Quand parler du travail à la maison devient nocif

Publié le 11/10/2023 à 10:57

Quand parler du travail à la maison devient nocif

Publié le 11/10/2023 à 10:57

Photo: Patricia Prudente pour Unsplash.com

OPINION. Charles arrive pour le souper avec 30 minutes de retard. Encore. Toute la famille, affamée, s’installe donc pour le repas. Comme tous les soirs, Stéphanie pose la question suivante: «Comment s’est passé votre journée?»

— L’ado : Bof! Comme d’hab.

— Le mini : Aujourd’hui, on a joué au parc et Léo a pleuré parce qu’il est tombé. Chanceux : il a un pansement de Pat Patrouille sur son bras. Après la sieste, j’ai fait un beau bricolage d’Halloween.

— Charles : Journée de merde! Pour faire changement, Caroline est encore arrivée en retard ce matin. La machine de découpe laser est tombée en panne et ç’a pris presque toute la journée pour la réparer. As-tu une idée de ce que ça vient de coûter à la compagnie? Je hais payer du monde à ne rien faire. Et puis, Pierre, je ne suis plus capable d’endurer son mauvais caractère. S’il ne change pas, je le mets dehors.

Hum, le beau souper en famille! Une chance que le mini est là pour égayer ce moment plutôt ordinaire.

Selon vous, est-ce qu’on devrait parler de job à la maison avec la famille ou les amis? Et est-ce qu’on parle de tout ou il y a des sujets qu’on devrait éviter? Démystifions tout cela…

Le danger de parler (trop) de boulot à la maison

En tant que chef d’entreprise, Charles passe beaucoup de temps au boulot. Ça lui arrive de sacrifier ses soirées ou ses weekends pour travailler.

Alors, le problème ne réside pas dans le fait de parler du travail à la maison. Le problème, c’est que Stéphanie et les enfants ont l’impression que l’entreprise accapare tout son temps et toute son attention et qu’il n’en reste plus pour eux. Petit à petit, un sentiment de haine envers l’entreprise s’est installé.

Un cadre pour en parler : la base pour maintenir l’harmonie familiale 

C’est clair que si la situation ne change pas, «ça va péter» un moment donné. Et pour éviter que ça arrive, il y a une solution bien simple: parler.

Stéphanie et Charles devraient avoir une bonne discussion pour définir, avec les enfants, un cadre de référence, des règles à respecter. Par exemple:

-       Est-ce qu’on raconte sa journée en détail ou dans les grandes lignes?

-       Est-ce qu’on parle seulement du positif, seulement le négatif ou un peu des deux?

-       Est-ce qu’on raconte des faits ou on décrit comment on s’est senti au moment des faits?

-       Combien de temps on alloue au sujet «travail» pendant un repas?

-       Est-ce que ce serait mieux de se raconter sa journée avant de se coucher, alors que les enfants sont au lit?

J’ai une suggestion pour vous afin d’éviter que les repas se transforment en séance de «chialage» où l’on déverse son trop-plein de frustrations, comme le fait Charles. C’est aussi une façon d’impliquer encore plus les enfants dans la discussion. À tour de rôle, chacun présente:

-       Un beau moment de sa journée;

-       Un défi auquel il a fait face;

-       Une chose qui lui a tombé sur les nerfs;

-       Une gratitude.

Essayez-le et donnez-m’en des nouvelles en m’écrivant au sylviehuard@harmonieintervention.com.

Un exemple à donner aux enfants

Quelle image croyez-vous que les enfants de Charles ont de l’entreprise et du rôle de chef d’entreprise? Assurément négative.

Selon Wendy Sage-Hayward, consultante de renom pour les familles en affaires et co-autrice du livre «Own it!: How to Develop a Family Enterprise Owner’s Mindset at Every Age», c’est de la responsabilité du parent de favoriser les interactions positives avec les enfants, particulièrement quand ils ont moins de 12 ans, afin qu’ils développent une attitude favorable envers l’entreprise.

L’experte a même conçu un tableau qui présente tout ce qu’on devrait faire pour devenir un bon propriétaire d’entreprise… de 0 à 100 ans.

Qu’est-ce qu’on fait quand on est une famille en affaires?

Eh bien, le défi est encore plus important! Un danger guette les familles en affaires: celui de ne plus savoir de quoi parler en dehors de la «business».

J'ai déjà fait des affaires avec mes cinq frères et mon père: sept passionnés qui avaient à cœur la croissance de l’entreprise. Je ne me rendais pas compte que l’entreprise prenait toute la place… jusqu’à ce que je la quitte pour voler de mes propres ailes. Quel trou énorme dans ma vie! Nous avons dû (ré)apprendre à nous connaître. Et c’est ce qui fait qu’aujourd’hui, quand on se rencontre pour un souper, un jeu ou un feu de camp, on a du plaisir. Et comme toutes les familles, on se raconte des anecdotes du temps passé… ce qui plaît à tout le monde, des jeunes enfants à la sage génération, en passant par les ados.

En terminant, je vous invite à faire preuve de courage et à avoir cette discussion nécessaire avec votre conjoint ou conjointe ainsi qu’avec vos enfants. C’est en parlant à cœur ouvert et en étant à l’écoute des besoins de chacun que vous pourrez définir les règles à respecter lorsque vous discutez de travail à la maison. Un pas de plus vers l’harmonie familiale!

À propos de ce blogue

Sylvie Huard est la fondatrice d’Harmonie Intervention, dont la mission est d’outiller les familles en affaires — qui ont des avantages et des particularités que les autres types d’entreprises n’ont pas — à atteindre la pérennité et l’harmonie à travers le transfert de leur entreprise. Son côté terrain la démarque : eh oui, elle a été cédante et repreneuse en entreprise non apparentée comme en entreprise familiale et elle est membre expert du Groupement des chefs d’entreprises. Avec authenticité, humour et professionnalisme, elle nous transporte dans l’univers passionnant des familles en affaires.

Sylvie Huard

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