Entreprises manufacturières: attention au mur technologique

Publié le 04/07/2023 à 10:55

Entreprises manufacturières: attention au mur technologique

Publié le 04/07/2023 à 10:55

Les petites entreprises – celles qui comptent moins de 100 employés – font face aux plus grands défis en ce qui a trait à la transformation numérique. (Photo: 123RF)

EXPERTE INVITÉE. Nos entreprises vivent une période de transformation accélérée. Le virage technologique s’impose de plus en plus à la fois comme un incontournable pour demeurer compétitif, mais aussi pour pallier le manque de main-d’œuvre. La question se pose: sommes-nous prêts?

Commençons par la bonne nouvelle. La transformation numérique est généralement déjà entamée. En effet, 92% des entreprises ont débuté leur processus, qu’elles sont en cours de transformation ou que celle-ci est avancée.

De plus, 68% des entreprises planifient investir dans des technologies de fabrication avancées au cours des prochaines années.

C’est ce qui ressort d’un sondage mené récemment par Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ), en collaboration avec Desjardins, auprès de 104 entreprises.

L’objectif était de brosser un portrait précis de l’intégration des technologies dans le secteur manufacturier.

Les meneurs dans la transformation, sans surprise, sont les plus grandes entreprises qui ont les ressources financières et humaines nécessaires pour attaquer le virage.

Mais qu’en est-il des plus petites entreprises?

J’aimerais mettre en lumière quelques constats.

 

Un clivage important

Les petites entreprises – celles qui comptent moins de 100 employés – font face aux plus grands défis en ce qui a trait à la transformation numérique.

Ainsi, 20% des petites entreprises ne pensent pas investir dans les technologies avancées et 29% sont indécises.

Les petites entreprises ont aussi un déficit de connaissance des solutions à leur disposition. En effet, 63% d’entre elles qualifient leurs connaissances de mauvaises ou d’acceptables.

Ces chiffres ne sont pas à prendre à la légère lorsqu’on sait que les petites entreprises comptent pour près de 13 000 des 14 000 entreprises manufacturières québécoises.

C’est sans parler du fait qu’une entreprise qui a accumulé du retard dans la transformation numérique devient nécessairement moins attrayante.

L’impact sur sa valeur est donc réel.

Ce n’est pas banal, alors qu’un nombre très important d'entreprises devraient changer de mains dans les prochaines années avec l’évolution démographique qui amène les baby-boomers vers la retraite.

 

Les grands défis des petites entreprises

Le retard des petites entreprises peut notamment s’expliquer par le cercle vicieux du manque de main-d’œuvre.

D’un côté, la pénurie qui sévit dans le secteur manufacturier depuis plusieurs années a certainement incité plusieurs entreprises à s’automatiser et se robotiser.

De l’autre, en revanche, cette même pénurie de main-d’œuvre agit également comme un frein à cette modernisation.

Les travailleurs qualifiés pour déployer ces technologies ne se retrouvent pas nécessairement à l’interne. Même le recours à des conseillers externes est souvent devenu difficile.

Toujours selon le même sondage, plus de 30% des répondants n’ont pas accès à de la main-d’œuvre, à l’interne ou à l’externe, dédiée à la transformation numérique.

De plus, les coûts nécessaires pour se lancer dans les technologies plus avancées peuvent être élevés.

Le tout dans un contexte inflationniste qui agit comme un obstacle aux investissements.

Un danger pointe à l’horizon dans ce contexte.

Car un trop grand retard dans le virage technologie pourrait faire en sorte que plusieurs entreprises frappent un véritable mur technologique qui nuirait fortement à leurs opportunités de développement.

 

Formation, attraction et financement

Évidemment, l’embauche de main-d’œuvre qualifiée demeure un incontournable.

À la fois pour implanter les nouvelles technologies, mais aussi afin d’avoir les travailleurs et travailleuses capables d’utiliser ces nouveaux appareils technologiques.

Les mesures visant un meilleur arrimage de l’immigration aux besoins des entreprises et celles pour soutenir la formation de la main-d’œuvre jouent donc un rôle essentiel dans la transformation numérique.

L’accès au financement constitue l’autre gros morceau de l’équation.

Il y a toutefois des signes qui pointent dans la bonne direction.

Ainsi, 54% des entreprises qualifient de très facile ou de facile leurs démarches pour obtenir du financement.

De plus, 70% des entreprises ont financé leur projet en tout ou en partie avec l’aide du gouvernement du Québec. Parmi celles-ci, les trois quarts ont trouvé leur expérience positive.

En revanche, une proportion significative des entreprises (46%) ont quand même trouvé l’accès au financement difficile ou très difficile pour un projet de transformation technologique, et ce, que ce soit pour des investissements directs ou encore de la formation.

Les défis sont grands pour nos entreprises. La création de conditions favorables est essentielle pour leur permettre de franchir le virage technologique si important.

Plusieurs le font déjà avec succès.

C’est donc possible.

 

À propos de ce blogue

Véronique Proulx est PDG de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) et vice-présidente principale, Politiques et Affaires publiques, pour la maison-mère, Manufacturiers et Exportateurs du Canada (MEC). Depuis son arrivée en 2017, MEQ et MEC sont devenus des voix influentes pour les entreprises manufacturières sur les scènes québécoise et canadienne. Véronique Proulx possède une longue feuille de route en entrepreneuriat et une solide expertise du milieu de l’exportation et de l’économie manufacturière québécoise. Elle a notamment œuvré pendant 14 ans au sein de Laval Technopole. Mme Proulx est administratrice au sein du conseil d’administration de INO et de Palette Skills. Véronique Proulx a été nommée dans le prestigieux Top 100 2021 des femmes les plus influentes au Canada du Women’s Executive Network (WXN), dans la catégorie Prix des leaders émergentes Mercedes-Benz. Elle est détentrice d’un MBA exécutif de l’université Paris-Dauphine et de l’UQAM.

Véronique Proulx
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