Miser sur le bon cheval


Édition du 16 Février 2022

Miser sur le bon cheval


Édition du 16 Février 2022

Par Jean Décary

(Photo: 123RF)

De plus en plus d’entreprises médiatiques, souvent américaines, mettent sur pied un service de vidéo sur demande (VSD) par abonnement afin de répondre à une demande grandissante et pour concurrencer les joueurs dominants, comme Netflix et Amazon. Des sommes faramineuses sont investies pour créer du contenu ou acquérir des droits de reproduction en vue d’alimenter leur plateforme. Des alliances se forment et des rumeurs de fusion se font plus persistantes. «Pour survivre, ces webdiffuseurs aux ambitions internationales devront gagner le coeur de millions d’abonnés. Il n’est pas certain que tous y parviennent», peut-on lire dans le document d’information du Centre d’études sur les médias (CEM). L’organisme de recherche souligne la forte compétition que se livrent les compétiteurs nationaux, fort de leurs productions locales. «Ici [au Québec], il s’agit principalement de Club illico (Québecor), Tou.tv Extra (Radio-Canada) et Crave TV (Bell), qui accroissent d’ailleurs leur offre.»

 

Est-il trop tard?

Dans ce contexte hautement concurrentiel, comment le petit investisseur peut-il profiter de cet engouement pour les services de VSD ? Martin Lalonde, président et gestionnaire de portefeuille à Rivemont, croit qu’il est déjà tard pour profiter de l’engouement du streaming, même s’il est d’avis que c’est une habitude [la consommation de contenu en ligne] qui est là pour de bon et qui continuera de croître. «Les titres des principaux joueurs sont déjà pleinement évalués avec une croissance de ce segment qui risque d’être plus modeste à l’avenir.»Selon lui, trois joueurs se démarquent et ce sont les trois grands: Netflix, Amazon et Disney. «Le premier, pour sa force de production. Le second, pour ses clients. Et le dernier, pour sa bibliothèque.»Des trois, il ne détient qu’Amazon. «La beauté de Prime Video (Amazon), c’est que tu as à la fois accès aux produits livrés en une journée et à la bibliothèque, même si elle n’est pas encore du calibre de Netflix ou de Disney.»

François Rochon considère également Netflix comme le leader dans l’industrie, mais observe que la concurrence s’intensifie et estime que le géant aura de la difficulté à maintenir une croissance aussi rapide à l’avenir puisqu’une grande partie de la population est déjà abonnée. Il trouve aussi le titre chèrement évalué. «Il se négocie en Bourse à 45 fois les profits estimés par les analystes en 2022, ce qui est une évaluation élevée surtout si le taux de croissance ralentit.» [NDLR à noter que depuis cet entretien, le cours de l’action de Netflix a chuté d’environ 20 % à la suite de résultats financiers mitigés du quatrième trimestre de l’exercice 2021.]

 

Que la force soit avec vous

Le gestionnaire de portefeuille de Giverny Capital ne cache pas sa préférence pour Disney+, la plateforme de Walt Disney, une entreprise dont il détient des actions depuis plusieurs années. Il croit que Disney a un avantage concurrentiel sur les autres en raison de son contenu unique et de la fidélité de ses spectateurs. «La société est près d’atteindre le seuil de la rentabilité grâce à sa forte expansion d’abonnés durant la pandémie. Évidemment, ce n’est pas un "pure play"comme Netflix, mais si j’avais à faire un choix, ce serait d’acheter des actions de la société mère.»

François Rochon évoque les énormes besoins en capitaux (les coûts pour produire du contenu) d’un segment hypercompétitif. «Disney a un avantage dans sa niche (les films pour enfants et Marvel/Star Wars), mais pour les autres, ce sera difficile de maintenir un haut rendement sur les capitaux investis.»Et les autres grands joueurs, comme Amazon et Apple qui offrent d’autres services et produits? «Ils ont développé une stratégie défensive pour ne pas être exclus de ce segment en croissance, évalue-t-il; c’est improbable que cela devienne pour eux une source de grande rentabilité.»

 

Les derniers seront-ils les derniers?

Quant aux plus petits joueurs, François Rochon croit qu’il est vital pour eux de se développer une application pour survivre et de rapidement se trouver une niche (par exemple, des films de répertoire ou des documentaires spécialisés). «Encore là, les besoins en capitaux risquent d’être importants et cela pourrait prendre une importante masse critique pour être rentable.»Même écho du côté de Martin Lalonde, qui voit mal comment les plus petits joueurs pourraient arriver à se tailler une place au soleil. «C’est très coûteux de se créer une clientèle et une bibliothèque. Et pour que celle-ci soit payante, il faut que ton rayonnement soit grand, pas seulement régional.»Pour lui, les joueurs locaux sont présents davantage pour ne pas perdre d’argent que pour en gagner. «À terme, d’après moi, il ne restera que quelques grands diffuseurs de contenu. Disney, par exemple, pourrait voir son contenu dif- fusé par d’autres plateformes.»Martin Lalonde rappelle que la bataille pour du contenu n’est pas exclusive au streaming, mais que cela se voit aussi en musique. «Plusieurs chanteurs ou groupes de musique vendent actuellement leurs droits à de grandes maisons de production.»Le chanteur Bob Dylan, par exemple, a récemment vendu l’entièreté de son catalogue de chansons à Sony.

 

CONSEILS DE L'EXPERT
Comment le petit investisseur ­peut-il profiter de cet engouement pour les services vidéos sur demande ?

François ­Rochon, président et gestionnaire de portefeuille à ­Giverny ­Capital (Photo: courtoisie)

«Quand on décide d’investir à la Bourse, c’est bien important de choisir son cercle de compétence. On a le choix d’investir dans ce que l’on connaît. On n’est pas obligé d’investir dans un segment en transformation et en croissance», souligne prudemment François Rochon, président et gestionnaire de portefeuille à Giverny Capital. «Ce n’est pas une garantie de rentabilité. À moins d’être un expert dans ce domaine, c’est bien difficile de déterminer qui sera le gagnant.» Il rappelle qu’à l’époque des premiers moteurs de recherche, bien malin était celui qui aurait pu prédire lequel finirait par dominer la concurrence. «Il y en avait toute une panoplie et finalement, c’est le dernier arrivé, Google, en 1998, qui s’est imposé.»

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