COVID-19: oubliez le business as usual une fois la crise terminée

Publié le 21/03/2020 à 08:45

COVID-19: oubliez le business as usual une fois la crise terminée

Publié le 21/03/2020 à 08:45

ANALYSE ÉCONOMIQUE – Business as usual. On entend déjà certains analystes dire que les choses vont revenir comme avant une fois que la pandémie sera terminée. Oubliez ça: nous vivons une crise sanitaire, sociale et économique d’une amplitude inédite depuis un siècle qui changera notre économie et la vie de nos entreprises.

L’onde de choc de la pandémie de coronavirus dans le monde donne tout simplement le vertige.

Des centaines de millions de personnes sont confinées à leur domicile. Les économies se contractent. D’innombrables travailleurs perdent leur emploi ou voient leurs heures réduites. Des entreprises sont sur le bord de la faillite. Et la pression est immense sur les services de santé.

Ce vendredi 20 mars, on comptait dans le monde pas moins de 266 000 personnes ayant été infectées par le coronavirus, dont 11 150 en sont mortes, selon le site John Hopkins Coronavirus Resources Center.

L’épidémie semble sous contrôle en Chine (le pays d'origine du coronavirus), mais aussi dans d’autres pays comme le Japon et la Corée du Sud, souligne le Financial Times. En revanche, l’Europe est devenue l’épicentre de la pandémie, tandis que les cas progressent toujours en Amérique du Nord, incluant le Québec qui s'en tire relativement bien pour l'instant.

L'heure est grave. La chancelière allemande Angela Merkel a même déclaré cette semaine que l’Allemagne est confrontée «à la pire crise depuis la Seconde Guerre».

Cette crise se compare en effet à des cataclysmes comme la Première Guerre mondiale, la pandémie de la grippe espagnole en 1918-1919, la Dépression des années 1930 ainsi que la Deuxième Guerre mondiale.

Or, toutes ces crises ont provoqué des changements majeurs, et ce, de l'émancipation des femmes à la création de systèmes de santé modernes en passant par la naissance des programmes sociaux et la mise en place d’institutions communes pour maintenir la paix dans le monde.

La présente pandémie de coronavirus aura donc aussi des impacts significatifs sur notre vie, à commencer par celle des entrepreneurs et des dirigeants d’entreprises.

#1 - Vous ne voyagerez plus de la même façon

Si les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis ont renforcé les mesures de sécurité pour prendre l’avion, la pandémie de coronavirus devrait aussi contribuer à renforcer notamment les mesures sanitaires dans les aéroports pour éviter une nouvelle pandémie un jour.

Personne ne veut revivre ce cauchemar.

Personne.

Aussi, à l’aéroport Montréal-Trudeau, il ne serait pas surprenant de voir par exemple apparaître un jour des caméras thermiques pour identifier les voyageurs faisant de la fièvre.

On peut aussi imaginer un système permanent où les dirigeants d’entreprises devraient signaler automatiquement aux autorités publiques, une fois revenus d’un voyage d’affaires, toute manifestation de symptômes apparentés à la grippe.

Cette mesure s’appliquerait aussi aux touristes et à l’ensemble des Québécois.

#2 - Vous devrez renforcer l’hygiène dans votre organisation

La pandémie de coronavirus a probablement sonné le glas de l’époque où des employés malades rentraient au bureau ou à l’usine pour travailler, en côtoyant leurs collègues tout en contaminant une partie d’entre eux.

La pression sociale sera forte pour assurer la sécurité des environnements de travail, même pour le virus régulier de la grippe.

Les employeurs devront donc en être plus conciliants avec leurs employés qui appelleront pour dire qu’ils sont malades et qu’ils travaillent dans la maison, si du reste leur état le permet. Bien entendu, certains employés abuseront du système.

Pour autant, les gains surpassent de loin les inconvénients.

La présence de distributeurs de gels désinfectants à l’entrée des bureaux, des organismes publics ou des usines deviendra aussi sans doute la norme.

Des pays asiatiques comme Singapour, le Japon ou la Corée du Sud peuvent être des sources d’inspiration. La culture de la prévention des épidémies y est très développée, car l’Asie a été historiquement le berceau de plusieurs épidémies.

À Hong Kong, par exemple, des ascenseurs dans certaines tours à bureaux sont désinfectés systématiquement plusieurs fois par jour grâce à des jets automatisés de vapeur (quand l'ascenceur est vide).

Nous sommes à des années-lumière de telles pratiques en Amérique du Nord.

#3 - Préparez-vous à l’explosion du télétravail

Au Québec seulement, des centaines de milliers de personnes font du télétravail depuis un peu plus d'une semaine, et ce, en raison la consigne de confinement décrété par le gouvernement Legault afin de limiter la propagation du coronavirus.

Et, à moins d’une surprise de taille, les personnes qui travaillent de la maison devront le faire encore pour des semaines avant que l’épidémie soit sous contrôle et que l’on assiste à une décroissance du nombre de personnes infectées.

Or, plusieurs personnes prennent goût actuellement au télétravail, car il facilite la conciliation travail-famille. Imaginez quand les écoles rouvriront et que les parents pourront travailler tranquillement et plus efficacement à la maison.

Dans ce contexte, on voit mal comment tous ces gens qui travaillent de leur domicile renonceront du jour au lendemain aux avantages du télétravail. Certes, beaucoup seront heureux de revenir au bureau, mais ils voudront sans doute de la flexibilité.

C’est écrit dans le ciel: dans un contexte de pénurie de la main-d’œuvre, les employeurs qui feront preuve d’ouverture et faciliteront le télétravail recruteront plus facilement de nouveaux employés, en plus de les garder plus longtemps.

(Photo: Getty Images)

#4 - Vous devrez accélérer votre transformation numérique

La pandémie de coronavirus affecte différemment l’ensemble des entreprises.

Alors que plusieurs sociétés ferment leur porte en raison de la chute de la demande et du confinement, d’autres réussissent quand même à maintenir leurs activités comme les secteurs de la finance, du droit ou de l’ingénierie.

Bien entendu, des activités ou des services sont par leur nature même difficiles à produire ou à livrer à distance, à commencer par la restauration, la fabrication, la construction, le divertissement ou l’événementiel.

Cela dit, le statu quo n’est plus vraiment une option.

Plusieurs entreprises devront se creuser les méninges pour trouver une manière de poursuivre leurs activités ou de livrer leurs services à distance (en totalité ou en partie) grâce aux technologies actuelles et émergentes.

On peut imaginer par exemple des chaînes de montage qui peuvent être opérées à distance ou des spectacles qui peuvent être présentés en personne ou à distance (avec des tarifs modulés selon la formule).

Peut-être les restaurants ou les cafés résilients de demain seront ceux qui pourront à la fois servir leurs clients en personne ou à distance.

Une nouvelle crise dans l'avenir ne doit plus jamais paralyser l'économie comme en ce moment.

Jamais.

#5 - Vous devrez envisager le «juste-au-cas-où»

La gestion de la production en juste-à-temps est de plus en plus répandue dans les entreprises. C’est compréhensible, car elle permet de réduire les coûts de gestion des stocks et d’entreposage, sans parler d’une certaine tranquillité d’esprit.

Or, la pandémie du coronavirus vient ébranler ce paradigme.

C’est difficile à entendre, mais c’est la dure réalité: les nouveaux virus risquent d’être plus fréquents dans les prochaines décennies en raison du réchauffement climatique, de la déforestation et de la proximité accrue entre les humains et les animaux exotiques, disent les spécialistes en santé publique.

Aussi, mieux vaut prévenir que guérir, en envisageant l’approche du «juste-au-cas-où» dans la gestion de votre production.

Ainsi, sans se remettre à stocker systématiquement et à construire de nouveaux entrepôts, plusieurs entreprises garderont sans doute davantage de pièces, d'équipements ou de produits finis en réserve.

Elles deviendraient donc plus autonomes en cas de défaillance d’un fournisseur stratégique ou, pis encore, de la rupture partielle, voire totale, de leur chaîne d’approvisionnement.

Il va sans dire que le juste-au-cas-où aurait avantage à être combiné à une saine diversification géographique des fournisseurs, avec par exemple un fournisseur en Asie et en Amérique du Nord.

La pandémie de coronavirus affecte la plupart des entreprises au Québec.

Et les entrepreneurs devront faire preuve de patience et de résilience d’ici la fin de cette crise, qui pourrait durer encore des semaines, voire des mois, selon le premier ministre François Legault.

Mais il faut rester optimiste, car il y aura une fin à ce tsunami économique et un retour graduel à une certaine normalité, comme on peut le constater dans les économies développées de l’Asie.

L'appui financier des gouvernements aidera aussi des entreprises à résister à la tempête.

Toutefois, une fois l’accalmie revenue, beaucoup de choses auront changé ou seront appelées à changer dans notre façon d’imaginer notre sécurité et de faire rouler l'économie.

Il faut simplement commencer à le réaliser dès maintenant afin de s’y préparer.

Allez, on ne lâche pas, on va passer au travers!

 

 

À propos de ce blogue

Dans son analyse bimensuelle Zoom sur le Québec, François Normand traite des enjeux auxquels font face les entrepreneurs aux quatre coins du Québec, et ce, de la productivité à la pénurie de la main-d’œuvre en passant par la 4e révolution industrielle et les politiques de développement économique. Journaliste à Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en ressources naturelles, en énergie, en commerce international et dans le manufacturier 4.0. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il fait un MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. François connaît bien le Québec. Il a grandi en Gaspésie. Il a étudié pendant 9 ans à Québec (incluant une incursion d’un an à Trois-Rivières). Il a été journaliste à Granby durant trois mois au quotidien à La Voix de l’Est. Il a vécu 5 ans sur le Plateau Mont-Royal. Et, depuis 2002, il habite sur la Rive-Sud de Montréal.

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