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L’économie américaine ralentira-t-elle?

Morningstar|09 juin 2023

L’économie américaine ralentira-t-elle?

La Fed devra baisser les taux d’intérêt pour éviter une chute plus grande dans le secteur du logement et finir par générer un rebond. (Photo: 123RF)

 

Avec une inflation qui a déjà beaucoup baissé et en l’absence d’une récession, nous sommes convaincus que l’économie américaine peut faire un atterrissage en douceur avec une politique monétaire intelligente. Nous voyons une probabilité d’environ de 39 à 40% d’une récession officielle, mais si elle se produit, elle sera de courte durée.

Nous demeurons également optimistes sur la croissance du produit intérieur brut à long terme. Nous projetons que la croissance du PIB commencera à rebondir pendant la deuxième moitié de 2024 alors que la Réserve fédérale américaine commencera à assouplir sa politique monétaire.

Nous avons réduit légèrement nos prévisions de croissance pour 2024, car nous nous attendons à un resserrement de la croissance du crédit bancaire alors que les banques resserreront leurs conditions de prêt. Néanmoins, ce développement ne va pas paralyser l’économie.

 

Nous maintenons que l’inflation devrait chuter en 2023

Nos prévisions d’inflation ont légèrement augmenté par rapport au mois dernier, mais la situation demeurera la même: nous nous attendons toujours à une chute drastique de l’inflation d’ici la fin de 2023 et en 2024. Dans les années suivantes, nous pensons que la Réserve fédérale américaine (Fed) restera à un niveau plus bas que sa cible de 2%. Cette situation est provoquée par un rythme de croissance économique plus lent en raison du resserrement de la Fed. Nous pensons que l’inflation chutera à 3,5% en 2023 et ne sera en moyenne que de 1,8% de 2014 à 2027.

Nos prévisions sont très différentes de la vision dite «consensuelle». Bien que le consensus se soit fait en partie sur le caractère «transitoire» de l’inflation, nous pensons toujours que la plupart des sources récentes d’une inflation élevée verront leur impact s’atténuer au cours des prochaines années, provoquant une pression déflationniste. Les domaines concernés sont l’énergie, l’automobile et d’autres biens durables.

Même si l’inflation devait subsister plus longtemps que prévu, nous pensons que la Fed s’acquittera de sa tâche, mais ce scénario demandera un ralentissement économique plus sévère (donc déflationniste).

 

Nous pensons que les taux d’intérêt vont bientôt redescendre

Selon nous, la baisse de l’inflation préparera la Fed à un retour à une politique d’assouplissement d’ici la fin de 2023.

La Fed devra baisser les taux d’intérêt pour éviter une chute plus grande dans le secteur du logement et finir par générer un rebond. Cela devrait permettre à la croissance du PIB d’accélérer de nouveau de 2024 à 2026, comme prévu.

Fort rebond du PIB au T3 avec une résolution des problèmes précédents

Nous sommes optimistes sur la croissance américaine et nous attendons à une croissance cumulative réelle du PIB plus élevée de 4 à 5% par rapport au consensus.

À court terme, cette différence est dictée par notre vue selon laquelle la chute de l’inflation permettra à la Fed de baisser les taux et de relancer l’économie. À plus long terme, nous sommes plus optimistes sur une expansion de l’offre, que ce soit du côté de la main-d’œuvre ou de celui de la productivité.

Notre vision optimiste du PIB jusqu’en 2027 par rapport à la vision consensuelle est en grande partie causée par nos attentes en matière de main-d’œuvre. Nous pensons que la participation de la population active (ajustée selon la démographie) sera relancée d’un taux supérieur à ceux d’avant la pandémie. Une disponibilité d’emplois plus grande attirera les travailleurs précédemment découragés, alors que le consensus s’attend à ce que la participation de la population active ait du mal à atteindre les niveaux prépandémiques.

 
Malgré la vulnérabilité de certains domaines, l’immobilier commercial a peu de chances de s’effondrer violemment

Ceux qui ont peur d’une crise bancaire plus générale ont souvent mentionné l’immobilier commercial comme un secteur préoccupant. Une raison à cela est que ce secteur est concentré sur les banques plus petites (celles qui ne comptent pas parmi les 25 premières), qui détiennent environ 67% de tous les prêts immobiliers commerciaux. Toutefois, le risque de crédit qui existe dans l’immobilier commercial semble être facilement gérable. Le total des investissements américains dans les structures non résidentielles au sein du PIB s’est situé en plein dans les normes historiques d’avant la pandémie, et a en fait eu tendance à légèrement diminuer depuis. Il n’y a donc pas une quantité importante de structures non résidentielles en général, ce qui présente un contraste frappant avec le surcroît de constructions des années 2000.

Dans le domaine de l’immobilier commercial, les immeubles de bureaux sont ceux qui présentent la plus grande vulnérabilité, en raison de l’adoption persistante du travail à domicile par les cols blancs. Néanmoins, même aux taux prépandémiques (2019), la construction de bureaux ne représentait que 13% des investissements non résidentiels, soit à peine 0,4% du PIB américain.

 

Il n’y a pas de crise à l’horizon, mais les banques vont réduire les prêts

Conformément aux perspectives de notre équipe de recherche sur les actions bancaires pour 2023, nous ne nous attendons pas à une crise dans ce secteur. Les problèmes qui ont causé la chute de Silicon Valley Bank, de Signature et de First Republic ont été de nature idiosyncrasique.

La cause ultime des sorties de fonds dans le système bancaire est le gouffre béant entre les taux de dépôt payés par les banques et ceux qui étaient payés par d’autres placements à court terme (c’est-à-dire les fonds du marché monétaire), qui pistent le taux des fonds fédéraux.

On ne devrait pas oublier que l’accroissement léthargique des taux de dépôt aide les banques à se diriger vers des pics cycliques de marge bénéficiaire nette et de profitabilité générale. Comme nous l’avons soulevé dans nos prévisions bancaires, une inversion moyenne de profitabilité à leur pic n’est vraiment pas une raison de paniquer.

Certes, une certaine incertitude règne sur la limite maximum éventuelle des coûts de financement des banques. La réponse des déposants ordinaires à des différentiels de rendements attrayants est autant causée par des facteurs psychologiques que par des calculs rationnels. Même avec la pause de la Fed sur les hausses de taux, nous nous attendons bel et bien à ce que les taux de dépôt se mettent à grimper, mais ce comportement de fin de cycle n’est pas inhabituel. Nous pensons aussi que les pertes de crédit dans l’immobilier commercial et dans d’autres domaines devraient être gérables.