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Femmes et argent : des inégalités loin d’être éradiquées

Hélène Gagné|Édition de la mi‑avril 2019

EXPERTE INVITÉE. Trois études récentes sur les femmes et l'argent imposent un même constat : nous avons ...

EXPERTE INVITÉE – Trois études récentes sur les femmes et l’argent imposent un même constat : nous avons encore du chemin à parcourir.

Comment les femmes prennent-elles leurs décisions financières ?

Une grande majorité des femmes entretiennent le même rapport avec l’argent, et ce, qu’elles vivent en Asie, en Europe, au Brésil ou aux États-Unis. Voilà ce qui ressort d’un sondage réalisé par UBS Global Wealth Management auprès de 3 700 femmes à actif élevé(1). Mariées, divorcées ou veuves : UBS a voulu comprendre comment les femmes prennent leurs décisions financières.

Tout comme chez nous, la plupart des femmes planifieraient à court terme : les dépenses et le budget. Quand vient le temps des décisions stratégiques à long terme, la majorité des femmes en couple s’en remettent au conjoint ; les milléniales (20-34 ans) encore plus que celles des générations précédentes. Elles lui délèguent la planification financière et la gestion des placements sous prétexte qu’il en connaît plus, gagne plus ou qu’elles ont d’autres responsabilités plus urgentes, à moins qu’elles n’y soient carrément pas intéressées. Pas étonnant que 74 % des divorcées ou des veuves disent regretter leur absence d’implication, car elles seraient aujourd’hui mieux préparées à gérer leurs propres affaires.

Selon UBS, les jeunes femmes ne considèrent pas leur santé financière comme un facteur déterminant dans leur bien-être global. À moins que les deux conjoints s’engagent à partager les responsabilités des décisions financières à long terme, cette situation pourrait perdurer encore plusieurs générations conclut l’analyse.

L’impact réel du revenu annuel inférieur des femmes

Merril Lynch et Age Wave ont calculé l’an dernier l’impact réel du revenu annuel inférieur des femmes par rapport à celui des hommes aux États-Unis : pas sur un an, mais à long terme. Cet écart cumulatif est de 1 055 000 $ US(2).

Pour établir le Cumulative Pay Gap, l’étude a comparé la situation d’hommes et de femmes touchant le revenu médian. On y a observé qu’en moyenne, 44 % des femmes américaines se retirent du monde du travail au cours de leur vie adulte, comparativement à 28 % chez les hommes. Lorsqu’elles le font, c’est surtout pour prendre soin de leurs enfants, des parents ou du conjoint. Cette décision des femmes repose sur une éducation genrée et les valeurs qui accordent la priorité à leur famille qui en est issue. Il en résulte entre autres des défis financiers majeurs (voir graphique).

Le simple fait que les femmes américaines vivent en moyenne cinq ans de plus que les hommes les obligent à accumuler davantage pour financer ces années et assumer plus longtemps les coûts liés à la santé.

Par ailleurs, l’étude a un chaînon manquant, reconnaissent ses auteurs : les wealth escalators, qui permettent d’améliorer sa situation financière au-delà du revenu. Ils incluent les avantages sociaux consentis par les employeurs, des avantages fiscaux qui viennent des choix de carrière et des promotions souvent plus accessibles aux hommes qu’aux femmes.

Ces écarts dans leur carrière, combinés aux périodes de retrait du marché du travail, font en sorte que les femmes arrivent à la retraite avec un capital et des revenus de pension moindres, aussi bien de leur employeur que du gouvernement.

La longévité des femmes et les écarts de richesse les obligent à trouver des solutions qui leur permettront non seulement de bâtir leur bien-être financier, mais de le faire en respectant leurs valeurs, tout en tenant compte du bottom line. Cela passe d’abord par une plus grande ouverture à discuter de leurs enjeux financiers spécifiques et par un intérêt à développer pour l’investissement.

Au Canada, qui sont les femmes actives et les mieux rémunérées ?

Statistique Canada a relevé ce qui distingue les Canadiens ayant les revenus les plus élevés de ceux de la population en général. Le profil sociodémographique des contribuables faisant partie de la tranche de revenu supérieur de 1 % (270 900 $ ou plus en 2015 selon les données les plus récentes) révèle que même aux échelons supérieurs, les femmes ont encore du chemin à parcourir(3). Voici pourquoi :

> Les femmes comptent seulement pour 20 % des Canadiens dans la tranche du 1 %.

> Elles sont plus scolarisées et atteignent ce niveau de revenu plus jeunes que les hommes.

> Bien que plus scolarisées, ces femmes de la tranche du 1 % ont un revenu médian de 362 000 $ par rapport à 393 000 $ chez les hommes. Leur revenu moyen est 493 000 $ contre 638 000 $.

> Parmi elles, une sur cinq travaille dans le domaine de la santé, généralement comme médecin.

> Elles sont moins nombreuses à vivre en couple et 1,5 fois plus susceptibles d’être divorcées. Aussi, les mères seules sont trois fois plus nombreuses que les pères seuls.

> Ces femmes ont moins d’enfants : 42 % n’en ont pas (38 % chez les hommes). Celles qui en ont trois ou plus comptent pour 11 % par rapport à 15 % chez les hommes.

> Le tiers d’entre elles habitent à Toronto ou à Montréal ; les grands centres financiers.

> Les minorités visibles y sont peu représentées : une femme sur sept. Parmi les Autochtones, il n’y en a qu’une sur cent.

Enfin, Statistique Canada a constaté que les femmes de la tranche du 1 % consacrent légèrement moins d’heures par semaine à leur travail rémunéré. Cet écart est plus marqué, soit environ cinq heures, pour celles vivant en couple et/ou ayant des enfants. Ces dernières consacrent donc en moyenne 42 heures par semaine à leur carrière. Vous conviendrez avec moi que c’est quand même beaucoup d’heures avant d’entreprendre ce qu’elles appellent souvent leur deuxième quart de travail…

Sources

(1) UBS Global Wealth Management, sondage réalisé entre 2017 et 2019. Actif à investir minimum requis des répondantes : 250 000 $ pour les femmes divorcées ou veuves et 1 000 000 $ pour celles vivant en couple. Lien : www.ubs.com/investorwatch

(2) Merrill Lynch et Age Wave, Women and Financial Wellness: Beyond the Bottom Line, 2018

(3) Elizabeth Richards, Qui sont les femmes actives de la tranche de revenu supérieure de 1 % au Canada ?, Statistique Canada, 2019

EXPERTE INVITÉE
Hélène ­Gagné, F.Adm.A., est gestionnaire de portefeuille chez ­Gestion privée ­Gagné ­Johnston (Valeurs mobilières ­PEAK), ainsi que planificatrice financière et conseillère en sécurité financière chez ­Gagné, ­Morin & ­Associés ­MTL inc.