L’angle mort financier d’un véhicule électrique

Publié le 24/03/2022 à 13:45

L’angle mort financier d’un véhicule électrique

Publié le 24/03/2022 à 13:45

Lors de l'achat d'un véhicule électrique, il faut aussi calculer le prix d'acquisition d’une borne de recharge. (Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. Le prix de l’essence frise les 2$ par litre au Québec actuellement. Le conflit géopolitique entre l’Ukraine et la Russie influence grandement le prix à la pompe, et ce phénomène macro-économique incite plusieurs Québécois à se départir de leur véhicule à essence au profit d’un véhicule électrique.

Certains pensent qu’il est beaucoup plus économique de rouler avec un véhicule électrique qu’avec un véhicule à essence. Est-ce vrai? Décortiquons ensemble les pours et les contres strictement financiers de posséder un véhicule vert.

 

Prix de l'essence et Ukraine

Le budget alloué pour l’achat d’un véhicule doit être réfléchi, car les paiements suivent le consommateur pendant quatre ou cinq années en moyenne, si financement il y a bien sûr.

Si vous magasinez présentement un véhicule électrique, vous faites deux constats: le prix est élevé et il n’y a plus de véhicule en stock. La hausse du prix de l’essence à la pompe y est pour beaucoup, mais le fait que la Russie est le troisième producteur mondial de Nickel, une des composantes utilisées pour fabriquer les batteries des voitures électriques, ajoute encore plus de poivre dans la soupe.

Lorsque le prix de l’essence monte en flèche, le consommateur rationnel désire acheter un véhicule électrique. Si le conflit Ukraine-Russie perdure plusieurs mois, on peut s’attendre à ce que la demande pour les véhicules électriques soit soutenue, ce qui augmentera inévitablement leur prix.

Le coût d’une automobile électrique est présentement atténué par une subvention potentielle maximale de 8000 $ (la subvention passera à 7000 $ à compter du 1er avril 2022) au provincial et 5000 $ au fédéral. Ces subventions ne seront pas là pour toujours. Elles vont probablement être diminuées ou même abolies au cours des prochaines années avec l’objectif ambitieux du gouvernement fédéral qui est d’enrayer la vente de véhicule à essence à partir de 2035. Bref, si la capacité de production des fabricants de véhicules électriques n’augmente pas d’ici les prochains mois, le coût d’un véhicule électrique demeurera très élevé à court terme.

 

Les frais suivant l'acquisition

Les frais communs après l’achat d’un véhicule à essence ou d’un véhicule électrique sont l’entretien des pneus et des pièces, les assurances, les intérêts (s’il y a un financement rattaché au véhicule) ainsi que les frais de déplacement (essence ou électricité). La seule dépense qui s’applique à un véhicule électrique et non à un véhicule à essence est l’achat d’une borne de recharge.

Plusieurs pensent que le véhicule électrique ne coûte rien à opérer, mais l’électricité est un coût implicite lorsque le consommateur possède une voiture électrique. Le coût d’électricité pour opérer votre véhicule électrique n’est pas ventilé sur votre facture d’électricité. Il doit être pris en compte lors de la comparaison entre les deux types de véhicules. Il y a un coût d’utilisation des bornes de recharge sur les routes du Québec et un coût pour recharger le véhicule au domicile.

Selon le calculateur d’Hydro-Québec, un consommateur qui roule environ 20 000 kilomètres par année paiera près de 460 $ en électricité alors qu’il lui en coûtera 2500 $ pour la même distance avec le prix d’essence actuel. Dans cette catégorie de dépense, il y a un net avantage pour le véhicule électrique.

Il faut également calculer, selon le gouvernement du Québec, 900 $ pour une borne de recharge (après une subvention de 600 $) alors que cette dépense n’est pas requise pour un véhicule à essence.

L’autre angle mort d’une voiture électrique est sa technologie. Il n’est pas rare de voir de géants tableaux de bord, des poignées chauffantes et autres technologies du genre. En raison de ce qui précède, la prime d’assurance et les frais de financement sont généralement plus élevés que pour un véhicule à essence.

Faire le plein et recharger

La voiture à essence demande des arrêts pour aller faire le plein. On parle d’environ cinq minutes pour chaque visite à la station-service. La voiture électrique, elle, demande des temps d’arrêt plus importants surtout si la recharge n’est pas rapide. Le long temps d’arrêt générera souvent une dépense indirecte de restaurants, magasinage et autres. Il y a un coût à s’arrêter et il ne faut pas le négliger.

Selon le gouvernement du Québec, le circuit électrique au Québec offre présentement plus de 3400 bornes de recharges, dont 600 bornes de recharge rapides. C’est un enjeu. Une borne de recharge rapide prend huit à 30 minutes pour charger un véhicule tandis qu’une borne de recharge normale peut prendre jusqu’à huit heures pour une charge complète.

Le délai de recharge est très long si le consommateur n’a pas accès à une borne de recharge rapide. Cependant, j’ai confiance que le Québec aura un circuit électrique de meilleure qualité dans les années à venir.

 

Des outils à utiliser

Le but ici n’est pas de discréditer les véhicules électriques bien au contraire. C’est plutôt de vous donner les outils financiers pour que vous soyez en mesure de prendre une décision libre et éclairée. On ne devrait pas acheter une maison parce que le taux d’intérêt est bas et c’est le même principe pour une automobile électrique. On ne l’achète pas parce que le prix à la pompe est élevé.

On l’achète d’abord et avant tout car on a des convictions vertes. Je rêve d’un avenir où le consommateur sera tenté d’acheter un véhicule électrique parce que leur prix sera nettement inférieur à celui des véhicules à essence.

À propos de ce blogue

Thomas Gaudet est CPA de formation, mais sa véritable passion est de démocratiser les finances personnelles. L’homme «aux bas bruns» adore tout ce qui touche la planification financière. Il travaille actuellement pour le cabinet de gestion de patrimoine Altitude conseils financiers. Il rencontre chaque jour des entrepreneurs, des professionnels des affaires et de la santé pour discuter de leurs enjeux et leurs besoins financiers. Il s’implique également beaucoup dans sa communauté. Il siège sur les conseils d’administration du Cégep de Drummondville et de la Jeune Chambre de Drummond.

Thomas Gaudet

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