Comment analyser les résultats des entreprises


Édition du 25 Août 2018

Comment analyser les résultats des entreprises


Édition du 25 Août 2018

[Photo: 123RF]

On me demande souvent si on ferme le bureau pendant les vacances de la construction. Il est vrai que les activités de notre entreprise tournent davantage au ralenti en juillet et en août, mais ce n'est pas le cas pour la gestion des portefeuilles de nos clients et le suivi des titres que nous possédons. En effet, la période de la mi-juillet à la mi-août en est une intense en publications de résultats financiers par les entreprises publiques nord-américaines.

C'est pourquoi un gestionnaire de portefeuille serait mal avisé de prendre des vacances pendant la traditionnelle période des vacances des Québécois. Non pas que nous soyons de nature à négocier activement après la publication de résultats financiers, mais plutôt par profond intérêt à suivre le succès des entreprises dans lesquelles nous investissons.

Quel processus suivons-nous lorsqu'une société que nous détenons publie ses résultats ?

La première chose que je soulignerais est l'importance de ne pas se laisser influencer par les manchettes telles que « Trimestre record pour la société XYZ » ou « Excellente performance financière de la part de XYZ ». Rappelez-vous que les dirigeants d'entreprises tentent toujours de présenter leurs résultats sous leur meilleur jour. En revanche, il ne faut pas non plus se laisser influencer par le fait qu'une de vos entreprises a publié des résultats inférieurs aux attentes. Le titre d'une telle entreprise subira généralement une baisse dès l'ouverture des marchés le lendemain de la publication, mais ce n'est d'ordinaire pas une raison pour paniquer et vendre. Pour notre part, nous prenons le temps d'analyser les résultats d'une société en détail avant de prendre quelque décision, en acheter davantage ou vendre.

Après avoir lu le communiqué de presse des résultats d'une entreprise, la première chose à faire est de mettre à jour la fiche fondamentale sur cette dernière. Ce faisant, nous serons en mesure de bien discerner plusieurs des éléments que nous jugeons importants dans la tendance des résultats financiers :

> Les revenus et leur taux de croissance (ou de décroissance) par rapport au même trimestre de l'exercice précédent et par rapport au trimestre précédent.

> Les bénéfices après impôts et les bénéfices par action du trimestre par rapport au même trimestre de l'exercice précédent et par rapport au trimestre précédent. Il est à souligner que nous tentons d'exclure tout élément que nous jugeons exceptionnel ou non récurrent afin de nous faire une meilleure idée de la rentabilité normalisée de la société.

> Le nombre moyen (dilué) d'actions en circulation du trimestre par rapport aux récents trimestres. Cela nous indique si la société a racheté ou émis de nouvelles actions.

> Le bénéfice d'exploitation (BAIIA, ou bénéfice avant intérêts, impôts et amortissement) et la marge d'exploitation du trimestre par rapport au trimestre de l'exercice précédent et au trimestre précédent.

> Les flux de trésorerie (cash flows) du trimestre ainsi que les flux de trésorerie par action, le tout comparé aux trimestres précédents.

> Le plus récent bilan de la société et le calcul de divers ratios d'endettement et de liquidité.

Dans chaque cas, nous tentons de voir la tendance qui se dessine depuis plusieurs trimestres : les marges sont-elles en progression ou sous pression ? La société rachète-t-elle activement ses propres actions ? Sa situation financière s'améliore-t-elle ou se détériore-t-elle ?

Une fois ce travail terminé, nous tentons d'en apprendre davantage sur les causes de ces tendances. Nous voulons connaître les explications de la direction. Une source très importante d'information réside dans les conférences téléphoniques que la grande majorité des sociétés rendent accessibles aux actionnaires et aux analystes. Nous préférons lire les transcriptions écrites de ces conférences, car c'est plus rapide que de les écouter. En outre, il est plus facile de revenir sur certains éléments qui exigent plus de détails. Ces conférences téléphoniques sont une excellente manière de bien comprendre les divers enjeux, risques et occasions auxquels fait face une entreprise et de bien saisir la stratégie des dirigeants.

Ensuite, nous lisons le document officiel qui explique les résultats du trimestre, le rapport de gestion détaillé qui a été déposé auprès des autorités financières (en anglais, on appelle ce document le MD&A, pour Management Discussion & Analysis).

Finalement, nous lisons quelques rapports d'analyse de firmes de courtage afin de nous assurer que nous n'avons rien oublié dans notre analyse. Je soulignerais toutefois que nous ne nous préoccupons pas ou très peu des recommandations et des cours cibles établis par ces firmes. Nous préférons forger notre propre opinion et faire nos propres évaluations.

À la lumière de ces résultats, nous ajustons, s'il y a lieu, nos prévisions de revenus, bénéfices et bénéfices par action pour le prochain exercice ainsi que notre évaluation du titre.

Seulement après avoir fait ce travail prendrons-nous une décision d'acheter ou de vendre.

La fixation des investisseurs sur le court terme

Dans l'analyse des résultats trimestriels d'une entreprise, il faut, à mon avis, toujours garder une perspective à long terme en tête. Très souvent, un titre réagira fortement à la hausse ou à la baisse après la publication de bénéfices légèrement supérieurs ou inférieurs aux attentes des analystes. Nous ne nous préoccupons pas trop des résultats trimestriels, mais tentons de les évaluer en fonction des perspectives à long terme de la société. Cette fixation des analystes et des investisseurs sur les prévisions trimestrielles peut souvent créer des occasions intéressantes pour les investisseurs qui pensent à long terme.

Par ailleurs, il faut toujours considérer l'ensemble des sociétés de son portefeuille, et pas seulement celles dont les résultats auront été décevants.

À long terme, les marchés boursiers suivent l'évolution des bénéfices par action des sociétés. On a beau dire que les marchés sont près de leurs sommets et qu'ils sont chers, les bénéfices des entreprises affichent une forte croissance depuis quelques trimestres. Selon Standard & Poors, au début août, 74,8 % des sociétés du S&P 500 avaient publié leurs résultats du deuxième trimestre : excluant les éléments non récurrents, ceux-ci sont en hausse de 27,2 % par rapport au même trimestre de 2017.

Ces chiffres sont certes impressionnants et témoignent d'une économie vigoureuse. Il importe néanmoins de garder la tête froide, car la réforme fiscale aux États-Unis contribue de façon sensible à la hausse des bénéfices réalisés. De notre point de vue, les perspectives de nos entreprises demeurent favorables et c'est l'esprit en paix qu'il y a quelques jours nous avons enfin pu quitter pour les vacances.

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100. Plusieurs comptes sous la gestion de COTE 100 possèdent des actions de Berkshire Hathaway.

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