Automatisons comme nous vaccinons: très rapidement!

Publié le 22/05/2021 à 09:01

Automatisons comme nous vaccinons: très rapidement!

Publié le 22/05/2021 à 09:01

(Photo: 123RF)

ANALYSE ÉCONOMIQUE — Pas une semaine ne passe sans qu’un entrepreneur ou un analyste n’affirme qu’il faut plus de bras pour réduire l’impact de la pénurie de main-d’œuvre. Or, non seulement le bassin de travailleurs va-t-il encore s’atrophier, mais cette obsession des bras est une fausse bonne idée. Mieux vaut automatiser les entreprises, et très rapidement.

J’entends déjà l’objection selon laquelle l’automatisation détruit des emplois.

En fait, elle permet avant tout de réduire l’intensité en main-d’œuvre dans une organisation, de confier les tâches plus valorisantes et à valeur ajoutée à des humains, et de faire des gains de productivité.

Or, une meilleure productivité est synonyme d’une meilleure compétitivité pour nos entreprises face à la concurrence étrangère, ici comme à l’étranger.

Permettez-moi de partager une anecdote qui changé ma façon de voir les choses en ce qui a trait à l’automatisation.

La scène se passe à Shanghai, en avril 2011, lors d’un reportage en Chine.

À un moment donné, j’ai dû acheter une nouvelle brosse à dents. Je me retrouve donc à la pharmacie du coin, devant l’étalage de brosses à dents. J’en ai finalement trouvé une avec le logo… «Made in Germany»!

Je pouvais acheter en Chine une brosse à dents fabriquée en Allemagne, alors que la plupart de celles vendues dans les pharmacies du Québec à l’époque étaient fabriquées en Chine…

Cette anecdote m’a conduit un an plus tard en Allemagne, et ce, afin de comprendre le secret de la grande compétitivité des entreprises allemandes. Le secret du pays des exportateurs: l’automatisation et, aujourd’hui, le manufacturier intelligent ou 4.0.

Un entrepreneur allemand (qui fabriquait des contenants en plastique), qui avait déjà visité des usines au Québec, m’avait alors confié qu’il y avait «trop de bras» dans les entreprises québécoises.

Trop de bras.

Revenons maintenant à la pénurie de main-d’œuvre.

Cette statistique devrait faire réfléchir Québec inc. et les PME de la Gaspésie à l’Abitibi-Témiscamingue, et nous rappeler que la société québécoise est très vieillissante.


Le bassin des travailleurs potentiels diminuera

Au cours des 10 prochaines années, le bassin des travailleurs potentiels âgés de 15 à 64 ans au Québec va fondre de 40 000 à 56 000 personnes (-0,8% à -1%), tandis que celui de l’Ontario augmentera de près de 525 000 personnes (+5,3%).

Luc Godbout, professeur en fiscalité à l’Université de Sherbrooke, et Suzie St-Cerny, chercheure à la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke, rappellent cette dure réalité dans une analyse publiée en avril par l’Institut de recherche en politiques publiques.

Aussi, ceux et celles qui croient que l’immigration, la formation de travailleurs qualifiés et l’intégration des groupes éloignés du marché du travail — tels que les personnes handicapées — seront une panacée rêvent en couleur.

Ces mesures atténueront certes l’impact de la pénurie de main-d’œuvre (non qualifiée et spécialisée), mais elles ne seront pas un «game changer», pour reprendre une expression anglaise consacrée.

Il faut plutôt accélérer l’automatisation et la transformation numérique des entreprises (incluant le manufacturier intelligent ou 4.0), et ce, en se donnant des cibles et des échéanciers clairs.

(Photo: Getty Images)

Comme pour la campagne de vaccination contre la COVID-19 qui est un succès au Québec, car le gouvernement Legault en a fait une priorité nationale.

Eh bien, faisons réellement de l’automatisation des entreprises québécoises une priorité nationale.

Le Québec a une cible d’immunité collective pour la pandémie, soit 75% des Québécois de 12 ans et plus ayant reçu deux doses de vaccins.

Fixons-nous une cible d’automatisation collective qui fera en sorte que la pénurie de main-d’œuvre ne freinera plus la croissance des entreprises.

Point.

Certes, automatiser un processus de production dans une usine ou la prestation d'un service dans une PME au détail est complexe.

Mais vous me suivez: c’est l’énergie qu’il faut y consacrer qui compte avant tout.

 

Un Christian Dubé de l'automatisation

Et, surtout, il faut confier cette tâche à un champion ou à une championne, avec un mandat précis sur une période de 3 ans, par exemple.

Bref, il nous faut un Christian Dubé — l'actuel ministre de la Santé, et ancien gestionnaire issu du secteur privé — à la tête de cette campagne d’automatisation.

Actuellement, 73% des entreprises manufacturières québécoises ont recours à une forme ou une autre d’automatisation, selon le Regroupement des entreprises en automatisation industrielle (REAI).

En entrevue à Les Affaires, le directeur général Carl Fugère admet toutefois que ce chiffre englobe plusieurs réalités, et que le Québec affiche en fait un retard important en matière d’automatisation par rapport à l’Allemagne ou aux États-Unis.

Pis encore, des entreprises doutent encore des bienfaits de la transformation numérique, alors que le Québec pâtit pourtant d’une pénurie de main-d’œuvre, déplore pour sa part Nancy Jalbert, associée et spécialiste du manufacturier 4.0 chez Raymond Chabot Grant Thornton.

Elle cite un sondage Léger réalisé en février 2021, qui montre que 28% des entreprises québécoises estiment qu’il n’est pas urgent de moderniser leur organisation et leur processus.

Bref, elles sont sceptiques.

Un scepticisme qui explique en grande partie pourquoi encore trop d’entrepreneurs et d’analystes réclament davantage de bras, alors qu’il faudrait en fait davantage de robots et de logiciels.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À propos de ce blogue

Dans son analyse bimensuelle Zoom sur le Québec, François Normand traite des enjeux auxquels font face les entrepreneurs aux quatre coins du Québec, et ce, de la productivité à la pénurie de la main-d’œuvre en passant par la 4e révolution industrielle et les politiques de développement économique. Journaliste à Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en ressources naturelles, en énergie, en commerce international et dans le manufacturier 4.0. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il fait un MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. François connaît bien le Québec. Il a grandi en Gaspésie. Il a étudié pendant 9 ans à Québec (incluant une incursion d’un an à Trois-Rivières). Il a été journaliste à Granby durant trois mois au quotidien à La Voix de l’Est. Il a vécu 5 ans sur le Plateau Mont-Royal. Et, depuis 2002, il habite sur la Rive-Sud de Montréal.

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