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À surveiller: Couche-Tard, Air Canada, et Gildan

Dominique Beauchamp|Mis à jour le 16 avril 2024

À surveiller: Couche-Tard, Air Canada, et Gildan

Le retour des voyageurs s’accélère pour Air Canada, ce qui améliore les perspectives à court terme, mais une récession potentielle l’an prochain et la hausse du cours du carburant tempèrent celles de 2023. (Photo: Getty Images)

Que faire avec les titres d’Alimentation Couche-Tard, Air Canada et Vêtements de sport Gildan? Voici quelques recommandations d’analystes susceptibles de faire bouger les cours prochainement. Note: l’auteur peut avoir une opinion totalement différente de celle exprimée.

 

Alimentation Couche-Tard (ATD, 53,38$): des résultats solides, mais les coûts augmentent

Dans une note préliminaire Irene Nattel, de RBC Marchés des capitaux, se montre satisfaite des résultats du quatrième trimestre bien qu’ils soient inférieurs à ses prévisions, à divers égards.

Le bénéfice ajusté par action a augmenté de 6% à 0,55 $ US par action, soit trois cents de plus que le consensus, mais sept cents de moins que ses estimations.

«Les résultats reflètent les forces fondamentales d’Alimentation Couche-Tard dans une conjoncture exigeante marquée par l’inflation et la hausse du prix de l’essence aux États-Unis et les dislocations en Europe», écrit-elle.

Les profits bruts en magasins exprimés en dollars ont augmenté de 4,7%, un taux conforme à ses attentes, mais les ventes par magasins comparables et les marges par segment présentent un portrait plus mixte.

De plus, le volume d’essence vendu a baissé dans tous les marchés. Le recul aux États-Unis a été de 1,7%, à cet égard. Les marges sur l’essence à la pompe ont nettement surpassé les prévisions en Amérique du Nord, mais en Europe les «dislocations» causées par la guerre en Ukraine ont été plus importantes que prévu.

L’analyste attribue l’écart entre ses prévisions et les bénéfices au bond de 18% des coûts d’exploitation globaux incluant les services publics en Europe. Toute la structure de coût subit les pressions inflationnistes alors que la société réinvestit dans son réseau et en marketing. Résultat: le bénéfice d’exploitation de 1,1 milliard de dollars américains est inchangé alors qu’Irene Nattel avait prévu qu’il atteindrait 1,24 G$ US.

«Couche-Tard reste très centrée sur l’exécution de sa stratégie qui vise à faire croître les ventes par dépanneurs comparables et les marges pour atteindre la cible de bénéfice d’exploitation de 5,1 milliards de dollars américains en 2023 avec l’aide de marges sur l’essence à la pompe élevées», précise l’analyste de RBC.

Avec l’aide des marges élevées sur l’essence à la pompe, la société a réalisé la portion «interne» de son engagement à doubler son bénéfice d’exploitation à 5,1 G$ US, un an plus tôt que prévu, signale-t-elle.

La question clé pour les investisseurs, qui risque de dominer la téléconférence de ce matin, concerne la capacité de la société à maintenir ces gains face à la poussée de l’inflation des coûts, au bond des prix de l’essence à la pompe alors qu’une récession possible se pointe, concède Irene Nattel. Elle réitère que la société dispose de la taille, les économies d’échelle et le savoir-faire en approvisionnement pour rafler des parts de marché à ses rivales.

D’ailleurs, la société hausse son dividende de 25% et rachète activement de ses actions. Après avoir éliminé 1,9 G$ US de ses actions en 2022, la société a déjà racheté 429 M$ US de ses actions à ce jour en 2023.

Irene Nattel souligne les autres marques de succès de 2022: le rendement de l’avoir des actionnaires de 21,8% et le rendement sur le capital investi de 15,4%. Le bilan reste aussi en bonne posture. La dette nette équivaut à 1,39 fois le bénéfice d’exploitation, malgré l’ampleur des rachats d’actions.

Avant la téléconférence matinale, l’analyste ne touche pas à sa recommandation d’achat ni à son cours cible de 77 $.

L’action de Couche-Tard est inchangée depuis le début de 2022 alors que l’indice S&P/TSX a perdu 9,4%.

 

Air Canada (AC, 17,30 $): une reprise pleine de trous d’air

Air Canada (AC, 17,30 $): une reprise pleine de trous d’air

Le plus récent rapport de Konark Gupta de Banque Scotia, reflète bien le casse-tête que représente Air Canada pour les investisseurs.

Le retour des voyageurs s’accélère, ce qui améliore les perspectives à court terme, mais une récession potentielle l’an prochain et la hausse du cours du carburant tempèrent celles de 2023.

Ses nouvelles hypothèses abaissent le cours cible de 31 à 26 $, soit 4,25 fois le nouveau bénéfice d’exploitation de 3,5 milliards de dollars prévu en 2024 (réduit par 8%), au lieu du multiple précédent de 4,5 fois. Le cours cible moyen s’établit à 28,86 $.

Essentiellement, Air Canada devrait en 2024 avoir retrouvé 97% du bénéfice d’exploitation réalisé en 2019, avant la pandémie.

Ses prévisions pour la marge d’exploitation, les flux de trésorerie disponibles, le rendement du capital investi et le ratio d’endettement sont légèrement inférieures aux orientations fournies par le transporteur aérien, précise aussi l’analyste.

Ses nouvelles prévisions misent toujours une amélioration du bénéfice d’exploitation et des flux disponibles en 2023 dans un scénario étiré de reprise qui tient compte du fort bond du prix du carburant. Il émet l’hypothèse que la récession serait légèrement pire que celles de 2003 et de 2009, mais nettement moins sévère que celle de la pandémie pour le transporteur.

Au final, Konark Gupta estime que le titre d’Air Canada mérite au minimum une évaluation similaire à celle de ses semblables américains parce que ses bénéfices ont de bonnes chances de croître en 2023 en raison de la demande refoulée pour les voyages. Il concède toutefois que la hausse des taux d’intérêt et des prix des billets d’avion pourraient rendre les consommateurs moins dépensiers.

L’action d’Air Canada a le même cours qu’au plancher boursier de 2020, à la suite d’une rechute 18% ce jour en 2022.

 

Vêtements de sport Gildan (GIL, 37,26$): le fabricant de t-shirts peut gérer le recul de 30% du cours du coton

Vêtements de sport Gildan (GIL, 37,26$): le fabricant de t-shirts peut gérer le recul de 30% du cours du coton

Chris Li, de Desjardins Marché des capitaux s’est entretenu avec des dirigeants de Gildan et d’autres acteurs de l’industrie des t-shirts, des sous-vêtements et des chaussettes afin d’établir comment le nouveau recul de 30% du prix du coton pourrait affecter les perspectives du fabricant.

Premièrement, l’effet ne se fera pas sentir en 2022 puisque le programme de couverture de Gildan stabilise ses coûts d’achat du coton. D’ailleurs, le fabricant prévoit hausser ses prix de vente au début de juillet.

En ce qui a trait à 2023, Chris Li estime que la baisse du cours du coton tempérera le besoin pour tous les fabricants d’avoir à relever encore plus leur prix de vente afin de refiler l’inflation de l’ensemble des coûts.

Il est toutefois possible que les fabricants, incluant Gildan, offrent des promotions ponctuelles l’an prochain si nécessaire au lieu d’abaisser leurs prix de vente de base. Cette mesure serait moins coûteuse que d’avoir à offrir de gros rabais aux grossistes pour compenser la dévaluation forcée de leurs stocks si les prix de base baissaient.

«C’est une importante distinction puisque les promotions ponctuelles auront moins d’effet sur les marges brutes (de Gildan) que des rabais aux grossistes», explique Chris Li.

Le tour d’horizon de l’analyste révèle aussi que les grossistes en t-shirts et chandails ne demandent pas de réduction de prix pour l’instant malgré le recul du cours du coton et les achats moins vigoureux de la part des entreprises qui utilisent les t-shirts et chandails comme outils de marketing.

Les rivaux de Gildan ne semblent pas non plus réduire leurs prix. «C’est signe que l’industrie reste rationnelle en dépit du contexte inflationniste et des perturbations de la chaîne d’approvisionnement», indique l’analyste de Desjardins.

La volatilité du cours du coton ne pose donc pas de risque à la rentabilité de Gildan à court terme, mais Chris Li surveille tout de même le ralentissement observé dans les commandes de la part des entreprises et des grands détaillants, depuis le début de mai.

Le 4 août, Gildan pourrait donner un aperçu des tendances de la demande dans ses différents points de vente lors du dévoilement des résultats du deuxième trimestre.

Au final, le coup de sonde ne justifie pas de modifier la recommandation d’achat ni son cours cible de 55 $ pour Gildan. Après une chute de 32% en Bourse depuis janvier 2022, le titre se négocie à un multiple de 9,4 fois le bénéfice prévu par rapport à la moyenne de 15 fois à long terme.

L’action incorpore déjà une réduction possible de 19% des bénéfices par rapport au consensus actuel de 3,09 $ US par action pour les douze prochains mois, selon les calculs de Chris Li.

Jusqu’à ce que ces perspectives s’éclaircissent, le titre continuera de fluctuer, prévoit-il.