Dollarama brille encore, nouveau record pour l'action

Publié le 30/03/2017 à 19:27

Dollarama brille encore, nouveau record pour l'action

Publié le 30/03/2017 à 19:27

Par Dominique Beauchamp

Dollarama(Tor., DOL, 110,61$) a encore une fois démontré pourquoi le détaillant est le préféré de tant d’analystes en surpassant les attentes pour un neuvième trimestre consécutif.

Son action qui vivotait depuis le début de l’année a survolté de 11,2%, le 30 mars, propulsant aussi le titre à un nouveau record de 111,70$, en cours de séance le 31 mars.

Son bénéfice par action a bondi de 24% à 1,24$ par action au quatrième trimestre, soit 11% de plus que le consensus de 1,12$, grâce à de meilleures ventes comparables et à de meilleures marges que prévu.

Cette performance est d’autant plus remarquable que les trimestres comparatifs de 2016 et de 2015 avaient aussi été exceptionnels, au chapitre des ventes comparables des magasins ouverts depuis plus d’un an.

La hausse de 5,8% des ventes comparables au quatrième trimestre s’ajoute à celle de 7,9% d'un an plus tôt et à celle de 8,5% de deux ans plus tôt.

Sur deux ans, la hausse de 13,7% dépasse celles de Canadian Tire, de Wal-Mart Canada et même de Costco Canada, signale Patricia Baker, de Banque Scotia.

Surpris eux-mêmes par le bond de 7,8% de la facture moyenne et les bonnes ventes de nouveaux articles à 3,50$ à 4$ au dernier trimestre, les dirigeants de Dollarama n’augmentent pas la croissance prévue de 4% à 5% des ventes comparables pour 2018, question de ne pas tenter le diable.

«J’ai du mal à me convaincre qu’on pourrait faire mieux que 4 à 5% en 2018. Je ne vois pas comment on pourrait soutenir une telle croissance pour une quatrième année de suite», a confié Michael Ross, le chef de la direction financière, pendant l’appel-conférence.

Non seulement le bond de la facture moyenne est-elle la meilleure en sept ans, mais la marge brute de 41,4% a été exceptionnelle parce que Dollarama ne solde aucune marchandise pour les écouler, note Keith Howlett, de Desjardins Marché des capitaux.

En prime, le détaillant a relevé ses prévisions pour ses marges brutes et d’exploitation pour 2018, tout en dévoilant que le marché canadien pourrait accommoder 300 magasins de plus d’ici 10 ans (à 1700), après avoir analysé les données du dernier recensement.

Ces chiffres peuvent sembler mineurs, mais le nouveau total est 55% de plus que le nombre actuel de magasins. À son appel public à l'épargne, Dollarama avait estimé le potentiel à 900 magasins au pays.

Ces magasins additionnels grugeront un peu les ventes des établissements déjà ouverts, mais leur plus grand nombre ne changera pas leurs rendements économiques.

Un magasin de 10000 pieds carrés coûte 650000$ (avec les stocks) et réalise des ventes de 2,1 millions de dollars dès sa deuxième année, a précisé M. Ross. Ces ventes s’améliorent à 2,5M$ la troisième année, avant de plafonner. Ces magasins deviennent par contre plus productifs par la suite en terme de bénéfice d'exploitation par magasin.

Les nouveaux plans d’expansion au Canada à long terme n’influencent pas non plus les visées de Dollarama en Amérique latine où elle teste encore le terrain avec trois nouveaux magasins en Colombie, en partenariat avec un exploitant local Dollar City au El Salvador.

Dollarama: un premier cours cible de 133$

Les analystes ne peuvent que suivre le mouvement haussier.

«Dans le contexte économique et boursier actuel, ces superbes résultats seront bien reçus», évoque M. Howlett, de Desjardins, , qui ne voit aucun nuage à l'horizon. Le détaillant est l'un des seuls à son avis qui saura éviter l'assaut du commerce en ligne.

Son cours cible passe de 116 à 120$.

Bien que le nouveau cours cible moyen de 120,73$ de 15 analystes ne laisse entrevoir qu’un potentiel de 9,6% pour le titre d’ici un an, Irene Nattel, de RBC Marchés des capitaux, voit le titre grimper jusqu’à 133$.

Son cours cible repose sur un multiple de 25,8 fois le nouveau bénéfice projeté de 5,15$ pour 2019, une évaluation qui se justifie selon elle par la trajectoire visible que lui procure l’ajout de 6% à 7% au nombre de ses magasins à chaque année et la hausse annuelle de 4 à 5% des ventes comparables.

Le levier de rentabilité des nombreuses mesures de productiviité et les rachats d’actions feront le reste et devraient alimenter une progression annuelle composée de près de 20% du bénéfice par action d'ici au moins 2019.

En fait, Mme Nattel table déjà sur une hausse de 11% à 990M$ du bénéfice d'exploitation et de 15% du bénéfice à 5,75$ par action en 2020.
« En un mot, Dollarama offre les perspectives les plus solides, les plus visibles et les plus durables, de son industrie. »

L'analyste juge que la société est aussi bien positionnée pour gagner des parts de marché dans le créneau des articles à bas prix qui gagne en popularité auprès de consommateurs pratiques et économes. 

Le détaillant transforme aussi environ 60% de son bénéfice d'exploitation en flux de trésorerie excédentaires annuels qui financent les dividendes croissants et surtout les rachats d'actions.

Depuis 2012, Dollarama a distribué 2,4 milliards de dollars de capital à ses actionnaires. Mme Nattel prévoit une distribution du même ordre, d'ici 2020.

La croissance de Dollarama est supérieure à celle de 3 à 5% prévue pour Dollar General(DG,70,69$US) et à celle de 10 à 16% prévue pour Dollar Tree(DLTR,78,51$US), d'ici 2018.

Seule l'autre championne québécoise du commerce de détail Alimentation Couche-Tard(ATD.B, 59,85$) fait mieux avec une hausse prévue de 22% de son bénéfice entre 2016 et 2018.

L'action d"Alimentation Couche-Tard est toutefois moins chèrement évaluée (17,8 fois les bénéfices prévus dans 12 mois par rapport à 26,4 fois pour Dollarama) parce que ses marges et son rendement de l'avoir des actionnaires sont inférieurs à ceux de Dollarama. Les perspectives de croissance de Couche-Tard, qui reposent en partie sur les acquisitions, sont aussi moins visibles.

Edward Kelly, de Credit Suisse, n’est pas prêt à s'étirer autant le cou. Le commerçant a beau produire les meilleurs rendements de son industrie, un multiple de 18 fois son bénéfice d’exploitation et un cours cible de 108$ reflètent amplement sa performance de tête. Lisez aussi la chronique Le krash à venir, Dollarama et le prochain "ten bagger", de Yannick Clérouin

Rachat d’actions fort rentable pour l’instant

Convaincu que Dollarama saura soutenir les meilleures marges de l’industrie, Neil Lindsdell, d’Industrielle-Alliance Valeurs mobilières, fait passer son cours cible de 110 à 120$, ce qui offre un potentiel de gain de 8%.

Après avoir longtemps maugréé concernant l’évaluation record du titre en Bourse, l’analyste estime désormais que la société mérite une forte prime (17 fois son bénéfice d’exploitation) par rapport à la moyenne de 7 à 12 fois pour ses semblables. Lisez aussi Dollarama a tout pour plaire sauf son évaluation

Ses revenus et ses bénéfices ne croissent pas plus vite que la moyenne quatre détaillants américains d’articles à petit prix, selon Bloomberg, mais son rendement de l’avoir des actionnaires de 157% est sans égal.

Et pour cause. Dollarama emprunte à un taux de 1,65% après impôts pour racheter 705M$ d’actions (en 2016) qui lui procurent un rendement de bénéfice (earnings yield) de 3,9%, au cours moyen de 95,07$.

Mme Nattel estime les flux de trésorerie excédentaires à une fourchette de 440 à 550M$ par année et les rachats à une autre fourchette de 650 à 730M$ par année, dans son modèle. Les rachats représentent 3,8% de la croissance annuelle composée de 17,1% du bénéfice prévue entre 2017 et 2020 par l'analyste.

La société promet de maintenir sa cote de crédit institutionnelle, ce qui exige que la dette reste en deça de 2,75 fois son bénéfice d’exploitation (ou de six fois en incluant les baux des magasins).

À part ce réinvestissement du capital et l’effet de la hausse de ses revenus sur les marges, Dollarama bénéficie de multiples leviers de rentabilité: la pénétration accrue (51%) des cartes de débit qui double la facture moyenne, l’acceptation prochaine des cartes de crédit qui auront le même effet, l’ajout de 307 articles à des prix de 3,50 à 4$, des fournisseurs chinois encore accommodants, une baisse de la surcharge du carburant pour le transport, et ainsi de suite, a énuméré la société tout au long de l’appel-conférence.

Pour l’instant, son projet pilote de carte de crédit indique que la facture moyenne accrue devrait compenser pour les frais de transactions imposés par les émetteurs.

Les dirigeants enjoignent tout de même les analystes de ne pas extrapoler les récentes concessions de ses fournisseurs puisque le coût des matières premières augmente, entre autres.

La facture moyenne compense pour le moins grand nombre de transactions

Dollarama a remarqué que ses clients achètent davantage à chaque visite, mais qu’ils fréquentent un peu moins le magasin.

Une facture moyenne plus élevée est plus rentable pour le détaillant qu’un client qui vient en magasin plus fréquemment, mais qui achète moins ou qui choisit les articles aux plus bas prix à chaque visite, a suggéré Mme Nattel pendant l’appel-conférence, sans être contredite par les dirigeants.

Dollarama bénéficie aussi de mesures internes pour réduire les pertes de marchandises, le décompte manuel des inventaires et les heures travaillées des employés, entre autres.

Après l’implantation du progiciel de gestion Chronos, Dollarama continue d’améliorer sa productivité en magasin avec l’ajout du wi-fi et des lecteurs mobiles de codes barres.

Elle améliore la disposition des allées, des présentoirs et même des caisses pour que les clients circulent mieux.

Même l’entretien du magasin y passe, incluant la gestion des déchets.

Toutes ces petites initiatives devraient améliorer ses marges brute et d’exploitation d’encore 0,5% en 2018.

À cela s’ajoute son tout nouveau centre de distribution moderne de 500000 pieds carrés à Lachine qui augmente de 40% sa capacité d’entreposage.

Dollarama envisage d’ériger éventuellement un centre de distribution dans l’Ouest canadien pour servir ses nouveaux magasins. D'ici 2 à 4 ans, sa capacité actuelle deviendra en effet insuffisante.

La société met aussi actuellement au point une plateforme numérique de vente en ligne pour attirer une clientèle B2B complémentaire qui désire acheter et se faire livrer des articles en plus grande quantité.

Dollarama mérite un multiple accru de 24 fois ses bénéfices parce que sa croissance élevée apparaît soutenable,croit Brian Morrison, de TD Valeurs mobilières, qui hausse son cours cible de 115 à 125$. 

Les nouveaux plans d'expansion ajoutent quatre ans à son profil de croissance pour l'étirer jusqu'à neuf ans, dit-il.

En d'autres mots, le détaillant rattrape son évaluation grâce à la force et à la flexibilité de son modèle d'affaires, à l'offre de plus de produits à des prix plus élevés et aux économies d'échelle que lui procurent ses revenus plus élevés.

"De l'extérieur, la performance de Dollarama a l'air facile, mais elle repose sur une discipline et une exécuton au quotidien. Le détaillant est particulièrement habile à rafraîchir de 25 à 30% de son assortiment chaque année", fait valoir Mme Baker.

L'autre force de Dollarama concerne sa gestion des coûts comme le démontre la baisse de 4,6% des dépenses générales et administratives en pourcentage des revenus depuis six ans.

 

À suivre dans cette section

À la une

Le relance doit être inclusive, martèle la Banque du Canada

Il y a 34 minutes | La Presse Canadienne

Tiff Macklem suggère aux entreprises d'embaucher des personnes les plus durement touchées par la pandémie.

La plupart des Canadiens sont attachés à leur viande bovine

Néanmoins, 31 % des Canadiens âgés de moins de 35 ans ont songé à éliminer le bœuf de leur alimentation.

Trucs de pro pour rendre vos employés plus actifs au boulot

Votre équipe sera plus dégourdie et productive, aura un niveau d’énergie plus élevé, et aura du plaisir à travailler.