Les Thés David's Tea dans l'eau chaude, l'action plonge de 26%

Publié le 09/12/2016 à 13:28

Les Thés David's Tea dans l'eau chaude, l'action plonge de 26%

Publié le 09/12/2016 à 13:28

Par Dominique Beauchamp

Sylvain Toutant, l'ex-pdg de David's Tea et Pierre-Michaud, l'ex-président du conseil étaient tout sourire lors du départ canon du détaillant à son inscription au Nasdaq, en mai 2015.

«Notre marque a des ailes», avait déclaré le toujours enthousiaste Sylvain Toutant, l’ex-pdg de David’s Tea, au journaliste Martin Jolicoeur sur lesaffaires.com, le 5 juin 2015.


Dix-huit mois plus tard, il n’en est rien pour l’exploitant des 208 commerces Les Thés David’s Tea(Nasdaq,DTEA, 6,85$ US). Sa valeur boursière a littéralement fondu de 750 à 171 millions de dollars américains depuis juin 2015.


Après le dévoilement de résultats et de perspectives décevants, son action a plongé de 26% le 9 décembre (33% depuis un mois, voir ci-dessous), creusant sa perte à 64% depuis son entrée flamboyante en Bourse en mai 2015.



La perte du troisième trimestre a atteint 0,10$, alors que les analystes prévoyaient un déficit de 0,08$ par action.


La croissance des ventes comparables des boutiques ouvertes depuis au moins un an a été de seulement 0,8%, au troisième trimestre par rapport à une amélioration prévue de 2,5%.


Pour le quatrième trimestre, le plus fort de l’année en raison des festivités de Noël, les ventes comparables pourraient même reculer. Le bénéfice net sera aussi 25% inférieur aux prévisions.


Rappelons que le détaillant de thés et d'accessoires pour le thé réalise 80% de son bénéfice d’exploitation annuel au dernier trimestre de l’année.


Pour 2017, la société a aussi réduit de 30% ses prévisions de bénéfices annuels, entre 0,35 et 0,40$ par action.


Les difficultés répétées du marchand de thés, symbolisées par le départ tout à tour du co-fondateur et ambassadeur de la marque David Segal (en mars 2016) et de M. Toutant (en janvier 2017), feront sourire en coin ceux qui croient que tout détaillant canadien partant à l’assaut de l’impitoyable marché américain part perdant.


Il faut une «exécution» sans faille pour réussir dans ce marché casse-cou et ce n’est pas ce que David’s Tea a réalisé.


L’entreprise a notamment souffert d’une panne de l’envoi de courriels automatisés aux membres de son programme de fidélité, ce qui lui a fait raté des ventes depuis l’été dernier.


Les autorités de plusieurs États américains ont aussi enquêté au sujet des quarts de travail sur appel à la suite de plaintes d’employés.


Comme quoi des courtiers de haut niveau pour l’entrée en Bourse (Goldman Sachs et JP Morgan) et un conseil d’administration solide (notamment des dirigeants des détaillants de CarMax, Tumi et Anthropologie) ne sont garants de rien.


Deux analystes perdent confiance


La société fondée par Hershel Segal, l’homme d’affaires octogénaire derrière les Magasins Le Chateau et son petit cousin David Segal, perd l’appui de deux analystes qui fondaient beaucoup d’espoir dans la croissance rapide d’un commerçant moderne dans le créneau populaire des passionnés du thé.


Il faut dire que les attentes suscitées par son concept stylisé et sa mise en marché en ligne étaient élevées. En juin 2015, son action valait 100 fois les bénéfices prévus.


Kelly Bania de BMO Marchés des capitaux et Sharon Zackfia de William Blair, ont perdu confiance en la société.


Mme Bania charcute son cours cible de 16 à 9$US et ne recommande plus l’achat du titre qui a dégringolé de 42%, depuis un an. Ce cours cible repose sur l’hypothèse que David’s Tea complète son exercice financier actuel avec une encaisse de 60 millions de dollars.


Mme Zackfia ne prévoit plus pour le titre une performance supérieure au marché. Selon elle, les perspectives de croissance aux États-Unis sont incertaines sous la gouverne de la nouvelle présidente par intérim, Christine Bullen. Mme Bullen avait été recrutée en mai pour diriger les activités américaines.


«Avec un potentiel de seulement 50 commerces de plus au Canada, les perspectives de la société reposaient sur sa croissance américaine. Or, la performance inégale des boutiques aux États-Unis et une présidence en transition entraînent énormément d’incertitude», explique la spécialiste du commerce de détail chez William Blair.


Un coup de barre à donner


La mauvaise conjoncture force la société à dévaluer de 2,6 millions de dollars dix de ses établissements américains les moins performants. Il s’agit de 20% de ses commerces ouverts depuis 2011, précise Mme Zackfia.


Au troisième trimestre, la marge brute a chuté de 3,1% à 46,5% en raison de la multiplication des promotions de toutes sortes, de la vente d’ensembles d’infusion de thés moins rentables et de la force du dollar américain.


Ironiquement, les ventes des boutiques canadiennes sont celles qui ont le plus souffert de ces promotions.


David’s Tea ralentit aussi la cadence d’ouverture de boutiques tant au Canada qu’aux États-Unis. Le marchand prévoit désormais ouvrir 15 à 18 boutiques au Canada et 10 à 12 aux États-Unis, au lieu de la vingtaine de nouveaux magasins prévus dans chaque marché.


Ces ouvertures ajouteront tout de même 11% au nombre des magasins, croit Kelly Bania, de BMO Marchés des capitaux.


À l’avenir, le détaillant ouvrira ses futures boutiques dans les centres commerciaux extérieur de type outlets et de mode de vie, tel que le Chicago Premium Outlets où il a ouvert sa 200e boutique.


«Il réévalue sa présence dans les centres d’achat de catégorie A afin d’améliorer sa productivité et compte rediriger plus de capital vers les ventes en ligne», indique aussi Mme Zackfia.


L’analyste de William Blair abaisse de 11% ses prévisions de bénéfices pour 2016 et 23% celles pour 2017. Elle prévoit désormais un bénéfice de 0,44$ par action l’an prochain, par rapport au consensus de 0,67$. Ce bénéfice représente tout de même une hausse de 23%.


Plus indulgent que ses collègues, Chris Krueger, de Lake Street Capital Markets, croit encore possible que le détaillant puisse accroître ses bénéfices à un rythme annuel de 20 à 25% au cours des prochaines années.


Son nouveau cours cible d’un an de 14$US (au lieu de 20$US) indique que le titre peut doubler, d’ici un an.


Cet objectif équivaut à 14 fois le bénéfice d’exploitation de David’s Tea. Ce multiple correspond à l’évaluation qu’a payée Starbucks(Nasdaq, SBUX) pour Teavana en 2012.


À long terme, le détaillant montréalais pourrait exploiter 500 boutiques et réaliser des revenus de 400M$, un bénéfice de 100M$ ou de 2$ par action, répète-t-il.


Herschel Segal, qui a récolté environ 57M$US à l'appel public à l'épargne, détient encore 12,3 millions ou 49,5% des actions de la société de Ville Mont-Royal. Son sommet historique de 29,97$US l'action remonte au 9 juin 2015. 


 


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