Bourse: 7 québécoises à cueillir dans le prochain repli

Publié le 04/10/2017 à 06:32

Bourse: 7 québécoises à cueillir dans le prochain repli

Publié le 04/10/2017 à 06:32

Par Dominique Beauchamp

Héroux-Devtek a grimpé après la recommandation de notre gestionnaire, après avoir annoncé la plus importante acquisition de son histoire. Photo: Getty

Le spécialiste des titres québécois Pierre Lussier, président de Gestion de placements Eterna, a choisi de nous présenter sept choix de titres qu'il accumulerait volontiers dans l'inévitable prochain mouvement de repli boursier en raison de leurs solides perspectives à long terme.

«Nous ne prédisons pas les corrections, mais l'expérience passée suggère qu'un mouvement baissier de 5, 10 ou même 20 % est plausible. Lorsque nos différents indicateurs nous dirons que le pire de la correction est passé, nous recommencerons à accumuler des entreprises que nous apprécions», explique le gestionnaire de Montréal.

Ces sept sociétés recoupent plusieurs des 36 critères que M. Lussier et son équipe ont élaboré au fil du temps pour dépister de bonnes candidates de placement.

Ainsi, Stella-Jones, Groupe WSP Global, Groupe Saputo et Quincaillerie Richelieu sont tous des consolidateurs systématiques et patients de leur industrie, tandis que le Groupe CGI et Héroux-Devtek font appel aux acquisitions ciblées pour compléter leur offre et nourrir leur croissance.

Ces sociétés sont toutes pilotées par des dirigeants compétents et soucieux de créer de la valeur à long terme.

Dans tous les cas aussi, les fondateurs ou les dirigeants sont d'importants actionnaires de leur société ce qui aligne leurs intérêts financiers avec ceux des investisseurs.

Toutes ces entreprises peuvent accroître leurs revenus de 5 % par année en moyenne, sans l'effet des acquisitions et dégagent des marges d'exploitation de plus de 10 %.

Pierre Lussier

Pierre Lussier, président, division actions québécoises, Gestion de placements Eterna

Héroux-Devtek (Tor., HRX, 12,85 $)
Valeur boursière : 472,0 M$
Multiple des bénéfices prévus dans 12 mois : 20,5 fois

Le fabricant de trains d'atterrissage de Longueuil a plusieurs cordes à son arc, que les investisseurs sous-estiment.

L'entreprise bénéficie de la croissance à long terme du trafic aérien de 4 à 5 % annuellement. Elle devrait aussi profiter de la recrudescence des dépenses militaires un peu partout dans le monde.

La société dirigée par Gilles Labbé est tombée dans l'oeil du géant Boeing (NY, BA, 252,41 $ US), qui lui a confié en 2013 la fabrication des systèmes complets de trains d'atterrissage de ses nouveaux Boeing 777.

«Le petit retard dans la cadence de production de ces nouveaux appareils n'aura été qu'une poche d'air. La crédibilité de Boeing et la volonté des donneurs d'ordre de diversifier leurs fournisseurs sont deux facteurs plus importants à long terme», soutient le gestionnaire du fonds Composé Québec Eterna.

Héroux-Devtek veut porter de 34 à 45 % le contenu de propriété intellectuelle de ses produits d'ici 2020, pour capter de meilleures marges.

La société complète sa gamme de produits aéronautiques et se diversifie géographiquement en acquérant d'autres fabricants choisis soigneusement, tels que la britannique AAPH en 2014.

Elle peut doubler son ratio d'endettement pour sauter sur une occasion.

Enfin, la nouvelle vague de consolidation de son industrie fait d'Héroux-Devtek une excellente cible pour les acquéreurs à moyen terme, croit le gestionnaire.

Intertape Polymer (Tor., ITP, 18,49 $)
Valeur boursière : 1,1 G$
Multiple des bénéfices prévus dans 12 mois : 16,3 fois

Le fabricant méconnu de rubans adhésifs et de films industriels est deuxième en Amérique du Nord, derrière le géant 3M (MMM, $ US), avec une part de marché de 22 à 25 %.

Reprise par le fils du fondateur, Gregory Yull, en 2010, l'entreprise de Ville de Saint-Laurent veut devenir un acteur mondial.

«M. Yull a complètement transformé la société, qui est maintenant première ou deuxième dans toute la gamme de ses 1 800 produits. La rentabilité a aussi pris le pas sur les ventes et les parts de marché», évoque M. Lussier.

Les investissements dans l'ajout de capacité visent dorénavant un rendement d'au moins 15 %.

Son plan de match consiste à améliorer la productivité des usines tout en migrant vers des produits à valeur ajoutée plus rentables, tels que les rubans activés par l'eau ou ceux utilisés dans le secteur médical, ou encore vers le commerce en ligne.

Déjà, sa marge d'exploitation a grimpé de 6 à 15 %.

Le fabricant complète sa croissance interne avec des acquisitions, souvent des entreprises familiales courtisées pendant plusieurs années, dans un marché encore fragmenté.

Depuis avril 2015, l'entreprise a bouclé quatre acquisitions totalisant 136 M$.

«À court terme, une hausse de certains coûts d'approvisionnement et un concurrent irrationnel dans une division affaiblissent un peu les marges, mais dans trois ans, l'entreprise vaudra plus qu'aujourd'hui», précise M. Lussier.

Une croissance interne de 5 % des revenus et deux ou trois achats par année se conjugueront pour donner de bons rendements à moyen terme.

La société a assaini son bilan et a rétabli une politique de dividende, soit la moitié des bénéfices, en 2012. Elle rachète aussi ses actions.

Groupe CGI (Tor., GIB.A, 63,05 $)
Valeur boursière : 14,2 G$
Multiple des bénéfices prévus dans 12 mois : 15,5 fois

Les technologies de l'information ne croissent pas plus vite que l'économie, mais en misant sur les spécialités les plus en demande, Groupe CGI tire bien son épingle du jeu.

L'entreprise de Serge Godin a complété 55 % de son plan de match, qui visait à doubler ses revenus à 20 G$ entre 2015 et 2022.

M. Lussier apprécie aussi la culture de l'entreprise, où 80 % des employés sont actionnaires. En témoigne le faible taux de roulement du personnel qui, à 12 %, est la moitié de celui de l'industrie.

La croissance interne de 3 % des revenus est modeste, mais la société, aujourd'hui dirigée par l'Américain George Schindler, veut fouetter sa performance en faisant migrer ses ressources vers la numérisation, l'automatisation, l'analyse de données, l'informatique en nuage et la cybersécurité.

Ce virage, qui entraînera 1 600 mises à pied et l'embauche de milliers d'employés un peu partout dans l'organisation, coûtera 165 M$ avant impôts, au cours de la prochaine année.

CGI accélère ce virage en acquérant du savoir-faire dans des marchés ciblés. Cette année, elle a déboursé plus de 300 M$ pour quatre transactions aux États-Unis. Elle vient aussi de mettre la main sur le spécialiste finlandais de l'analyse de données et d'intelligence d'affaires Affecto.

La société rachète aussi régulièrement de ses actions, comme un récent bloc de 300 M$ appartenant à la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Stella-Jones (Tor., SJ, 48,09 $)
Valeur boursière : 3,3 G$
Multiple des bénéfices prévus dans 12 mois : 19,3 fois

M. Lussier a une grande confiance dans les dirigeants exceptionnels et dans la stratégie de discipline du fournisseur de poteaux et de traverses de bois Stella-Jones.

L'entreprise, qui consolide son industrie en Amérique du Nord, a déjà complété les deux tiers de son plan d'affaires. Celui-ci vise des revenus de 2 à 2,5 G$.

«Nous préférons de loin les dirigeants qui nous parlent du fonctionnement de leur entreprise et de leurs plans plutôt que de discuter du cours de leur action. C'est ce que tout bon dirigeant devrait faire», soutient le spécialiste des titres québécois.

La croissance interne de Stella-Jones lui vient du cycle de remplacement de ses deux principaux produits, et l'entreprise y greffe des acquisitions.

«Le cycle de remplacement des poteaux offre plus de potentiel, tandis que celui des traverses dégage de meilleures marges», explique le gestionnaire.

Le distributeur croit pouvoir renouer avec ses marges historiques de 15 % d'ici la fin de 2018, une fois qu'un surplus de traverses aura été absorbé.

Le bois de construction est devenu une nouvelle source de revenus grâce, entre autres, à la bonne forme du détaillant Home Depot, mais ce créneau croît peu et est moins rentable que les deux autres.

Stella-Jones devrait avoir atteint ses objectifs lorsqu'elle aura 60 % du marché des poteaux et 55 % de celui des traverses. Il lui reste quelques cibles d'acquisitions à se mettre sous la dent pour y arriver, croit M. Lussier.

«Ensuite, si les dirigeants ne veulent pas sortir de l'Amérique du Nord, Stella-Jones pourra gonfler son dividende puisque son exploitation générera des flux de trésorerie excédentaires de 175 à 185 M$ par année», dit-il.

Groupe WSP Global (Tor., WSP, 51,80 $)
Valeur boursière : 5,4 G$
Multiple des bénéfices prévus dans 12 mois : 16,8 fois

En tant que guichet unique de services en génie-conseil, Groupe WSP Global profite de la manne mondiale des infrastructures que les gouvernements ont trop longtemps négligées.

En même temps, le groupe peut s'appuyer sur sa gestion décentralisée pour continuer l'acquisition en série d'autres cabinets de professionnels, grâce notamment à l'appui financier de la Caisse de dépôt.

«La vente croisée des différents savoir-faire dans tout le réseau de bureaux se déploie bien, tandis que la structure éclatée garde les cadres locaux engagés financièrement dans la réussite de tout le groupe», explique M. Lussier.

L'entreprise aujourd'hui dirigée par Alexandre L'Heureux peut offrir une croissance interne des revenus de 3 à 5 %, à laquelle s'ajoute la contribution des acquisitions.

L'objectif de revenus de 6 G$ US en 2018 est réalisé à 82 %. «Il faudra voir la suite, car il y a encore de la place pour consolider», estime M. Lussier.

Le ratio d'endettement actuel, de 1 fois le bénéfice d'exploitation, donne à WSP les moyens de poursuivre ses acquisitions puisqu'elle s'est fixé un ratio maximum de 2,5 fois.

«Nous serions prêts à tolérer une dette qui atteint 3,5 fois le bénéfice d'exploitation si la hausse des flux de trésorerie d'un achat le justifiait», précise le gestionnaire.

Seule ombre au tableau : M. Lussier souhaiterait que le nouveau PDG détienne plus d'actions. M. L'Heureux possède 20 380 actions, tandis que le président du conseil, Pierre Shoiry, en détient 642 194 .

Groupe Saputo (Tor., SAP, 42,51 $)
Valeur boursière : 16,5 G$
Multiple des bénéfices prévus dans 12 mois : 19,1 fois

Plusieurs aspects du mode de fonctionnement du Groupe Saputo plaisent à M. Lussier.

D'abord, l'entreprise de la famille éponyme préfère être un transformateur de lait rentable plutôt que de trôner au premier rang de tous ses marchés.

La multinationale mise aussi sur la qualité et la variété de ses produits et de ses services et non pas sur les bas prix.

De plus, les dirigeants mettent surtout l'accent sur l'optimisation des procédés de fabrication pour améliorer les rendements.

Ainsi, Saputo a réussi à relever de 50 % la rentabilité de l'américaine Morningstar Foods, après son achat au coût de 1,45 G$ US, en 2013.

Le financier aime aussi la persistance des dirigeants quand ils dénichent une cible de grande valeur stratégique. Il cite en exemple l'achat laborieux de l'australienne Warrnambool Cheese & Butter Factory Co.

Après s'être «cassé la gueule» en Europe il y a 11 ans, le transformateur a raffiné sa stratégie et ne vise que des marchés dotés d'infrastructures adéquates d'où il peut ensuite exporter. Il donne l'exemple du tremplin vers l'Asie que lui offre l'Australie.

«L'idée est d'avoir une infrastructure mondiale qui lui permet d'offrir ses produits dans différents marchés, indépendamment des traités de libre-échange», soutient le financier.

Le vaste marché du Brésil intéresse les dirigeants, mais pas aux prix actuels, qui sont encore trop élevés, croit M. Lussier.

Un achat en Europe est probable si Saputo trouve un transformateur diversifié à bon prix sur le vieux continent.

Pour doubler ses revenus à 20 G$, Saputo devra bien sûr dénicher d'autres achats. Elle en a les moyens puisque son ratio d'endettement d'une fois le bénéfice d'exploitation peut tripler.

Entretemps, la société rachète aussi ses actions.

Quincaillerie Richelieu (Tor., RCH, 30,64 $)
Valeur boursière : 1,8 G$
Multiple des bénéfices prévus dans 12 mois : 23,3 fois

M. Lussier ne tarit pas d'éloges à l'endroit du distributeur de quincaillerie architecturale Quincaillerie Richelieu et de son président, Richard Lord.

La stratégie est claire comme de l'eau de roche et l'exécution est exemplaire grâce à une gestion décentralisée.

«Il est possible que le grossiste double ses revenus à 1,7 G$ d'ici 10 ans, la moitié aux États-Unis», avance M. Lussier.

Le marché offre un potentiel de 300 cibles d'acquisitions, bien que M. Lord reste attentif au prix qu'il paie.

L'entreprise a déjà consolidé le marché de l'est des États-Unis et se déplace vers l'ouest pour ses prochaines cibles, souvent des entreprises familiales qui n'ont pas de relève.

«M. Lord courtise patiemment les grossistes qu'il veut acquérir en offrant parfois aux propriétaires de conserver le bâtiment de leur commerce en tant que source de revenus», raconte M. Lussier.

Sans dette, l'entreprise est également un répartiteur de capital hors pair qui rachète régulièrement ses actions et majore son dividende.

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