Banques: doit-on se préparer au pire?

Publié le 15/05/2020 à 09:45

Banques: doit-on se préparer au pire?

Publié le 15/05/2020 à 09:45

Par Dominique Beauchamp

Les grandes banques canadiennes dévoileront les résultats de leur deuxième trimestre du 26 au 29 mai, les premiers à offrir un aperçu des dommages économiques de la COVID-19 sur les prêts.

La Banque Nationale (NA, 51,82$) et la Banque Scotia (BNS, 50,55 $) ouvrent le bal le 26 mai tandis que la Banque Laurentienne (LB, 28,41$) et la Canadian Western Bank (CWB, 19,67$) fermeront la marche le 29 mai.

Un élément attire toute l’attention des analystes qui y consacrent tout leurs derniers rapports: les réserves que mettront de côté les banques pour les mauvaises créances.

Le grand écart entre les prévisions reflète l’énorme incertitude que fait peser la crise pandémique sur les travailleurs et l’économie.

Quatre analystes consultés prévoient une chute spectaculaire de 37% à 82% des bénéfices pour les six plus grandes banques à cause d’une explosion des provisions pour pertes sur prêts.

Même si les estimations divergent énormément, les analystes s’entendent pour dire que les banques ont l’habitude de se constituer des provisions rapidement afin d’éviter de susciter le doute chez les investisseurs lors de récessions, évoque Doug Young de Desjardins Marché des capitaux.

Depuis 2018, les normes comptables IFRS 9 les y obligent, si bien que ces provisions seront nettement plus hâtives que lors de la crise financière de 2009 et de la chute du pétrole de 2016, explique Sumit Malhotra de Banque Scotia.

«C’est un équilibre délicat que de prendre des réserves avant la détérioration potentielle des prêts tout en conservant une certaine flexibilité financière», ajoute-t-il.

Les banques récupèrent parfois une partie des réserves constituées si les pertes s’avèrent moins pires que prévu, rappellent aussi les analystes.

Mario Mendonca, de TD Valeurs mobilières, augmente pour la deuxième fois depuis le mois de mars ses estimations des provisions en raison de la détérioration des soldes impayés des cartes de crédit par les banques américaines. Quatre banques canadiennes y ont pignon de rue.

De plus, le récent recul des prix des autos usagées est de mauvais augure pour les prêts automobiles aux particuliers et pour les prêts aux concessionnaires, dit-il.

Malgré tout, l’analyste soutient que les provisions des banques canadiennes seront nettement moins élevées que celles de leurs cousines américaines. Les portefeuilles de prêts canadiens contiennent plus d’hypothèques résidentielles et les pratiques comptables diffèrent aussi des deux côtés de la frontière, soutient-il.

M. Mendonca prévoit que les provisions atteindront 68 points de pourcentage de l’ensemble des prêts au Canada, soit trois fois moins que la proportion de 185 points de pourcentage dévoilée par les banques américaines pour leur premier trimestre.

«Nous posons aussi l’hypothèse que les banques canadiennes continueront d'augmenter les provisions au cours des prochains trimestres, mais dans une moindre mesure qu’au deuxième trimestre», prévoit cet analyste.

Étant donné la difficulté de faire des prévisions de bénéfices qui vaillent, M. Mendonca évalue les banques en fonction de leur valeur comptable au lieu de l'habituel cours-bénéfices, depuis le mois de mars. Cette mesure s’était avérée utile lors de la crise financière, dit-il.

Ses cours-cibles misent sur un rétablissement des affaires des banques l’an prochain. En conséquence, il recommande toutes les banques qu’il voit rebondir de 29% en moyenne d’ici un an.

Chez Desjardins Marché des capitaux, Doug Young prévoit un recul de 44% en moyenne des bénéfices à cause de la hausse des provisions et du rétrécissement des marges d’intérêt. La réduction des dépenses devrait par contre aider.

Ses cours-cibles laissent aussi entrevoir un regain de 14 à 28% pour les huit banques canadiennes.

Gabriel Dechaine de la Financière Banque Nationale a presque doublé à 109 points de pourcentage les provisions qu'il prévoit, ce qui porte à 42% la chute des bénéfices prévus. «Les investisseurs s'intéresseront le plus au capital propre, abstraction faite des mesures de soutient sur les prêts du gouvernement fédéral, pour avoir le meilleur portrait de la situation», dit-il.

À leur évaluation actuelle, soit de 10 fois les bénéfices projetés en 2021, les banques ne sont pas particulièrement bon marché. Il faudra sans doute voir les prêts douteux plafonner avant que leurs titres s'apprécient à nouveau, croit l'analyste.  

Un portrait plus sombre

Darko Mihelic, de RBC Marchés des capitaux, est nettement plus pessimiste. Il estime que les banques ont octroyé des prêts de 544 milliards de dollars à des industries ou à des particuliers «à risque», soit le quart de leur portefeuille.

L’analyste s’attend donc à ce que les provisions totales pour pertes sur prêts quintuplent à 11,9 G$ par rapport au premier trimestre.

Dans un scénario de déconfinement graduel, le deuxième trimestre devrait être le pire en ce qui concerne les provisions sur les prêts encore performants. En revanche, les provisions pour les prêts douteux augmenteront jusqu’au quatrième trimestre, prévient-il.

«Le trimestre jettera de nouvelles bases pour évaluer le niveau des capitaux propres des banques. Certaines pourraient choisir d’émettre des actions d’ici un an par l’entremise des plans de réinvestissement des dividendes», dit-il.

Darko Mihelic juge qu’il est encore trop tôt pour sauter sur les titres bancaires bien qu’ils échangent à un multiple similaire à celui du creux de janvier 2009, soit 1,2 fois la valeur comptable.

Aux investisseurs plus fonceurs dont l’horizon de placement est éloigné, l’analyste suggère la Banque TD (TD, 55,23$) qu’il juge mieux capitalisée.

Dans l’ordre, ses autres choix sont la Banque Nationale, la Banque Scotia, la Banque CIBC (CM, 79,76$) et la Banque BMO (BMO, 63,13$).

«Si la COVID-19 ne provoque pas un deuxième confinement et que la sévère récession n’endommage pas trop la capacité bénéficiaire des banques, leur évaluation actuelle est attrayante», indique l’analyste de RBC.

Il craint toutefois que les capitaux propres des banques souffrent de l’effet de la récession jusqu’au deuxième trimestre de 2021.

Pour sa part, Martin Roberge, stratège quantitatif de Canaccord Genuity, attribue le retard des titres bancaires par rapport à l'indice S&P/TSX depuis le début de l’année à la peur que les mauvaises créances soient bien pires cette fois-ci à cause de l’endettement très élevé des sociétés avant la COVID-19.

Si le risque d’une forte rechute des banques lui semble faible, il n’est pas exclu que les banques continuent de tirer de l’arrière sur l’indice.

«Il est possible que les banques reculent plus vite que le marché dans un nouveau mouvement de recul ou qu’elle ne remontent pas autant que l’indice dans un rebond comme on l’observe depuis la fin de mars», précise son collègue Guillaume Arseneau.

Si les banques creusaient à 30% leur écart de performance par rapport à l’indice, comme ce fût le cas lors de récessions précédentes, leurs titres pourraient prendre un retard d’encore 10%.

M. Roberge accorde aux banques une place inférieure à leur pondération dans l’indice dans sa répartition de portefeuille.

Voici les prévisions de bénéfices de base de RBC

Bénéfices/Variation/Consensus

 

Banque Royale/1,50$/-31,0%*

Cdn Western Bank/2,28$/-62,7%

Banque Scotia/0,51$/-69,9%

Banque Nationale/0,44$/-70,8%

Banque TD/0,34$/-80,4%

Banque Laurentienne/0,14$/-87,3%

Banque BMO/0,21$/-91,1%

Banque CIBC/0,01$/-99,6%

 

* prévisions de Desjardins

 


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