares Core MSCI EAFE IMI (XFH). Ce FNB - qui exclut la Chine - investit principalement dans les pays européens industrialisés, au Japon, en Nouvelle-Zélande et en Australie, de même que dans d'autres pays asiatiques industrialisés.

Le coup de coeur de M. Bourdon est le FNB iShares MSCI EAFE (EFA), car il couvre les principaux marchés de l'EAEO avec de grandes capitalisations boursières.

LES PAYS ÉMERGENTS


Les perspectives au cours des 12 prochains mois

Krishen Rangasamy affirme que les marchés émergents demeurent sous pression. «La crise économique de la Turquie pourrait être contagieuse, les investisseurs étrangers retirant leur capital en quête de havre sûr», dit l'économiste.

Selon lui, la vigueur du dollar américain affecte aussi les pays émergents, car leur service de la dette est libellé dans la devise américaine. Une situation qui renforce le risque de défaillances et qui pourrait accélérer la sortie de capitaux des économies émergentes.

Même prudence du côté de M. Doucet, qui explique que les marchés émergents sont à nouveau «une source d'inquiétude» pour les investisseurs. «Même si la toile de fond structurelle peut diverger d'un pays à l'autre, la Turquie, l'Indonésie, l'Afrique du Sud, le Brésil et l'Argentine font craindre les investisseurs que la contagion ne s'étende.»

Le gestionnaire s'inquiète aussi de l'impact de la hausse des taux d'intérêt et de l'appréciation du dollar américain sur la dette extérieure des pays émergents. Il rappelle que lorsqu'il y a une crise de confiance, comme à l'époque de la crise asiatique de 1998, «une saine sélection au sein de ces marchés ne procure que très peu de protection».

Pour M. Lee, le Venezuela est la principale source d'inquiétude. Selon lui, les problèmes de ce pays sud-américain, qui vit une grave crise économique depuis 2010, créent un risque pour l'ensemble des économies émergentes. Dans ce contexte, le portefeuilliste ne croit pas que ce soit le bon moment d'y investir.

M. Bourdon est plus optimiste que ses collègues. Il juge que les marchés boursiers des pays émergents se comporteront relativement bien au cours des 12 prochains mois, avec une croissance moyenne de plus de 10 % (y compris les pays du BRIC). «Leur bilan est assaini et la croissance est assez bonne», dit-il.

Le FMI prévoit que les pays émergents et les pays en voie de développement afficheront une croissance de 4,9 %, en 2018, puis de 5,1 %, en 2019.

Dans quels FNB investir ?

M. Doucet recommande le FNB iShares MSCI Emerging Markets Asia (EEMA), qui est concentré de façon importante en Chine, en Inde, ainsi qu'en Corée du Sud et à Taïwan. Bien qu'ils soient considérés comme développés, ces deux derniers pays sont parfois intégrés dans les fonds qui investissent dans les économies émergentes.

«Cela permet d'éliminer les marchés émergents qui sont soit en difficulté, soit en récession», dit-il, en précisant que la croissance du PIB des marchés émergents asiatiques est supérieure à 3 %.

Prudent, M. Desbiens propose quant à lui de porter son attention sur le FNB BMO d'actions de marchés émergents à faible volatilité (ZLE), qui investit dans un portefeuille d'actions de marchés émergents pondéré en fonction d'une faible sensibilité aux fluctuations des marchés.

Pour sa part, M. Straus recommande le iShares Core MSCI Emerging Markets IMI (XEC), qui procure une exposition à la Chine et à l'Inde. Ce fonds investit principalement dans la technologie, les services financiers et la consommation cyclique, avec 75 % de titres d'entreprises asiatiques.

Enfin, M. Bourdon aime bien le iShares MSCI Emerging Markets (EEM), qui investit notamment dans de grandes entreprises chinoises comme Tencent (TI) et China Mobile (télécommunications). Ce FNB permet aussi de détenir les titres de la sud-coréenne Samsung (TI) ainsi que de la sud-africaine Naspers (consommation discrétionnaire).

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