Le huard, otage de la rhétorique de Donald Trump

Publié le 20/06/2018 à 06:45

Le huard, otage de la rhétorique de Donald Trump

Publié le 20/06/2018 à 06:45

Par Dominique Beauchamp

(Photo: 123rf.com)

Donald Trump durcit le ton de sa stratégie pour faire plier ses partenaires commerciaux et présenter des gains à sa base d’électeurs.

Bien entendu, le huard est tombé sous la barre de 75,5 cents américains, creusant à 5,6% son déclin depuis le début de l’année.

Pour la première fois depuis juillet 2017, le huard est aussi plus faible que sa valeur un an plus tôt, note Douglas Porter, économiste en chef de BMO Marché des capitaux.

Bien malin qui peut prévoir la trajectoire du dollar canadien dans un environnement aussi chargé politiquement.

Lisez Trump accuse des Canadiens de faire la contrebande de chaussures

La rhétorique d’abord

«Les craintes de protectionnisme et la menace de nouveaux tarifs imminents pèsent de tout leur poids sur notre monnaie», explique Hendrix Vachon, économiste principal au Mouvement Desjardins.

L’institution a encore espoir que la logique d’affaires reprenne éventuellement le dessus sur la rhétorique, mais établir des prévisions pour le huard est un exercice de haute voltige à très court terme.

Si le Canada imposait ses propres tarifs sur l’aluminium américain le 1er juillet et que Washington ripostait, l’escalade deviendrait «assez périlleuse» pour le huard qui pourrait alors tomber jusqu’à 70 cents US et même plus bas, dit-il.

En revanche, si le gros bon sens prévaut et que les nouveaux tarifs étaient reportés, de nouveaux espoirs pour un nouvel dAccord de libre-échange nord-américain (Aléna) stimuleraient à nouveau le huard, échafaude l’économiste.

«Je crois toutefois que des craintes résiduelles persisteraient et agiraient comme un plafonds sur la valeur du huard», ajoute M. Vachon.

Un dollar canadien plus faible n’est pas dramatique, bien qu’il diminue le pouvoir d’achat des consommateurs et des entreprises à l’étranger.

Dans les échanges économiques, la monnaie joue un rôle de stabilisateur automatique lors des chocs, rappelle l’économiste de Desjardins. La dépréciation du huard peut ainsi compenser en partie l’imposition de tarifs.

Que fera Stephen Poloz le 11 juillet?

La décision de la Banque du Canada le 11 juillet aura aussi un rôle à jouer.

«Si la banque centrale haussait son taux directeur comme prévu, ce serait perçu comme un signe que les pires craintes ne sont pas fondées. Le huard en profiterait», évoque M. Vachon.

Par contre, si Ottawa et Washington prenaient tous les deux la voie des représailles tarifaires, la banque centrale pourrait encore une fois reporter la hausse de taux promise, ajoute-t-il.

Chez BMO, M. Porter s’attend à ce que le huard regagne la barre de 78 cents d’ici la fin de 2018, si une entente de principe pour un nouvel Aléna intervenait par exemple.

Notre dollar pourrait même atteindre 80 cents US à la fin de 2019, dans un dernier élan cyclique, entrevoit-il.

Le cours du pétrole aura peu d’influence sur notre monnaie puisqu’il devrait évoluer autour de son cours actuel de 65$US, prévoit aussi ce courtier.

Relisez Guerre commerciale: un stratège augmente son encaisse

 


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