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Les craintes de récession pèsent sur les titres des banques

Jean Gagnon|Édition de la mi‑septembre 2022

Les craintes de récession pèsent sur les titres des banques

(Photo: 123RF)

La BOUSSOLE BOURSIÈRE est une rubrique qui traite d’un événement marquant et de son effet sur le marché boursier en s’appuyant sur l’analyse d’experts. Cette analyse pourra être autant fondamentale que technique.


(Illustration: Camille Charbonneau)

 

Les plus récents résultats trimestriels des grandes banques canadiennes, publiés il y a quelques semaines, n’ont pas semblé enthousiasmer les analystes, pas plus que les investisseurs.

Pourtant, ces titres montrent souvent de bonnes performances en deuxième moitié d’année, rappelle Gabriel Dechaine, analyste à la Financière Banque Nationale. De fait, les banques ont mieux performé pour cette période que l’ensemble du marché boursier canadien dans 60% des cas depuis 20 ans. Mais ce ne sera pas le cas cette année, selon lui. «Bien que l’évaluation actuelle des titres bancaires semble peu chère, avec un ratio cours/bénéfice au bas de sa fourchette historique, cette évaluation demeure à risque compte tenu de la probabilité d’une récession», écrit-il dans un récent rapport. Ce ratio, qui se situe généralement entre 10 et 12 fois, est maintenant en bas de 10 fois, estime-t-il.

Les cours des actions des banques incluent déjà une bonne part de mauvaises nouvelles, croit Doug Young, analyste chez Desjardins. Mais pour atteindre des niveaux plus élevés, il faudra peut-être attendre encore un bon moment, selon lui. «La performance des titres des sociétés financières n’est généralement pas très bonne lorsqu’on approche de la fin d’un cycle économique. Dans le contexte actuel, il est donc difficile de croire à une expansion notable du multiple d’évaluation pour l’instant», écrit-il.

 

Provisions pour pertes

Si les derniers résultats trimestriels des six grandes banques ont quelque peu déçu, c’est que celles-ci ont toutes augmenté leurs provisions pour pertes, ce qu’elles faisaient pour la première depuis six trimestres. Rappelons que les banques avaient inscrit à leurs états financiers de grosses provisions à l’arrivée de la pandémie, créant alors de lourdes pertes sur papier. Mais depuis un an et demi, elles reversaient chaque trimestre une partie de ces provisions, ce qui avait comme effet d’augmenter les bénéfices.

Tenant compte de ces provisions pour pertes, les bénéfices d’exploitation des six grandes banques au troisième trimestre ont été de 14 milliards, soit 5 % de moins qu’au même trimestre de l’année précédente, estime Sohrab Movahedi, analyste chez BMO Marchés des capitaux. Les provisions pour pertes montrent bien que les dirigeants des banques estiment que les indicateurs économiques sont maintenant moins favorables à la croissance économique et à une augmentation du volume d’affaires des banques, selon lui.

 

 

Marchés de capitaux

Les résultats du dernier trimestre ont montré une forte résilience des opérations bancaires auprès des individus et des entreprises grâce à une solide croissance des prêts et d’une expansion des marges, autant sur la scène canadienne qu’internationale, explique l’analyste de la BMO. Toutefois, cette bonne performance du secteur a été en partie annihilée par un recul important des bénéfices provenant des opérations sur les marchés des capitaux, notamment l’arbitrage, les nouvelles émissions et les frais de conseils. De même pour tout le secteur de la gestion de patrimoine, qui a dû composer avec la faiblesse des marchés boursiers et obligataires. Conséquemment, Sohrab Movahedi se dit plus prudent en ce qui concerne les perspectives de revenus des banques, ce qui l’amène à réduire ses cours cibles, entre autres pour la CIBC et la Banque Nationale (NA, 91,66 $). De plus, l’analyste décote une des banques, soit la Scotia (BNS, 71,82 $), qui passe de «surperformance»à «performance égale au marché».

 

L’analyste technique

Les cours des actions des six grandes banques canadiennes évoluent généralement dans la même direction, mais avec des sommets et des creux parfois différents. C’est pourquoi l’analyse de la tendance du titre de la Banque Royale (RY, 126,92 $) vaut aussi pour celles des autres banques, explique Monica Rizk, analyste senior pour les Publications Phases & Cycles.

Le cours de l’action de la plus grande banque canadienne se retrouve aujourd’hui à un niveau déterminant, selon elle. Après une remontée spectaculaire qui a vu le titre doubler en moins de deux ans à partir du creux causé par les craintes de récession liées à la pandémie, le titre subissait un recul important jusqu’à la mi-juin.

Toutefois, le titre a alors connu un rebond intéressant lui permettant de s’approcher de sa moyenne mobile de 200 jours, laissant ainsi croire que la tendance allait peut-être s’inverser. Mais la reprise n’a pas tenu et le titre est retourné tester son creux précédent, soit autour de 120 $. «Ce niveau constitue maintenant un support très important qui ne doit pas être enfoncé, car il indiquerait que la tendance à la baisse est toujours bien en place», dit Mme Rizk.

Pour que les investisseurs retrouvent un certain optimisme envers le titre, il faudrait maintenant que celui-ci se stabilise et se refasse une base entre 125 $et 135 $de laquelle il pourra éventuellement retrouver une tendance soutenue à la hausse, estime l’analyste. Mais il faudra probablement quelques mois avant nous soyons fixés, selon elle.