Ce gestionnaire montréalais a le flair pour repérer des proies

Publié le 29/12/2017 à 13:28

Ce gestionnaire montréalais a le flair pour repérer des proies

Publié le 29/12/2017 à 13:28

Par Dominique Beauchamp

Stephen Takacsy est directeur des placements et gestionnaire de portefeuille chez Lester.

Encore une fois, Stephen Takacsy a vu juste avec ses placements hors des sentiers battus, ces PME qui composent les deux tiers du Fonds d’actions canadiennes Lester, depuis 12 ans.

Napec (NPC, 1,96$) et Pure Technologies (PUR, 8,97$) sont les deux dernières de ses entreprises à attirer des offres d’acquisitions, portant leur total à cinq en 2017... et à rien de moins que 37 depuis 2006.

Pourtant, le gestionnaire de Montréal ne cherche pas des cibles d’acquisition. Il affectionne plutôt les sociétés boudées ou méconnues dont la valeur peut faire surface, au fil de temps.

Les offres d’achat sont bienvenues - comme la cerise sur le gâteau - mais elles découlent surtout de sa façon d’évaluer ses candidates de placement comme il le faisait lorsqu’il fournissait du financement aux entreprises chez Richardson Greenshields et à la Banque Royale.

«C’est dans la niche des petites sociétés qu’on trouve nos meilleures occasions», dit-il.

Mais pour atténuer le risque, M. Takacsy privilégie les entreprises rentables peu endettées qui dégagent des revenus récurrents ou de bons flux de trésorerie.

Plusieurs disposent de liquidités excédentaires et versent même un dividende, ce qui invariablement attire aussi l’attention d’acquéreurs stratégiques ou financiers, surtout en technologie.

Dans ce créneau imprévisible, il faut une bonne dose de patience, de flexibilité et de discipline pour accumuler des actions au bon moment, en racheter quand elles chutent et enfin attendre que son cours se rapproche de sa valeur économique.

Napec et Pure

Dans une offre amicale, Oaktree Capital propose 1,95$ comptant ou 320 millions de dollars pour Napec, mais le gestionnaire croit encore qu’un acquéreur stratégique pourrait offrir jusqu’à 2-2,50$ par action pour la société dont les employés ont réparé le réseau électrique après l’ouragan Irma.


« Nous ne vendons pas nos actions de Napec malgré la prime de 44% offerte, le dépôt par la FTQ de son bloc de 17% et le feu vert du conseil »

Le plan de relance du président Pierre Gauthier, de nouveaux gros contrats et une acquisition aux États-Unis avaient attiré le regard M. Takascy. «En janvier 2017, le titre végétait à 0,88$. En novembre, l’émission à 0,97$ a été difficile à écouler et voilà qu’Oaktree offre le double. Ça démontre la valeur cachée de cette entreprise que l’on estimait à 2,50 à 3$ à moyen terme», a raconté le volubile gestionnaire.

Le gestionnaire connaissait Pure Technologies depuis un moment et a même négocié son titre en fonction des hauts et des bas de sa stratégie.

L’été dernier, M. Takacsy a racheté des actions parce que ses résultats s’amélioraient alors que le titre restait à 5$.

«Il était clair aussi que les fondateurs, deux frères septuagénaires, n’allaient pas conserver leur bloc de 12% éternellement», a expliqué le gestionnaire.

C’est finalement le partenaire de Pure dans une co-entreprise, le spécialiste américain des fuites d’aqueducs Xylem(XYL, 67,75 $US), qui offre 509M$ ou 9$ par action, soit 103% de plus que le cours en Bourse, pour mettre la main sur le spécialiste de solutions pour les fuites d’oléoducs.

«Cette offre est aussi venue beaucoup plus tôt qu’on ne l’aurait imaginée», a indiqué le financier.

Velan, la prochaine cible ?

Ce n’est sans doute qu’une question de temps avant que le chef de file mondial de la robinetterie industrielle Velan (VLN, 17,95 $) ne connaisse le même sort.

Les probabilités s’accroissent depuis le décès du fondateur Karel, le 29 septembre, à l’âge de 99 ans.

«Ses trois fils ont dépassé l’âge de la retraite depuis un moment déjà. Et il y a fort à parier que la nouvelle génération (12 petits-enfants et 15 petits-petits enfants) est moins attachée à l’entreprise familiale», répète M. Takacsy.

Entretemps, le nouveau PDG depuis deux ans redouble d’efforts pour améliorer l’efficacité des usines et toute la chaîne d’approvisionnement, tout en élaguant la vaste gamme de valves offertes.

«En avril, Emerson(EMR) a acheté Pentair Valves & Controls pour 3,9G$. Si l’on se fie au multiple payé, et à certains ajustements, Velan pourrait valoir de 26 à 30$», précise le professionnel du placement.

Deux achats récents de PME dans l’ombre

Étant donné ses placements qui s’envolent, M. Takacsy doit sans cesse redéployer les liquidités reçues.

Il a notamment ajouté à son placement dans Ten Peaks Coffee Co. (TPK, 6,60$), établie à Burnaby (Colombie-Britannique), dont il a accumulé 8% des actions depuis deux ans.

«C’est la seule société au monde à décaféiner le café de façon naturelle. Ça leur a pris des années avant de perfectionner leur procédé qui leur procure un avantage concurrentiel», dit-il.

Tim Hortons et MacDonald’s sont notamment des clients.

Le titre est peu cher dans le secteur de la consommation, arborant un multiple de 6,5 fois le bénéfice d’exploitation. La société n’a pas de dette, dégage de bons flux de trésorerie et verse un dividende de 3,7%. 

«Ses marges sont assez constantes malgré les fluctuations du prix du café et du dollar américain», précise le financier.

Le fonds Lester a aussi accumulé 5% de la torontoise Baylin Technologies (BYL, 3,08$), un fabricant méconnu d’antennes pour les cellulaires, les modems, les décodeurs, etc.

Entrée en Bourse en 2013 à prix fort (8$), la société israélienne a déménagée à Toronto en 2015. Elle vient de rapatrier son centre de recherche et de développement à Ottawa pour mettre au point ses nouveaux produits.

«Après son entrée en Bourse, la petite société a dépensé sans compter et ses résultats ont déçu. Un nouveau président a fait le ménage depuis et Baylin est redevenue rentable», raconte M. Takacsy.

Une troisième émission réalisée cette fois au cours de 2,35$ lui a procuré des fonds de 19M$ pour financer son expansion, a aussi accru le nombre d’actions en circulation libre.

Pour se diversifier et capter toute la palette de croissance, Baylin étend son marché aux stations terrestres et aux tours de transmission.

De plus grandes pointures

Le fonds de M. Takascy contient aussi un noyau de sociétés de plus grande envergure, qui stabilisent le portefeuille.

Ces derniers mois, le gestionnaire a ajouté le producteur de sucre Rogers Sugar(RSI, 6,38$) pour participer à sa diversification dans la transformation et l’exportation du sirop d’érable et le Groupe CGI (GIB.A,68,92 $) pour la réaccélération de sa croissance interne, le potentiel de contrats américains et d’autres petits achats ciblés.

Pour remplacer Veresen qui a vendu à Pembina Pipelines (PPL, 45,13$) en octobre 2017, M. Takascy a choisi le fournisseur de services à l’industrie du gaz liquide Keyera (KEY, 35,05$) pour la qualité de sa gestion, de ses actifs et de son bilan.

 


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