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Comment Pékin prépare un «démantèlement contrôlé» d’Evergrande

AFP|Mis à jour le 16 avril 2024

Comment Pékin prépare un «démantèlement contrôlé» d’Evergrande

Le groupe Evergrande, qui croule sous une ardoise d'environ 260 milliards d'euros, se débat depuis plusieurs mois pour honorer ses paiements d'intérêts et ses livraisons d'appartements. (Photo: 123RF)

Pékin — L’État chinois prépare une délicate restructuration d’Evergrande, au moment où le poids lourd de l’immobilier, ultra endetté, peine à rembourser ses créanciers.

 

Qu’arrive-t-il à Evergrande?

Le groupe, qui croule sous une ardoise d’environ 260 milliards d’euros, se débat depuis plusieurs mois pour honorer ses paiements d’intérêts et ses livraisons d’appartements. 

En cause: un durcissement réglementaire décrété l’an dernier par Pékin dans le secteur immobilier pour réduire le recours à l’emprunt et donc l’endettement.

Evergrande se retrouve depuis à court de liquidités pour maintenir ses activités à flot.

Des investissements tous azimuts et parfois hasardeux (tourisme, loisirs, numériques, voiture électrique…), quand ses finances le permettaient, expliquent également la situation précaire d’Evergrande.

Le 6 novembre, le groupe aurait dû s’acquitter d’un remboursement de 82,5 millions de dollars américains (73,1 millions d’euros). Il disposait d’un délai de grâce d’un mois supplémentaire, qui a pris fin mardi. 

Certains créanciers n’ont toujours pas été remboursés, selon l’agence Bloomberg, ce qui place le groupe en défaut de paiement.

 

En quoi est-ce important?

En septembre, la firme avait admis pour la première fois qu’elle ne pourrait peut-être pas honorer tous ses engagements. 

Malgré plusieurs échéances manquées, Evergrande était jusque là toujours parvenu à rembourser in extremis ses créanciers.

Mais à l’approche du paiement de mardi, Evergrande avait tiré la sonnette d’alarme en fin de semaine dernière. 

Son fondateur, le milliardaire Xu Jiayin, avait été convoqué par les autorités de la province du Guangdong (sud), où le groupe a son siège. Et les autorités ont dépêché à la tête d’Evergrande un groupe de travail «pour superviser la gestion des risques». 

Certains analystes estiment que la mesure a marqué le début de la restructuration de l’entreprise, qui prendra probablement des années.

 

Quelles conséquences?

Evergrande dit employer 200 000 personnes et peser indirectement sur 3,8 millions d’emplois en Chine. Toute faillite aurait des conséquences catastrophiques pour l’économie chinoise, mais également sur le plan social avec un risque d’agitation.

Voilà pourquoi, «l’État chinois est sérieusement impliqué dans la gestion de la situation», souligne à l’AFP l’analyste Shehzad Qazi, du cabinet d’études China Beige Book.

Pour l’heure, Pékin n’est pas prêt à mettre la main à la poche pour sauver le groupe.

En revanche, de nombreux actifs seront cédés pour trouver des liquidités, prévient l’analyste Chen Long, du cabinet Trivium à Pékin et spécialisé dans l’économie.

Le pouvoir communiste va s’atteler à un «démantèlement contrôlé» d’Evergrande, veut croire M. Qazi.

 

Quel impact économique?

L’immobilier et la construction pèsent plus du quart du PIB de la Chine et servent de locomotive à bien d’autres secteurs, comme l’acier ou l’ameublement.

Les déboires d’Evergrande entraînent une crise de confiance auprès d’acheteurs potentiels.

Ces derniers mois, les ventes et les prix des biens immobiliers s’affichent en repli dans de nombreuses villes chinoises.

La plupart des analystes jugent toutefois peu probable pour Evergrande un scénario à la «Lehman», car les marchés ont anticipé ces difficultés.  

À l’inverse, la faillite en 2008 de la banque d’affaires américaine avait précipité la planète dans la pire crise financière depuis 1929. Une crise économique avait suivi.

 

Quid des autres promoteurs?

À ce contexte s’ajoutent des difficultés d’accès au crédit. 

Résultat, au moins une dizaine de promoteurs peinent ou sont dans l’incapacité de rembourser des emprunts. 

Sunshine 100 a manqué dimanche un versement de 170 M$US (150,6 millions d’euros), ainsi que des intérêts. 

Kaisa, l’un des groupes immobiliers les plus endettés, aurait dû s’acquitter mardi d’un remboursement de 400 M$US. 

Sur 10,2 G$US (9 milliards d’euros) d’obligations étrangères non remboursées cette année par des emprunteurs chinois, 36% concernent des boîtes immobilières selon l’agence Bloomberg.

 

Y a-t-il des précédents?

La situation d’Evergrande présente des similitudes avec celles du conglomérat chinois HNA, un géant du tourisme et de l’aviation.

Ultra-endetté après des acquisitions à l’étranger, le mastodonte privé avait déclenché en janvier une procédure de faillite.

HNA possède une compagnie aérienne et a été un temps l’un des plus gros employeurs de Chine.

La justice a récemment approuvé la division du groupe en quatre entités, sans que cela n’ébranle les marchés.