La «bataille de notre vie», c’est le climat, pas la COVID-19

Publié le 16/07/2021 à 17:49

La «bataille de notre vie», c’est le climat, pas la COVID-19

Publié le 16/07/2021 à 17:49

Une voiture est coincée dans le canal situé dans la zone piétonne de Bad Muenstereifel, le 16 juillet 2021, dans l'ouest de l'Allemagne, après de fortes pluies qui ont frappé certaines parties du pays, provoquant des inondations généralisées. (Photo: Getty Images)

ANALYSE ÉCONOMIQUE — Au début de la pandémie, le premier ministre François Legault affirmait que la COVID-19 constituait «la plus grande bataille de notre vie». Si cette crise a eu un impact majeur sur l’économie et nos vies, la prochaine crise en gestation est bien plus redoutable, parce qu’elle sera très longue et qu’il n’y aura pas de vaccin pour nous sauver —seulement des efforts concertés et très ambitieux.

Il s’agit bien entendu des changements climatiques, qui s’accélèrent et qui nous affectent de plus en plus, et ce, des citoyens aux entreprises en passant par les écosystèmes qui nous rendent des services écologiques inestimables, comme la production d’eau et d’oxygène.

Sans minimiser l’impact de la pandémie qui a tué plus de 11 000 personnes au Québec, le réchauffement de la Terre représente à terme une bien plus grande menace, et il se fait déjà sentir.

Mais sommes-nous prêts à faire des sacrifices de l'ampleur de ceux que nous avons dû faire pour limiter la propagation de la COVID-19? Sommes-nous prêts à taxer très fortement le carbone ou à réduire drastiquement notre consommation de viande, dont la production émet beaucoup de gaz à effet de serre? 

Chose certaine, les émissions mondiales de GES continueront d’augmenter, après avoir légèrement reculé en 2020 en raison de la mise sur pause de l’économie mondiale.

La crise écologique —qui n’a pas pris de pause, elle— se poursuivra donc.

Inexorablement.

L’été dernier, des feux forêts ont ravagé la Californie, provoquant des scènes dignes du dernier film Blade Runner 2049 du cinéaste québécois Denis Villeneuve, avec un ciel ocre en plein jour à San Francisco.

Tout récemment, en juin, une vague de chaleur sans précédent a frappé la Colombie-Britannique, avec un mercure qui a même atteint les 49,6 degrés Celsius, le 30 juin, dans la petite ville de Lytton.

En Europe, cette semaine, des intempéries ont provoqué des crues historiques, dévastant l’ouest de l’Allemagne et le sud Belgique, en plus de tuer au moins 120 personnes, sans parler des centaines de personnes portées disparues.

 

À l'été 2020, la Californie —ainsi que l’Oregon et l’État de Washington, sur la côte ouest— étouffait en raison des feux de forêt, à commencer par San Francisco. (Photo: Getty Images)

Ambitions politiques et économiques recherchées

Nul besoin de vous rappeler ce qu’il faut faire pour espérer limiter le réchauffement de la Terre à moins de 2 degrés Celsius par rapport au début de l’ère industrielle: il faut décarboner massivement et très rapidement l’économie et les transports —avec des réductions de GES d'au moins 50% d’ici 2030.

C'est dans neuf ans!

Et, si nous sommes vraiment sérieux (les gouvernements, les entreprises, les citoyens), nous devrons davantage miser sur une révolution énergétique que sur une transition énergétique pour y arriver.

Car, même si les émissions mondiales de CO2 sont freinées, les effets du réchauffement, qui sont déjà graves, s’accéléreront, selon un projet de rapport des experts climat de l'ONU rendu public en juin.

Bref, nos efforts collectifs visent avant tout à limiter la dégradation de notre environnement, du moins durant ce siècle, car le carbone a une durée de vie d’environ 100 ans dans l’atmosphère.

Faisons un petit calcul mental: le carbone que vous émettrez en 2021 restera dans l’atmosphère jusqu’en 2121…

Dans ce contexte, il faut arrêter d’écouter le discours de certains leaders politiques et économiques qui affirment qu’il faut avoir des cibles de réduction d’émissions réalistes.

Voici deux exemples concrets pour illustrer l'irresponsabilité d'un tel discours, qui fait en plus fi des principes de base en gestion des risques.

Si vous êtes dans une embarcation qui coule tranquillement et qu’il faut pomper 50 litres d’eau pour se rendre à bon port afin d’éviter le naufrage, eh bien, il faudra à tout prix pomper 50 litres d'eau et non pas 37.

C’est la même chose pour une entreprise en difficulté financière: si elle doit générer 50 millions de dollars de nouvelles liquidités pour éviter la faillite (en réduisant ses coûts et en augmentant ses revenus), eh bien, elle devra en générer 50 M$ et non pas 37.

 

L'Union européenne trace la voie à suivre

Au chapitre des efforts requis, il y a de l'espoir —restons positif et optimiste malgré tout.

Dans le monde, l’Union européenne est l’entité politique qui a vraiment compris toute la mesure du défi climatique auquel nous faisons face.

Elle vient de se doter d’une nouvelle loi climatique qui porte l’objectif de réduction des émissions en 2030 de 40% à au moins 55%. Et, avec la contribution des nouveaux puits de carbone, l’objectif pourrait passer à 57%.

L’UE ne s’est pas dotée d’une cible réaliste.

Elle s’est dotée de la cible nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques mondiaux, soit de réduire les émissions de GES de 50% d’ici 2030 afin de limiter le réchauffement planértaire à moins de deux degrés Celsius.

Bref, l’Union européenne s’est arrangée pour pomper 50 litres d’eau dans son embarcation.

Point.

Les analyses Zoom sur le Québec et Zoom sur le monde font relâche jusqu'au samedi 21 août. 

 

 

 

 

 

À propos de ce blogue

Dans son analyse bimensuelle Zoom sur le Québec, François Normand traite des enjeux auxquels font face les entrepreneurs aux quatre coins du Québec, et ce, de la productivité à la pénurie de la main-d’œuvre en passant par la 4e révolution industrielle et les politiques de développement économique. Journaliste à Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en ressources naturelles, en énergie, en commerce international et dans le manufacturier 4.0. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il fait un MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. François connaît bien le Québec. Il a grandi en Gaspésie. Il a étudié pendant 9 ans à Québec (incluant une incursion d’un an à Trois-Rivières). Il a été journaliste à Granby durant trois mois au quotidien à La Voix de l’Est. Il a vécu 5 ans sur le Plateau Mont-Royal. Et, depuis 2002, il habite sur la Rive-Sud de Montréal.

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