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Les gagnants du passé sont-ils ceux du futur ?

Philippe Leblanc|Édition de la mi‑avril 2019

Les gagnants du passé sont-ils ceux du futur ?

EXPERT INVITÉ – La performance du S&P 500, au cours des 10 dernières années, a été en bonne partie alimentée par une dizaine de titres de grandes sociétés.

Sur les 17 % de rendement annuel du S&P 500, les 10 titres en question sont responsables d’un peu plus de 4,0 %, soit près de 23,6 % du rendement total du marché. Apple, qui a le plus contribué à cette performance, a fourni à lui seul 2 %, soit plus de 10 % du gain de l’indice en une décennie.

Deux facteurs expliquent ce phénomène. D’une part, bien sûr, les titres de ces sociétés ont connu une performance boursière exceptionnelle.

Plus important encore, un indice comme le S&P 500 est pondéré en fonction de la capitalisation de chaque entreprise qui le compose (market-cap weighted). Plus un titre a une capitalisation élevée, plus son poids est important et plus il contribue aux rendements d’un indice (positivement ou négativement). Or, une société telle qu’Apple a une capitalisation boursière de 842 milliards de dollars américains, d’où sa contribution exceptionnelle au rendement de l’indice.

Pour un investisseur, la question est de savoir à quel point ces entreprises pourront contribuer aux rendements des indices boursiers dans les prochaines années. Pour ma part, j’hésite toujours à investir dans des méga-entreprises dont la capitalisation boursière se chiffre en centaines de milliards de dollars. Comment des entreprises de cette taille peuvent-elles continuer de créer de la valeur au même rythme que par le passé ?

Treize titres ont à un certain moment représenté un pourcentage élevé de l’indice S&P 500 (voir le tableau ci-dessus). Par exemple, en pourcentage, IBM a fait partie des 10 plus importants titres du S&P 500 pendant 25 des 28 dernières années (1980-2017). C’est toutefois en 1985 que son poids dans l’indice a atteint un sommet, à 6,37 %.

Quel a été le rendement annuel composé de chacun de ces titres au cours des 10 années qui ont précédé et qui ont suivi celle où son poids dans l’indice a atteint un sommet ? Par exemple, le titre d’IBM a enregistré un rendement annuel (tous les rendements excluent les dividendes) de 10,7 % au cours des 10 années qui ont précédé 1985, ce qui représente une surperformance de 1,9 % par rapport au S&P 500 pour la même période. Puis, pour les 10 années qui ont suivi 1985, son rendement annuel composé a été de -5,2 %, soit une sous-performance de 16,5 %.

Il est à mon avis très éclairant de constater que la performance de pratiquement tous les titres recensés (la seule exception est Royal Dutch) durant les 10 ans qui ont précédé le moment où leur poids relatif a atteint un sommet, a surperformé l’indice. En revanche, dans chacun des cas, la performance qui a suivi ce moment a été nettement inférieure à l’indice. J’en conclus ceci :

> Il est difficile pour les titres des plus grandes sociétés de continuer de surperformer les marchés à long terme.

> Il y a une composante importante de «popularité» derrière les poids élevés de certains titres. Ces temps-ci, par exemple, les investisseurs sont attirés par les titres de grandes sociétés technologiques telles qu’Apple, Microsoft et Amazon. Ce phénomène me fait penser aux titres très populaires des années 1960, les «Nifty Fifty».

Pensez-y. Pour enregistrer un rendement annuel composé de 10 % au cours des quelque sept prochaines années, il faudrait que la valeur d’Amazon ou d’Apple double à près de 1,65 billion de dollars. Est-ce réaliste ?

Je n’affirme pas que les marchés boursiers ne performeront pas bien dans les prochaines années. Ce que je dis est qu’il est à mon avis improbable que, dans dix ans, ces mêmes titres soient toujours les locomotives des rendements boursiers.

EXPERT INVITÉ
Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur  de la Lettre financière COTE 100.