DryShips, ou investir dans une loterie


Édition du 12 Août 2017

DryShips, ou investir dans une loterie


Édition du 12 Août 2017

Par Richard Guay

[Photo: 123rf]

Comment un titre qui a plus de 11 $ par action en encaisse, une valeur comptable estimée de 95 $ par action, et qui annonce un dividende de 9,4 cents par action peut-il se négocier à moins de 2 $ ?

Bienvenue dans le monde des actions à vote multiple, détenues par un dirigeant à l'éthique «douteuse». Plus précisément, dans le monde de DryShips (DRYS, 1,44 $ US) et de son président, George Economou.

Certains commentateurs ont défendu les actions à droit de vote multiple au fil des ans. L'un de leurs arguments est qu'elles favorisent les décisions à long terme et la pérennité de l'entreprise.

Il ne faut cependant pas oublier qu'investir dans une société dont les dirigeants ont un droit de vote multiple revient à accepter leur pouvoir absolu sur les décisions de l'entreprise et sur son avenir. C'est une bonne chose si les dirigeants sont compétents et honnêtes. C'est catastrophique s'ils sont incompétents ou malhonnêtes.

L'évolution du prix de l'action de DryShips illustre bien la deuxième situation.

DryShips est dirigée par George Economou, qui détient les actions à droit de vote multiple. Je devrais plutôt dire les actions «hypervotantes» puisque chacune de celles-ci donne 100 000 votes ! Le président Economou possède ainsi plus de 99 % des droits de vote, même s'il a peu investi dans DryShips.

Au printemps, l'entreprise était en péril. Pour la «sauver», M. Economou a émis de nouvelles actions ordinaires à coups de millions et sans se préoccuper de la baisse du prix en Bourse que ces multiples émissions provoquaient. Évidemment, les nouvelles actions étaient à droit de vote simple, ce qui lui a permis de conserver la maîtrise de DryShips.

Comme à chaque nouvel appel à l'épargne (car il y en a eu d'autres), les nouvelles actions ont été vendues à une firme d'investissement, Kalani Investments, plutôt qu'à des courtiers preneurs. À des conditions de financement qui ne sont pas claires. Aussitôt que Kalani a eu ses nouvelles actions, elle les a liquidées sur la Bouse du Nasdaq.

Si l'on ajuste pour les fractionnements inversés (consolidation de titre), le prix des actions est passé de plus de 780 000 $ il y a un an à moins de 2 $ le 21 juillet. Par conséquent, un investisseur qui a acheté pour 780 000 $ d'actions il y a un an avait, le 21 juillet dernier, 2 $ d'actions de DryShips. Une chute abyssale, provoquée par la stratégie que le président a mise en place.

Et ce n'est pas terminé : la stratégie de M. Economou est toujours de poursuivre avec de nouvelles émissions d'actions. Vrai, chacune de celles-ci représente plus d'encaisse dans les coffres de DryShips. Et l'entreprise est maintenant hors de danger de faillite.

La vision d'Economou n'est cependant pas claire. On comprend qu'avec ces émissions, il souhaite peut-être rembourser une partie de la dette ou acheter de nouveaux navires pour les opérations de l'entreprise.

Les actionnaires ordinaires sont évidemment en désaccord avec la stratégie et sont furieux de cette volonté de poursuivre la dilution du capital-actions. Ils ont traîné en justice le président Economou pour absence d'éthique et conflits d'intérêts. Et ils tentent notamment de faire interdire de nouvelles émissions d'actions.

Que faire avec DryShips ?

Dans ce contexte, faut-il acheter ou vendre DryShips à moins de 2 $ l'action ?

Le titre de DryShips s'adresse aux investisseurs qui peuvent tolérer énormément de risque.

Certains analystes recommandent de vendre le titre à découvert en raison des émissions à venir. Le titre a d'ailleurs été depuis un an le paradis des vendeurs à découvert, qui ont fait des gains systématiques.

Il n'est cependant pas impossible que l'action remonte significativement. Je mentionnais que des actionnaires poursuivent en justice le président et tentent d'interdire de nouvelles émissions à prix ridiculement bas. Si un juge leur donne raison, le prix va très vite remonter puisque le titre a une valeur comptable estimée de 95 $, dont 11 $ en encaisse. Une remontée à seulement 20 $ représenterait plus de 1 000 % de rendement en peu de temps !

C'est toutefois très risqué, car le président Economou conteste vigoureusement la poursuite et affirme son droit d'émettre de nouvelles actions, même à prix réduit.

En résumé, acheter une action de 2 $ de DryShips, c'est un peu comme acheter un billet de loto de 2 $. On aura un rendement de plus de 1 000 % ou un rendement de -100 % (mise totalement perdue). Comme dans le cas du billet de loto, le deuxième scénario semble plus probable.

Chroniqueur invité

Biographie

Richard Guay est professeur titulaire en finance à l'ESG UQAM et ancien président de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

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