Boeing 737 MAX : faut-il être compétitif à tout prix?

Publié le 09/04/2019 à 12:07

Boeing 737 MAX : faut-il être compétitif à tout prix?

Publié le 09/04/2019 à 12:07

(Source photo : Getty)

BLOGUE INVITÉ - Une entreprise doit-elle être compétitive à tout prix? La question est d’une brûlante actualité à la lumière des écrasements récents de deux 737 MAX 8 Boeing, deux tragédies qui ont sans doute ébranlé votre niveau de confiance dans la sécurité des transports aériens.


Les premiers détails divulgués à propos des écrasements de deux appareils sont préoccupants :



  • Le système informatique détectait incorrectement un décrochage (lorsque l'air au-dessus des ailes d'un avion est trop faible pour générer une portance et le maintenir en vol).

  • La difficulté, voire même l’impossibilité, pour les pilotes de remédier à la situation engendrée par cette détection erronée, provoquant ainsi l’écrasement des avions.

  •  Le ministère américain des Transports qui demande un audit du processus utilisé pour certifier le Boeing 737 MAX.


Les enquêtes permettront probablement d’identifier avec plus de précision les différents facteurs qui ont mené à ces tragédies, et ce, dans une industrie où la sécurité est une véritable obsession.


En effet, la certification des avions (incluant les étapes de conception, de design, de tests et de production) est l’un des domaines les plus rigoureusement réglementés dans le monde, et ce, afin d’assurer la sécurité des passagers.


Malgré tout, les avionneurs ne vivent pas sur la planète mars.


Comme toutes les entreprises, les avionneurs ont des compétiteurs, et ils doivent donc avoir la capacité de répondre rapidement à l’évolution du marché dans lequel ils ont des concurrents.


La pression de la compétitivité


Par définition, la compétitivité d’une entreprise consiste en sa capacité à soutenir la concurrence.


Concevoir de nouveaux produits est certainement une façon de maintenir cette compétitivité, surtout lorsque les concurrents proposent une offre plus performante.


Dans ce contexte, la clé du succès est de réduire le temps de mise en marché (Time to Market) du nouveau produit, et ce, en réduisant son cycle de développement (concept, design, test, préproduction et production).


C’est exactement la situation dans laquelle Boeing s’est retrouvé quand Airbus a lancé le A320neo en 2010. L’avionneur européen a conçu spécifiquement cet appareil pour concurrencer le 737 de Boeing, en promettant entre autres une consommation d’essence plus faible grâce à de nouveaux moteurs.


Boeing a contre-attaqué en lançant le programme 737 MAX en 2011.


L’avionneur américain avait d’abord envisagé ce programme comme un design d’avion complètement nouveau.


Boeing a finalement décidé de transformer ce programme en une série d’améliorations pour réduire le «Time to Market» de ce nouveau produit, en offrant des avantages similaires à son nouveau rival.


Malgré tout, Airbus a commercialisé son premier né de la famille des A320neo au début de 2016, remportant ainsi la bataille sur Boeing, dont la mise en service du premier 737 MAX 8 a été faite en 2017.


Résultat : Airbus a reçu 6 500 commandes comparativement à 5 000 pour Boeing.


L’évolution des coûts dans les phases de développement


Malgré la pression de réduire le «Time to Market», une entreprise doit toujours garder en tête l’évolution de son produit et les coûts qu’engendre une modification ou l’identification d’une défaillance lors du processus de développement.


L'importance des phases de développement.


Selon les différentes phases de développement d’un produit, les conséquences potentielles d’une erreur peuvent avoir un impact mineur ou majeur, comme on peut le constater sur ce graphique qui trace les deux courbes de coûts pour les cinq phases du développement :



On voit ici qu’à la fin de la phase « concept », les coûts du développement représentent environ 5% des coûts du projet, mais qu’ils ont un impact de 60% sur le coût du produit. À la fin du design, c’est plus élevé : 7% du coût du projet représente 80% du coût du produit.


Le constat est clair : identifier les défaillances et ajuster l’ingénierie tôt dans les phases de développement minimisent l’impact sur les coûts d’un projet.


À l’opposé, détecter une défaillance dans la phase « production » ou, pis encore, lors de la mise en service d’un produit, comporte un impact monétaire très important. La réputation est aussi affectée.


Lors d’une défaillance grave comme celle impliquant le Boeing 737 MAX8, l’impact se mesure malheureusement en pertes vies humaines, sans parler des conséquences désastreuses pour l’avionneur.


Il y a une leçon importante a tiré de cette tragédie pour les entreprises.


Malgré la pression énorme de réduire le temps afin de mettre un nouveau produit en marché, il est capital de prendre le temps nécessaire pour s’assurer que chaque phase de développement d’un produit soit faite correctement.


Comme quoi, parfois, il faut ralentir pour aller plus vite -ou plus haut!


 


 

À propos de ce blogue

Valérie et Sylvia Gilbert sont deux sœurs ingénieures industrielles qui se passionnent pour la performance opérationnelle. Elles sont respectivement PDG et VP de Mindcore, une entreprise dédiée à la promotion de l’excellence dans les organisations. Elles proposent un regard neuf sur l’amélioration continue, la productivité et la qualité.

Valérie et Sylvia Gilbert

Sur le même sujet

Un chercheur canadien a mis au point un revêtement pour un dégivrage facile

«Le liquide antigel nécessaire pour retirer la glace d'une aile d'avion est extrêmement néfaste pour l'environnement.»

L'immobilisation du 737 MAX coûtera 1G$, dit Boeing

24/04/2019 | AFP

Cette somme couvre une hausse anticipée des coûts de production du 737 MAX et notamment des modifications en cours.