Knight Therapeutics, la prochaine Paladin?


Édition du 09 Mai 2015

Knight Therapeutics, la prochaine Paladin?


Édition du 09 Mai 2015

Par Carl Simard

[Photo: Bloomberg]

L'investissement consiste, la plupart du temps, en un acte de confiance à l'égard de la direction de l'entreprise. Cela ne signifie pas de faire un chèque en blanc sans effectuer une analyse des risques et un estimé de la valeur intrinsèque de l'entreprise. Cette chronique présente notre évaluation du titre de Knight Therapeutics, un exemple éloquent d'investissement qui mise sur la direction de l'entreprise.

La vente de Laboratoires Paladin

Knight Therapeutics (Tor., GUD, 7,40 $), une société pharmaceutique de Montréal, a vu le jour au début de 2014 à la suite de l'acquisition de Laboratoires Paladin par Endo. Le fondateur de Knight Therapeutics, Jonathan Ross Goodman, est à la source du succès retentissant de Paladin. Cette dernière a connu une croissance de ses bénéfices, qui a permis à son cours boursier d'enregistrer un rendement annuel moyen composé de près de 30 % pendant ses 19 années d'existence.

Pourquoi alors avoir vendu ce joyau de la couronne ? M. Goodman a récemment révélé à ses partenaires (ses coactionnaires) que, personnellement, il n'aurait pas vendu Paladin. À titre de fiduciaire des intérêts communs de tous les actionnaires, il jugeait cependant de son devoir d'accepter l'offre alléchante d'Endo. Dès que la vente de Paladin a été conclue, le 28 février 2014, M. Goodman, exempté d'entrave juridique à l'égard d'Endo, n'a pas perdu une minute pour créer Knight Therapeutics afin de poursuivre sa passion d'entrepreneur dans le secteur pharmaceutique.

La mission de Knight Therapeutics est identique à celle de Paladin, c'est-à-dire réaliser le marketing et la vente de produits pharmaceutiques novateurs sur ordonnance ou en vente libre. Son carnet de produits proviendra de tiers qui ont mis au point de nouveaux médicaments. Ces organisations souhaitent généralement céder des licences à Knight qui poursuit le développement clinique et commercial des médicaments au Canada. Les propriétaires de ces licences recevront de la part de Knight des redevances sur les ventes des médicaments en question.

Les investissements stratégiques sont surtout de deux ordres : 1) des participations dans plusieurs sociétés de capital de risque, spécialisées dans des entreprises biotechnologiques ; 2) des prêts à des entreprises biotechnologiques, qui sont sécurisés par des actifs pouvant être monétisés par Knight en cas de défaut de paiement.

Knight développe ainsi un accès privilégié auprès d'une multitude de centres de R-D mondiaux et diversifiés. Dès qu'une de ces organisations développera un médicament, Knight sera l'acteur privilégié pour le commercialiser au Canada. Elle déploie un savoir-faire qui pourrait la doter d'une plateforme de R-D plus imposante et efficace que certaines grandes pharmaceutiques, avec un apport de capital minimal. Pendant ce temps, ces mêmes grandes pharmas abandonnent de plus en plus la R-D pour piloter une stratégie de consolidation. Cela laisse de belles occasions pour les sociétés de spécialité et pour un gestionnaire de capital hors pair comme Goodman.

Une première année remarquable

L'équipe de Knight a enregistré d'importantes réalisations pendant sa première année. Côté financement, la société a procédé à trois émissions d'actions distinctes, totalisant un montant brut de près de 355 M $, dont 70 M$ ont été fournis par M. Goodman. Knight a aussi vendu à Gilead, pour un produit brut de 142 M$, le statut d'évaluation prioritaire octroyé par la Food and Drug Administration pour son médicament Impavido. L'entreprise disposait alors au net d'environ 480 M$ pour bâtir son portefeuille de produits pharmaceutiques.

Les dirigeants de Knight n'ont pas chômé en finalisant une quinzaine d'investissements, pour un montant total de 180 M$. La situation financière de la société est solide, avec une encaisse de 300 M$ sans aucun endettement.

L'avenir de Knight est étroitement lié à son fondateur. Il est primordial de souligner qu'il a été gravement blessé lors d'un accident de vélo survenu en août 2011. Cet accident lui a laissé des séquelles causant des pertes de mémoire à court terme, ainsi qu'un niveau d'énergie plus faible. Les cadres de Knight avec qui nous avons discuté de cet enjeu ont été rassurants. Ils ont également mis en évidence la forte expérience du conseil d'administration.

La thèse d'investissement

En estimant les bénéfices des revenus projetés résultant des partenariats stratégiques finalisés à ce jour, et selon les marges de rentabilité habituelles à l'époque de Paladin, nous considérons que Knight, à son cours actuel d'environ 8,50 $, est correctement évalué. Au fur et à mesure que sa stratégie se concrétisera, sa valeur intrinsèque pourrait croître de 20 à 30 % par année, selon notre compréhension des objectifs de M. Goodman.

Un investissement dans Knight représente un investissement à très long terme, qui s'étend probablement sur plus d'une décennie, et le risque d'exécution de la stratégie reste relativement élevé. Nous investissons d'abord et avant tout dans l'expertise d'un dirigeant exceptionnel qui a l'occasion de répéter ses prouesses à la suite de la vente de Laboratoires Paladin.

À la une

La taxe fédérale sur l'investissement

Mis à jour il y a 12 minutes | Daniel Dufort

EXPERT INVITÉ. La ligne qui nous sépare de la confiscation pure et simple est parfois bien mince.

7 astuces pour réduire vos frais d'avocats

16/06/2024 | Manuel St-Aubin

EXPERT INVITÉ. Les acteurs judiciaires ont à cœur la mission de rendre justice, même si tout n’est pas parfait.

La course aux stages 2.0

Édition du 22 Mai 2024 | Claudine Hébert

Les cabinets d'avocats ont adapté les 5 à 7 aux nouvelles règles de la société.