New Look reste bien nichée dans l'ombre du nouveau géant EssilorLuxottica

Publié le 17/01/2017 à 06:33

New Look reste bien nichée dans l'ombre du nouveau géant EssilorLuxottica

Publié le 17/01/2017 à 06:33

Par Dominique Beauchamp

Groupe Vision New Look exploite aussi Greiche & Scaff au Québec, Vogue Optical dans les Maritimes, iVision en Ontario et Visions Optical en Colombie-Britannique.

Le détaillant de lunettes Groupe Vision New Look(BCI, 29,50$) a peu réagi au lendemain de l’annonce de la création du nouveau géant franco-italien de l’optique EssilorLuxottica, dans une fusion de 64 milliards de dollars canadiens.


L'action de Groupe Vision New Look a fléchi d’à peine 1% au lendemain de la transaction historique qui réunira deux concurrents et deux fournisseurs de New Look dans une nouvelle entreprise qui prévoit réaliser des synergies de 838 millions de dollars canadiens de son intégration verticale, d’ici trois ans.


Les deux sociétés complémentaires auront l’emprise d’environ 28% du marché mondial de l’optique selon UBS, loin devant Johnson & Johnson(3,9%), Safilo Group SpA(3,7%) et Hoya(3,2%).


Ensemble, les deux colosses européens tireront aussi un peu plus du tiers de leurs revenus de 21G$CA de la vente au détail, selon UBS.


Luxottica Group SpA exploite en effet les enseignes Lens Crafters, Pearle Vision et Sunglass Hut au Canada, en plus de fabriquer ses montures Ray-Ban, Oakley, Vogue, Persol, Alain Mikli et Oliver Peoples en plus d'une vingtaine de marques de luxe sous licence (Ralph Lauren, Armani, Versace, Prada, etc).


Pour sa part, la Française Essilor International SA fournit une partie des verres qu’achète New Look et exploite le commerçant canadien de lunettes en ligne Clearly Contacts (acquis en 2014 pour 400M$) et le petit distributeur canadien de lunettes de soleil Suntech Optics (acquis en 2013).


Peu d’impact à prévoir à court terme


«Rien ne change à court terme pour New Look. Clearly Contact est encore un petit acteur ici. Et avec trois ans d’intégration à venir, le petit marché canadien ne sera pas une priorité pour la société présente dans 150 pays», fait valoir Jeff Mo, gestionnaire chez Mawer Investment Management, à Calgary.


Il est aussi beaucoup trop tôt pour établir si EssilorLuxottica refilera à ses clients ses économies d’échelle ou si l’entreprise utilisera au contraire son poids pour imposer des prix plus élevés à ses clients pour ses montures et ses verres, dit-il.


La concurrence féroce entre les détaillants, l'émergence des ventes en ligne et les occasions à saisir dans les marchés émergents pointent vers le premier scénario.


De plus, les deux entreprises européennes pourront mettre en commun leurs dépenses en recherche et développement au moment où les «lunettes intelligentes» requerront d’importants efforts, croient Chris Hughes et Andrea Felsted, chroniqueurs chez Bloomberg Gadfly.


New Look conserve aussi ses avantages concurrentiels: son pouvoir d’achat pour les verres non traités qu’elle transforme ensuite dans ses deux laboratoires. Elle capte ainsi la valeur ajoutée du traitement des verres.


De plus, le détaillant de Montréal s’approvisionne auprès d’un groupe diversifié de fournisseurs aux États-Unis, en Asie et en Europe, apprend-on dans sa notice annuelle.


«Le logiciel sous licence et l’équipement spécialisé que les laboratoires utilisent pourraient être remplacés en cas de problème majeur avec les fournisseurs actuels», indique aussi ce document.


Un fournisseur non identifié représente 40% de ses achats de verres, mais New Look se dit en mesure d’acheter des verres semblables auprès d’un bon nombre d’autres fournisseurs réputés. Aucun fournisseur de montures ne s’approprie plus du tiers de ses achats.


Consolidateur à court terme et proie à long terme


Pour Doug Cooper, de Beacon Securities, la transaction renforce le thème de la consolidation mondiale de l’industrie de l’optique à laquelle New Look participe au Canada.


«Les multiples d’évaluation de la transaction, soit des multiples respectifs de 12,5 à 14 fois le bénéfice d’exploitation, mettent en lumière la valeur de cette industrie prisée pour ses perspectives à long terme et sa stabilité relative», note l’analyste.


Après avoir plus que triplé depuis 2011, l’action de New Look s’échange à un multiple de 11,5 fois son bénéfice d’exploitation et de 28 fois les bénéfices prévus.


Une évaluation aussi généreuse se justifie, soutient M. Cooper, en raison des flux de trésorerie trimestriels de 2 millions de dollars que génère la société et son rendement annuel de l’avoir des actionnaires de 21% (abstraction faite de l’amortissement des actifs intangibles).


Au cours des trois derniers trimestres, New Look a conclu trois petites acquisitions totalisant 24M$ qui ont ajouté 11% à ses revenus et au nombre de ses établissements, précise l'analyste de Beacon.


La société, contrôlée par le financier John Bennett, dispose de liquidités de 6 millions de dollars et a aussi accès à des emprunts inutilisés pour poursuivre sa croissance par acquisition.


L’entreprise est entre bonnes mains. Son président, Antoine Amiel, est un passionné de l’optique qui a occupé divers postes de direction notamment au sein de Nikon Optical et de la coentreprise Nikon-Essilor, tant au Japon, en Europe et qu'aux États-Unis.


Il n'a pas été possible de rejoindre M. Amiel qui est actuellement à l'extérieur.


Le cours cible de 38$ de M. Cooper repose sur un multiple de 15,4 fois le bénéfice d’exploitation qu’il projette en 2017 et une croissance prévue de 3% des ventes comparables des magasins ouverts depuis plus.


À plus long terme, M. Cooper est convaincu que New Look sera elle-même emportée par la vague de consolidation.


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