Ne soyez pas trop pressé de prendre le train avec Warren Buffett

Publié le 13/11/2009 à 13:00

Ne soyez pas trop pressé de prendre le train avec Warren Buffett

Publié le 13/11/2009 à 13:00

Par Dominique Beauchamp

Warren Buffett vise toujours le long terme. Photo : Bloomberg

Rien ne presse de suivre Warren Buffett. Le célèbre investisseur vient d'offrir 26 milliards de dollars américains pour mettre la main sur le transporteur ferroviaire Burlington Northern Santa Fe, la plus importante transaction de sa carrière.

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Les investisseurs ne devraient pas y voir le signal qu'il faut se ruer sur les titres des autres transporteurs ferroviaires en quête d'un gain rapide.

À court terme, l'effet Buffett sur les autres sociétés nord-américaines de chemin de fer pourrait s'estomper si le rebond de l'activité économique tarde à augmenter les volumes de marchandises transportées ou encore si les autorités imposent de nouvelles restrictions aux transporteurs.

Warren Buffett, président du conglomérat Berkshire Hathaway, vise toujours le long terme. Même s'il a déclaré qu'il faisait un énorme pari sur l'économie américaine, " il acquiert Burlington Northern parce que le chemin de fer transportera plus de marchandises dans 10, 20 ou 30 ans qu'aujourd'hui. La trajectoire de la reprise d'ici un an ou deux n'a rien à voir avec sa décision ", avertit Matthew Troy, analyste chez Citi.

M. Buffett est convaincu qu'à long terme, les trains continueront de ravir des parts de marché aux camionneurs. La raison en est simple : transporter une tonne de fret par train coûte environ 15 % moins cher que par camion. Plus la distance est longue, plus la facture de carburant augmente, et plus cet avantage s'accentue, indique Norman Raschkowan, responsable en chef des placements de la Corporation Financière Mackenzie.

" Burlington Northern offrait la meilleure façon de profiter de cette tendance, puisque le transport intermodal lui procure déjà presque le tiers de ses revenus, comparativement à 20 % et moins pour ses semblables ", explique Walter Sprackling, analyste chez RBC Marchés des Capitaux.

Le transport intermodal consiste à charger directement les semi-remorques et les conteneurs sur le train.

Buffett a un atout unique dans son jeu

Avant de prendre le train, les investisseurs doivent aussi comprendre que M. Buffett a une carte dans son jeu dont ils ne bénéficient pas, souligne Stephen Gauthier, gestionnaire de portefeuilles chez Demers Valeurs mobilières. En devenant l'unique propriétaire de Burlington Northern, M. Buffett peut influencer sur la gestion de l'entreprise ferroviaire afin que son placement rapporte le rendement espéré, ce que ne peut pas faire le commun des mortels, explique M. Gauthier.

" En fermant le capital de Burlington Northern, Warren Buffett obtient aussi un accès direct aux flux de trésorerie du transporteur, et non plus seulement aux dividendes. Il n'a plus à se soucier des fluctuations du titre en Bourse ", dit Marc Gagnon, gestionnaire chez Industrielle Alliance Gestion de placement.

Le rendement du petit investisseur dépend entièrement de l'appréciation de ses titres et des dividendes que ces transporteurs voudront bien verser.

D'autres transactions peu probables

Il est aussi imprudent d'extrapoler aux autres titres ferroviaires la plus-value offerte par Berkshire Hathaway sur Burlington Northern, soit un prix de 31 % supérieur au cours de l'action de celle-ci et un ratio de 18 fois le bénéfice prévu en 2010.

Il est peu probable qu'un autre transporteur ferroviaire change de mains, croient la plupart des financiers.

Mieux vaut ne pas compter sur une consolidation du secteur, dit M. Sprackling. " L'organisme américain Surface Transportion Board bloquerait toute transaction entre les chemins de fer, parce que l'industrie y est déjà suffisamment concentrée ", explique-t-il.

Au Canada, une vieille loi empêche un actionnaire individuel d'accumuler plus de 15 % des actions de Canadien National (CN).

Par ailleurs, d'autres acquéreurs financiers, tels que les caisses de retraite et les sociétés d'investissement, pourraient vouloir mettre la main sur les flux de trésorerie réguliers que génèrent les chemins de fer.

Toutefois, les experts financiers doutent d'un réel intérêt de leur part. Bien peu d'investisseurs ont les milliards de dollars nécessaires et la volonté pour conclure un tel achat.

Bill MacKenzie, analyste chez TD Newcrest, révèle tout de même que Brookfield Asset Management (Tor., BAM.A, 22,72 $) aurait envisagé l'achat du Canadien Pacifique (CP) en 2007, afin d'en fermer le capital. Cette rumeur suggère que le CP pourrait être une cible potentielle, d'autant plus que sa valeur boursière n'atteint que 8 milliards de dollars, la plus faible du secteur.

Par contre, dit M. MacKenzie, ses flux de trésorerie sont nettement inférieurs à ceux de sa grande rivale CN, et le déficit de sa caisse de retraite, supérieur. Ces deux facteurs rendent Canadien Pacifique moins séduisante aux yeux d'un acquéreur.

Quel train prendre ?

Même s'ils suggèrent aux investisseurs de ne pas se laisser emporter par l'enthousiasme suscité par la transaction de M. Buffett, les financiers considèrent que les transporteurs ferroviaires ont leur place dans un portefeuille diversifié.

L'acquisition de Burlington Northern braque les projecteurs sur une industrie performante et susceptible d'améliorer ses bénéfices dans la reprise économique qui s'amorce, fait valoir Mark Pugsley, vice-président d'Investissements Standard Life.

Les transporteurs n'accroîtront peut-être pas leurs bénéfices de 19 % l'an prochain, comme le prévoit le consensus des analystes, mais ce sont des titres qu'on peut acheter sans crainte, dit Marc Gagnon, d'Industrielle Alliance.

Fadi Chamoun, analyste chez UBS, recommande en bloc tous les transporteurs parce qu'ils accroîtront progressivement leur rentabilité au cours des cinq prochaines années, période pendant laquelle le volume de marchandises transportées remontera au sommet atteint en 2006.

La hausse des volumes de marchandises, conjuguée à la hausse annuelle moyenne de 3 % des tarifs, accroîtra leurs bénéfices à un rythme annuel de 14 à 18 % au cours des cinq prochaines années, prévoit M. Chamoun.

Canadien National : le choix le plus sûr

Canadien National est le choix prudent de plusieurs experts financiers. Son titre permet de profiter de la reprise sans courir trop de risques. Sa grande efficacité lui procure des marges, des flux de trésorerie et un rendement de l'avoir déjà supérieurs à ceux de ses semblables.

Le titre de Canadien National est redevenu attrayant puisqu'il s'est moins apprécié que ceux des transporteurs américains après la transaction de Warren Buffett, fait remarquer Jacob Bout, de CIBC Marchés mondiaux.

L'action vaut 12,8 fois le bénéfice prévu pour 2011 par l'analyste, alors que ses semblables américaines valent 13,7 leur bénéfice.

Or, Canadien National semble sortir plus rapidement de la récession que ses concurrentes. La semaine dernière, la baisse de volume des marchandises transportées par le CN n'était plus que de 7,2 % par rapport à l'an dernier, alors les volumes baissaient encore de 12 % pour les transporteurs américains et de 14,6 % pour Canadien Pacifique, précise M. Bout.

Canadien Pacifique et CSX pourraient surprendre

Les analystes recommandent Canadien Pacifique et CSX aux investisseurs qui recherchent des titres susceptibles de rebondir plus vigoureusement dans une reprise.

Le titre de CP n'est pas une aubaine, mais c'est le transporteur qui profitera le plus d'une amélioration de la demande d'engrais et de charbon, ses deux spécialités les plus rentables, dit M. Chamoun.

Le transporteur floridien CSX est le choix plus audacieux de M. Sprackling. Tout comme pour le CP, tout rebond de ses revenus aura un effet plus important sur son bénéfice, puisque ses coûts fixes sont proportionnellement plus élevés par rapport aux revenus.

En outre, l'action de CSX est meilleur marché que celle de ses semblables en fonction du bénéfice.

Les analystes prévoient pour l'an prochain une croissance plus modeste de son bénéfice que celle de ses semblables. Pourtant, CSX a réussi à augmenter ses tarifs de 6,3 % au troisième trimestre, en dépit d'une baisse de 15 % des volumes transportés.

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